La croyance (ou non) en Dieu est aussi un rapport social. C Delarue

mardi 12 août 2014
par  Amitié entre les peuples
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La croyance (ou non) en Dieu est aussi un rapport social.

La foi (croire en Dieu) est affaire personnelle, intime même, mais l’adhésion à une religion est elle un phénomène collectif. Or la foi s’inscrit très souvent dans une religion. La religion exerce son emprise dans la famille et dans la société. Les grandes religions sont de l’ordre historique (pluriséculaire) et planétaire (présence sur tous les continents).

Les liens pensés sur le mode affinitaire définissent plus un ensemble, un groupe d’affinité, une éventuelle communauté qu’un rapport social qui lui marque des enjeux, des différenciations, des oppositions. On évoque beaucoup les liens horizontaux communautaires et les liens verticaux à Dieu (religere) et cela s’apparente, pour partie, à de l’idéologie, à de la répétition de préjugés qui aboutissent à une mise artificielle en communauté homogène d’individus trop souvent faussement reliés. Les Musulmans, les Juifs, les Chrétiens, les Athées, etc... La majuscule valorise l’artifice de mise en communauté soudée. Fétichisation qui voile le réel et sa diversité. Il y a lien certes - tout n’est pas idéologie dans ce propos répété - mais pas que. Pour faire « science » (un peu : un essai ) il faut aller voir sous les apparences communautaires ce qui est caché : les rapports sociaux de clivages. Une trop brève tentative théorique sera ici avancée en quelques idées ou thèses secondaires pour conforter et expliciter notre (hypo)thèse principale.

1 - Un rapport social se définit par autre chose qu’une simple relation choisie entre deux individus. Passant du négatif au positif de l’annonce d’une définition sommaire on peut dire que dans un rapport social on trouve un élément socialisé qui crée un rapport interpersonnel durable entre deux grandes catégories d’individus . Tant que l’élément est présent et actif le rapport social est aussi actif. Ce rapport est souvent inégalitaire ou hiérarchisé. C’est au sein des différents rapports sociaux que l’on trouve oppression, domination, exploitation.

2 - Il y a une multitude de rapports sociaux. Il n’y a pas que le capital qui met en prise les travailleurs salariés et les propriétaires des moyens de production ou les dirigeants des entreprises. Il y a le genre qui oppose hommes et femmes ou les hétérosexuels et les homosexuels. Le logement et son prix de location - libre ou réglementé ou partiellement subventionné - forment un élément complexe créant rapport social nécessaire entre le propriétaire qui loue et le locataire qui prend en location. Il peut y avoir intermédiaire professionnel de gestion. Il en va de même pour l’espace routier ou le conducteur automobile est dans un rapport social d’occupation source de dangers face aux piétons, aux cyclistes. Il existe encore un rapport social marchand entre le vendeur et le client souhaitant acquérir des biens et services marchands ainsi qu’un rapport social administratif entre l’administration et les usagers, usagers particuliers ou usagers professionnels.

3 - La croyance (ou non) en Dieu est aussi un rapport social . Elle l’est dans la mesure ou il existe en société de multiples occasion d’évoquer Dieu soit l’élément qui crée le rapport entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Dieu, lorsqu’il est évoqué crée un rapport social entre des croyants qui vont approuver plus ou moins fortement et des non croyants qui vont se démarquer plus ou moins clairement. Ce rapport social peut prendre plusieurs formes en termes d’opposition plus ou moins feutrées ou fortes, selon le thème abordé, le fait qu’il soit délicat ou sensible pour les parties en rapport.

4 - Les religions subdivisent les rapports sociaux de croyance (et non croyance).

- Rapports entre religions différentes. Ce rapport social de croyance-non croyance se complexifie dans la mesure ou les croyants sont eux-mêmes subdivisés en diverses catégories, en diverses religions. Dés lors un croyant pourra défendre abstraitement Dieu contre un athée par exemple mais pas nécessairement le Dieu en question car ce n’est pas son Dieu à lui, celui qu’il vénère. La réalité peut évidemment montrer des assouplissements que l’analyse néglige ici pour clarifier cette notion de rapport social lié à la croyance (ou non). Notons qu’abstraitement, on pourrait simplement croire en Dieu « sans plus » (celui des philosophes théistes) et donc n’avoir aucun dogmes précis à observer en lien avec cette croyance. Ce qui éviterait les conflits religieux, faute d’enjeux . Mais en pratique (historiquement et socialement) la religion apporte aux croyants en Dieu un « Livre » qui fait corpus de dogmes impératifs.

