La « laïcité ethnique », la racisation et le racisme C Delarue

jeudi 18 février 2010
par  Amitié entre les peuples
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La « laïcité ethnique », la racisation et le racisme

La racisation est le procédé de coagulation et séparation d’un groupe humain. Cette racisation opère systématiquement une hiérarchisation qui la pose comme intrinsèquement raciste. Il n’y a pas en réalité une racisation qui serait neutre et isolé de toute entreprise de dévalorisation du groupe racisé, du groupe humain coagulé et séparé.

Un contexte nauséabond.

Le questionnement sur le racisme contemporain implique un retour sur la période de 2009 allant de la commission sur la burqa au questionnement sur le fichu de la candidate du NPA du Vaucluse . Cette période est marqué par l’initiative gouvernementale suivie d’un déferlement médiatique. Il y a eu l’affaire de la burqa suivi immédiatement par la tenue d’un « grand débat » sur l’identité nationale lequel a tourné vers la critique exclusive des musulmans assimilés aux islamistes radicaux . L’affaire des minarets suisses a renforcé cette dynamique nauséabonde. Aujourd’hui le plus grave et de loin ce n’est pas le fichu de la candidate NPA du Vaucluse mais la formation de listes politiques racistes, exclusivement raciste et d’un racisme spécialisé contre l’islamisation et les mosquées en France.

Il s’agit donc de réfléchir sur ce racisme spécifique et de le dénoncer comme tel pour le repousser dans le ventre de la bête immonde d’ou il s’échappe. La France ne doit s’opposer à ce fascisme identitaire venu du fond des âges chrétiens mais accommodé de laïcité instrumentalisée, ce que l’on nomme ici « laïcité ethnique », ou laïcité « française de souche ».

Pourquoi ne pas être contre la christianisation et les Eglises et les temples ainsi que contre la judéisation et les synagogues pour éviter la discrimination et critiquer toutes les religions ? La réponse est simple : il ne s’agit nullement d’une critique des religions et de leur emprise - toujours possible - mais de la haine des musulmans. Une haine raciste.

La coagulation-séparation accompagnée de stigmatisation.

Les musulmans ne sont pas une race au sens biologique mais par effet de racisation . Les races n’existent pas mais le procèdé qui forme un ou des groupe(s) soudé(s) aussi homogène(s) et uniforme(s) qu’une race biologique existe bien. Il est très actif de nos jours en Europe, en Suisse, en Belgique et en France.

Ce procédé fonctionne par effet de puissante coagulation à la fois très homogénéisante du groupe et très séparatiste des autres humains. En l’espèce les musulmans sont assimilés à un groupe-race très très homogène et soudé ayant surtout une même pratique de l’islam, une même lecture du Coran.

Le racisme des identitaires catho-laiques ou ethno-français vient du procédé qui consiste à coaguler les attributions de tous les musulmans sans exception, comme si un facteur biologique intervenait pour les fixer en race. Cette racisation est raciste non seulement par le simple effet de séparation des musulmans du fait de leur croyance des autres groupes humains mais aussi par la forte dévalorisation liée au contenu présupposé de cette croyance. De ce fait à partir de quelques phrases du Coran tous les musulmans sont autoritaires, guerriers et antidémocratiques . Ils sont tous sexistes, tous communautaristes, tous anti-laïques.

Dans l’aveuglement de cette vision haineuse et séparatiste, il n’y a évidemment pas de nuances. Il ne s’agit pas pour eux de distinguer l’islam radical de l’islam démocratique et pacifique. Cette distinction menace leur croyance raciste. Pour que la guerre contre les musulmans soit menée à bien il faut que tous les musulmans soient des islamistes à haïr . N’y échappe que les rares musulmanes ayant publiquement critiqué l’islam radical. N’y figure pas la candidate au fichu islamique du NPA du Vaucluse ? Simplement du fait de son voile. Que ce voile soit critiquable est certain, que cela empêche de voir que cette personne dépasse en projet d’émancipation bien des musulmanes néolibérales ou « npns ». De ne pas porter de voile ne donne pas un brevet de libération des femmes.

Chaque jour on peut rencontrer des musulmans ou une musulmanes aussi démocrates et citoyens, aussi laïques et féministes qu’on peut l’être nous mêmes qui ne sommes pas des élites dans ces domaines. Soyons modestes. Une partie de la population française bien de souche comme ils disent tend vers cet idéal sans brevet ni médaille quand une grosse partie continue de pratiquer l’autoritarisme dans la famille et l’entreprise, la monopolisation masculine des fonctions dans les conseils d’administration et au sommet des organisations. Par contraste, j’entends régulièrement des propos intolérants et menaçants de français « de souche » . Qui mérite alors la réprobation ? Les musulmans pacifiques ou les soit disant laïques exclusivement anti-musulmans. Pour ma part je fraternise avec les premiers quitte à débattre avec eux sur certaines pratiques comme le voile islamique par exemple mais je combats les autres, les racistes.

Ils se trouvent qu’en France, aujourd’hui, des listes politiques se montent sur une base raciste. Un combat ferme doit être engagé.

Christian Delarue