LA TENTATION DE L’ETATISME

dimanche 18 mai 2008
par  Amitié entre les peuples
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L’ étatisme a été non seulement une catastrophe sur le plan historique et aussi et surtout, d’abord, une erreur stratégique.

L’étatisme est devenu le terme référent de tout ce qui concerne le « public », le social. C’est autour de lui que s’est construite l’idée d’une société nouvelle et dès le 19° et surtout le 20°, le « socialisme ».

Les aberrations et les monstruosités du « socialisme réel », fondé sur l’étatisme, constituent un argument de choix pour que rien ne change et que s’étende sans partage le règne de la marchandise. L’étatisme et par voie de conséquence l’étatisation, est en effet devenue synonyme d’incompétence, de lourdeur bureaucratique et d’absence de liberté.

Il/elle est devenu-e le principal argument des libéraux et de manière générale, aujourd’hui, des gestionnaires du système marchand, pour jeter l’opprobre contre toute tentative de changement des rapports sociaux.

ETAT ET INTERET PUBLIC

Il est né d’une confusion entre « Etat » et « intérêt public » dans le cadre du projet d’une nouvelle organisation sociale et économique.

S’il est exact que l’Etat, l’institution, constitue le lieu politique de l’expression du pouvoir de la classe dominante, c’est-à-dire de la catégorie sociale qui profite de manière prioritaire du système en place, et permet de « guider » les politiques économiques susceptibles d’assurer la pérennité du système, il est par contre tout à fait hasardeux, et même faux, de faire de l’Etat, l’objectif essentiel de toute stratégie politique de changement.

« Détenir » l’Etat n’est pas, à priori, contrairement aux apparences, et l’expérience nous le confirme, synonyme de détenir les clefs de l’avenir. Dans le système marchand, d’ailleurs pas plus que dans tout autre système, l’Etat n’est l’expression de l’intérêt public et donc, il n’est pas du tout évident que, « détenir » l’Etat, permette de défendre cet intérêt public, c’est-à-dire les intérêts économiques et sociaux de la majorité.

Or, la plupart des stratégies mises en oeuvre au 20° siècle se sont fondées sur ce principe de « centralisation » du pouvoir et de « centralisation » de la gestion de la nouvelle organisation sociale et économique.

L’étatisme est fondé sur une double erreur :
- l’Etat serait le centre de gravité de tout pouvoir.
- il existerait une rationalité économique qui, exercée à partir de l’Etat assurerait la défense de l’intérêt public.

Contrairement aux apparences, la réalité des rapports sociaux ne se trouve pas concentrée dans l’Etat. S’il en est le garant, il n’en est cependant pas l’essence. Celle-ci est constituée par la réalité économique et sociale des rapports de production qui sont un produit de l’évolution historique, à un moment donné. Différentes formes, constitutionnelles, de l’Etat peuvent d’ailleurs s’adapter à différents moments de l’évolution de ces rapports (république, monarchie constitutionnelle, fascisme...).

ETATISME ET STRATEGIE POLITIQUE

L’étatisme procède logiquement d’une conception et stratégie politiques erronées.

Si l’on part de l’hypothèse que la prise du pouvoir d’Etat est l’élément essentiel du changement social, qu’il permet de confisquer le pouvoir économique des possédants, et que l’élément essentiel de la suppression de toute inégalité c’est que personne ne possède rien... alors l’étatisation est la solution. C’est ce raisonnement qu’ont tenu la plupart des révolutionnaires du 20° siècle... avec le « succès » que l’on sait.

De manière tout à fait aberrante, l’Etat tenait dans leurs analyses une place centrale qu’il n’a en réalité pas, celle que tiennent en fait les rapports sociaux réels entre les individus dans la société civile. L’Etat devient alors, dans leur raisonnement, la clef de voûte, non seulement de la stratégie de prise de pouvoir, mais aussi de toute l’organisation économique, sociale et même idéologique de la nouvelle société. Les germes du totalitarisme sont plantés, ils ne demandent qu’à germer.