- Rapports au sein d’une même religion. Il ne faut pas communautariser une religion car on y trouve des positions différentes, opposées mêmes. Au sein d’une même religion des sous-rapports sociaux vont apparaître sur l’interprétation des textes dogmatiques. On va donc trouver des intégristes, des spiritualistes, des modernistes, etc... Effets connus : Du coup des rapprochements entre modernistes de deux religions différentes peuvent se faire pour conforter une interprétation souple et progressiste des textes. Les athées ne seront pas sans être influencé par ces évolutions. De nombreux marxistes athées se sont interessés à la Théologie de la libération en Amérique latine dans les années 70 à 90 (cf M Lowy). Diamétralement opposé à un courant réactionnaire comme Opus Déï. Point commun : contre l’IVG il y a accord.

5 - L’humain peut être dominé par du « sacré » oppresseur. Pas que les athées, les croyants aussi. Mais on ne va pas ici disserter sur cet aspect. Rapporté à notre sujet il s’agit de souligner que l’humain, rapporté à la question de la croyance en Dieu et des religions, est aussi objet d’un rapport social entre ceux qui vont vouloir le mettre sous la coupe d’une religion et de ses dogmes et ceux qui veulent dégager les humains de l’emprise des religions pour lui donner toute sa place. La théorie marxienne de l’émancipation des fétiches a commencé par l’analyse critique de Feuerbach de la religion avant de passer à la critique de la marchandise et des autres dispositifs sociaux en surplomb des humains.

6 - L’humain n’est pas à voir que comme croyant et non croyant il est aussi « situé » (Sartre) autrement. Il est par exemple homme ou femme ou homosexuel ou trans ; il est aussi travailleur ou chef d’entreprise ou travailleur indépendant ; il passe de tel mode de circulation à tel autre dans la journée. Etc... Retour à la thèse n°2 au-dessus.

7 - Ces dernières considérations nous amènent vers l’idée de l’entrelacement des rapports sociaux. Cet entrelacement (intersectionnalité) est un objet complexe d’analyses des oppressions et dominations. Tant qu’un individu est du côté dominé de plusieurs rapports sociaux différents alors la chose est claire. Ces personnes cumulent les handicaps sociaux et sociétaux de la vie sociale. Quand la personne est du côté des dominants dans plusieurs rapports sociaux, la chose est tout aussi nette, mais à son avantage ici. Mais il suffit que sur un rapport important, très structurant, elle soit du côté des dominés pour que tout soit moins lumineux.

8 - Il y a aussi ce qu’on appelle la « qualité » des rapports sociaux. On dira que la domination est domination même quand un paternalisme structurel ou personnalisé en adoucit les rigueurs. Mais le rapport capital-travail montre - par exemple - une exploitation moins féroce dans les pays capitalistes disposant d’un Etat social conséquent que dans les pays capitalistes ou l’Etat social est absent, ou la législation du capital favorise la pire exploitation des jeunes comme des vieux, à chaque jour de l’année, sans arrêt, et pour une bouchèe de riz. Ce propos n’enlève absolument rien à l’existence d’un rapport social d’exploitation conséquent entre les dirigeants économiques et les travailleurs salariés des pays capitalistes disposant d’un Etat social. Ce dernier joue simplement un rôle d’amortisseur social des coups du patronat et de la finance au-dessus. On ne voit pas toujours les « bleus » en apparence mais un regard averti remarque la dureté des coups.

A suivre...

XX

Mais en attendant cette réflexion :

Pour J Gabel la pensée dialectique est le contraire de la pensée réifiante , elle est donc « déréïfiante » (p 204) et partant désaliénante. J Gabel critique la méthode idéal-typique de Max Weber comme étant réïfiante. Mais il faut surtout distinguer dit-il réification individuelle et réification collective. Et s’intéresser aux pratiques.

in Psychosociologie de l’aliénation avec Joseph Gabel : Marx en entier. C Delarue - Amitié entre les peuples

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article4081

Christian Delarue

Rapport social.

http://www.toupie.org/Dictionnaire/Rapports_sociaux.htm