La mobilisation antiraciste ne manque pas de perspectives d’avenir en France ! M Boudet

lundi 16 décembre 2013
par  Amitié entre les peuples
popularité : 13%

Comment réagir face à la xénophobie ambiante ?

La mobilisation antiraciste ne manque pas de perspectives d’avenir en France !

Par Martine Boudet, spécialiste d’anthropologie culturelle, membre du Conseil scientifique d’Attac.

L’irruption de la mobilisation antiraciste dans le champ politique nous interpelle. Il y a là des ingrédients d’une mutation citoyenne, pour une autre société, pour un autre monde.

Célébration du trentième anniversaire de la marche des beurs, pétitions pour parer aux vagues islamophobe, négrophobe, anti-Roms, manifestations lycéennes solidaires des jeunes migrants expulsés, plaintes en justice du Mrap à l’encontre des propos de Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, ou en soutien à Christiane Taubira, ministre de la Justice… Cette mobilisation est à la mesure du danger que fait courir la xénophobie au vivre ensemble et au système démocratique. Dans la sinistrose socio-économique ambiante, elle dénote par son caractère fédérateur et la force d’espérance qu’elle véhicule. L’intense médiatisation de la disparition de Nelson Mandela dans la même période cristallise aussi l’aspiration à une autre société, à un autre monde.

À l’heure où la xénophobie est instrumentalisée en France et en Europe comme stratégie de diversion, à l’heure où le sommet Afrique-France de Paris (6-7 décembre 2013) perpétue la mainmise françafricaine sur le destin des peuples du Sud, l’héritage de Mandela, fait d’intégrité et de résistance à toute oppression, est à transmettre. Si l’apartheid, avatar du système anglophone, a été déraciné, le néocolonialisme francophone conserve toute sa capacité de nuisance, comme le montre la crise des États, en Côte d’Ivoire, au Mali, en République centrafricaine… Il est de la responsabilité des démocrates et des militants antiracistes de prendre la relève et de poursuivre les tâches de l’émancipation.

À la faveur de cette actualité multiforme, il devient possible de sortir de leur ghetto les problématiques néocoloniale et migratoire. Non au racisme d’État qui porte préjudice aux peuples du Sud comme aux étrangers non communautaires ! Relier ces deux secteurs permet d’insister sur le rééquilibrage à opérer entre les deux : de la nécessité de réformer la coopération pour réduire les migrations de la misère. L’opinion publique recherche des alternatives globalisantes et dynamiques de cet ordre, en réponse aux programmes frontistes ou européo-centrés qui se braquent sur les supposées responsabilités, dans la crise nationale, de l’immigration forcée ou qui font fi de ces paramètres.

La mobilisation antiraciste ayant acquis une dimension internationale, il serait d’utilité publique de fédérer les forces en action et d’apporter une perspective politique, qui dépasse le stade premier de l’émotion et de l’éthique citoyenne. Comment faire, en 2014, de l’antiracisme «  une grande cause nationale  », comme le demande la Licra ? Le Cran en appelle à «  un plan d’action  », en cinq points programmatiques : mise en place d’un ministère de la lutte contre le racisme, d’actions de groupe notamment judiciaires en matière de discriminations, instauration des attestations de contrôle pour limiter le «  délit de faciès  », intégration au bilan social des entreprises d’un bilan diversité, création d’un musée de l’esclavage et de la colonisation…

Dans une période dite de refondation, où la morosité semble l’emporter du fait de clivages anciens, l’école républicaine gagnerait à se mettre en phase également. L’enseignement moral et civique tel que programmé, la charte de la laïcité adoptée à la rentrée 2013 suffiront-ils en l’état pour harmoniser les relations intercommunautaires, dans le contexte d’une société mondialisée et médiatisée ? Suffiront-ils pour permettre «  l’accès à une culture commune et partagée  » (charte de la laïcité, 7e point) ? Pour sortir de l’écueil de l’universalisme abstrait, pour conjurer l’essor en miroir des populismes xénophobes et des fondamentalismes, il reste à l’édifice laïque à reconnaître les cultures comme autant de modes différenciés et légitimes d’être au monde. La diversité et l’interculturel s’avèrent des paramètres nécessaires à une pédagogie du dialogue, qui puisse forger une citoyenneté de l’altérité.

C’est à ces conditions notamment que la dynamique antiraciste peut contribuer à faire refluer la démagogie nationaliste et à ouvrir la porte de nouveaux droits, de l’égalité réelle et d’une démocratie plus inclusive.

Martine Boudet

http://www.humanite.fr/societe/la-mobilisation-antiraciste-ne-manque-pas-de-persp-555234