La germination sera assurée par deux facteurs étroitement liés :
- la déconnexion entre la réalité politique artificiellement crée et la réalité sociale du terrain.
- la gestion par une bureaucratie de plus en plus éloignée de la réalité et sûre de détenir la « vérité ».

Ceci explique l’importance fondamentale de l’idéologie, et donc de la propagande, dans ce type de système. D’abord parce que l’Etat est tout, par principe, mais aussi parce que la réalité sociale imposée déforme, déchire, de plus en plus, l’image idyllique de la société nouvelle. L’Etat s’est en fait, et en droit, substitué à la réalité sociale et a « bâti » artificiellement, c’est-à-dire en dehors de l’Histoire, une société qui se veut idéale qui, si elle correspond aux intérêts des gestionnaires-bureaucrates, ne convient pas du tout au reste de la population. Le mythe des premières heures de la « révolution » est censé compenser la triste réalité qui peu à peu s’impose.

ETATISATION ET RATIONNALITE ECONOMIQUE

Si l’étatisme n’est pas un gage d’efficacité politique, au sens noble du terme, c’est-à-dire l’expression de la réalité des désirs d’une population à un moment donné, l’étatisation elle n’est pas non plus gage d’efficacité économique... « efficacité économique » pas au sens marchand du terme, mais simplement en terme de satisfaction des besoins... l’exemple du « socialisme » avec ses collectivisations forcées -« on fait le bonheur des gens contre leur volonté » (sic)- en est un exemple flagrant.

La gestion centralisée des moyens de production, de la distribution, voire de la détermination des besoins et des désirs ne peut aboutir, et a abouti, à la catastrophe. Pourquoi ?

Pour plusieurs raisons :
- l’Etat, après la prise du pouvoir, est devenu le lieu de tous les pouvoirs, y compris les plus intimes puisque l’idéologie qui l’habite est « juste ».
- l’Etat se donne le pouvoir exorbitant d’être l’expression de tous les besoins et tous les désirs, il est donc à même, en principe, de pouvoir tous les satisfaire.
- l’égalité étant la règle, personne ne possède plus rien, l’Etat possède tout et comme l’Etat est le peuple, le peuple a tout (CQFD).

L’étatisation est donc bien une réponse logique à un projet politique qui décrète une gestion centralisée, à tous les sens du terme, de la société.

Le problème c’est qu’une telle conception ne correspond ni à une logique de l’Histoire, celle de l’évolution des rapports sociaux, ni à l’évolution de la conscience humaine qui n’évolue que progressivement et n’obéit absolument pas à des règles strictes de rationalité... aussi éthiquement, morales et donc théoriquement souhaitables soient-elles.

Certains domaines, dans ces économies étatisées, ont pu, et ont effectivement été un immense progrès par rapport à la situation précédente mais également par rapport aux pays « capitalistes »... comme la santé et l’éducation. Domaines qui ont d’ailleurs terriblement régressés à la chute de l’empire soviétique. Mais globalement, historiquement, ces systèmes n’étaient pas viables... ils faisaient, à l’origine, un pari risqué, et perdu, sur une stratégie politique qui s’est avérée fausse et sur un état de la conscience humaine qui ne correspondait pas aux mesures prises.

Il n’y a pas de regrets à exprimer, il y a par contre à comprendre les erreurs commises pour éviter de les reproduire dans l’avenir... Car, et c’est ce qui constitue l’impasse politique actuelle, toutes les stratégies actuelles qui prétendent « changer la société » sont sur cette même problématique, le même schéma de base : prendre le pouvoir, conquérir le pouvoir, accéder au pouvoir... et changer la société.

Patrick MIGNARD.
(matieres fedetlib.net)
http://anarchie23.centerblog.net/3566735-L-etatisme



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