L’entrepreneur ou l’individu appelé à se concevoir comme une entreprise C Delarue

dimanche 30 août 2009
par  Amitié entre les peuples
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L’entrepreneur ou l’individu appelé à se concevoir comme une entreprise.

Version modifiée le 4 sept 2009.

Le propos est critique mais ne vise pas tout entrepreneur. Sans y voir une extension de sens on pourrait parler d’entrepreneur pour les dirigeants d’associations. Mais ce n’est pas ce que le sens commun contemporain entend sous le mot entrepreneur. Ce sens commun reprend volontiers à son compte une version vulgarisée du droit des affaires ou des techniques de gestion. Bref, l’entrepreneur se rattache à la figure du manager d’entreprise privée. Le terme a son extension pour le public en mode euphémisé. En fait le néolibéralisme a radicalement modifié la notion : c’est tout individu qui à chaque instant au travail et hors travail doit se concevoir comme une entreprise. Du zéro défaut. De la performance. « We are the champions », tel est l’hymne du nouveau sujet entrepreneurial" (1) Tous des athlètes de hauts niveaux , point de simples pratiquants d’une activité physique non sportive pour reprendre une distinction proche de ce que disait Jean-Marie Brohm.

Le mode de production capitaliste présuppose des rapports sociaux dans les structures de production qui mettent en conflit le travail et le capital. Ce dernier défend non seulement la liberté d’entreprendre, le droit de propriété privé (qui suppose une capacité financière pour la possession d’usines ou de bureau) mais aussi un type d’activité fondé sur le dynamisme, l’inventivité, la créativité. Le capitaliste type est non seulement un organisateur mais aussi un meneur d’hommes et de femmes qui fonde son leadership sur l’exemplarité de son activité. Le capitaliste dans la PME ou la firme transnationale tout comme d’ailleurs son compère le haut fonctionnaire dans le cadre étatique sont des conquérants dans un monde d’hyper-concurrence, de compétition généralisée.

Ce qui a changé avec le néolibéralisme c’est que ce type d’individu n’est plus le propre des grands dirigeants mais le modèle comportemental de quasiment tout un chacun. Le néolibéralisme ne laisse pas la figure de l’entrepreneur à l’artisan du vieux capitalisme ni même aux petits patrons de PME, ni même aux grands patrons de firmes transnationales.
Il généralise la figure, l’impose aux plus démunis.

Le capitalisme social qui s’était développé après la seconde guerre mondiale était fondé sur une régulation de la vieille discipline du travail imposée par le capital au travail. Les travailleurs obéissaient, effectuaient la tâche prescrite avec le sentiment ambivalent du travail bien fait mais aussi de leur exploitation. Ils pouvaient se montrer zélés mais sans apologie du système d’exploitation. Le zèle provenait d’une motivation extrinsèque, pour avoir un meilleur salaire. Une nécessité .

Le pour soi individuel donné totalement à l’entreprise !

Aujourd’hui, presque tous les salariés, surtout les cadres intermédiaires, tendent à se concevoir comme un patron, patron de lui même, patron des autres mais au service de la « guerre économique » de l’entreprise. Ils en viennent à critiquer le patron qui n’en fait pas assez ! Ils travaillent en heures supplémentaires non payées. La motivation première est devenue intrinsèque. Est intégré la mentalité entrepreneuriale du néo-capitalisme. Le changement est d’importance.

L’être humain s’est bien conformé à la logique marchande et capitaliste pour produire plus, toujours plus de marchandises et de profits. La finance n’a fait que rajouter sa logique parasitaire à celle du néolibéralisme concevable comme phase et comme logique de domination sans limite du marché et de l’entreprise capitaliste et ce à des fins de pure productivistme. Le capitalisme tardif ne pose aucun sens à l’humanité. Le « travaillisme » effréné semble être sa seule valeur. Et en France N Sarkozy est son grand ordonnateur. L’entrepreneur est au centre de sa politique a-t-il déclaré le 30 aout 2007 devant les patrons du MEDEF.

Pourtant ce modèle activiste du travail n’est pas sans inconvénient aussi bien pour l’entrepreneur lui-même que pour les autres, les simples travailleurs. A l’évidence tous ne suivent pas le rythme d’enfer imposé. Pas mêmes les cadres qui pourtant prétendent être les nouveaux modèles du système. Il y a des gagnants et des perdants et les perdants n’ont qu’à devenir gagnant ou périr. Le système est fondamentalement odieux et barbare mais les objets marchands sont si beaux et la diversion médiatique si efficace. Les barbares roulent en Porsche, en Ferrari, en super 4X4 ! Crise climatique ? Réponse : marché du carbone et on continue !

Le problème est que l’idéologie d’accompagnement de ce mode de gouvernement des humains ne prévoit pas la panne, le repos, le « rythme de sénateur » (qui n’est pas si lent), la petite productivité, la RTT (réduction du temps de travail). Pour la rationalité néolibérale on gagne ou on meurt.

Le monde du capitalisme néolibéral est fondé sur la guerre économique valorisée, sur la compétition uniquement, sur la concurrence effrénée, pas sur la tolérance, la solidarité collective. La famille n’est que le lieu ou l’on remet sur pied le soldat fatigué. Point de dimanche pour elle si ce n’est pour aller consommer la production marchande. Le néolibéralisme qui pose la « fin de l’histoire » (Fukuyama) et le « Il n’y a aucune alternative » (TINA) de Margaret Thatcher ne pense pas l’arrêt des libéralisations des freins à la compétition. L’entreprise et le marché sont les nouveaux dieux du stade. Et l’Etat néolibéral s’est mis au service de ces entités fétiches comme si elles étaient porteuses de l’intérêt général . Le marché est une organisation sociale qui a besoin de juristes néolibéraux pour de nouvelles règles de libéralisation. Regarder l’OMC et ceux qui travaillent dans l’ombre. La gouvernance mondiale avance, la démocratie recule.

Quand l’irrationalité du système mène à la crise les politiques néolibéraux découvrent que le capitalisme était caché derrière la vénérable « économie de marché » mais ils se contentent de montrer du doigt les vilains traders en oubliant qu’ils sont eux-mêmes les auteurs et responsables des libéralisations des marchés financiers ce qui leur permet d’annoncer benoîtement une moralisation du système. Parallèlement dans la société monte un durcissement des sanctions policières et pénales du petit délinquant. La moralisation douce est réservée à la délinquance en col blanc. Lisez ici Evelyne Sir-Marin.

Pour terminer, voici quelques revendications de libération qui laisse libre d’agir l’entrepreneur dans un cadre qui limite le travaillisme productiviste et qui demande d’abord la sobriété financière aux très riches. Il s’agit d’enclencher sur plusieurs pays occidentaux à forte productivité une réduction forte du temps de travail (RTT) de l’ordre de 25 heures hebdomadaires afin que le principe de civilisation humaine qui veut que « nul ’est exempt de participer à la production de l’existence sociale » puisse s’appliquer. Ce qui signifie embauche des privés d’emploi mais aussi augmentation des salaires notamment pour les prolétaires, ceux et celles disposant de moins de 3000 euros par mois de salaire. Cela suppose notamment de brider l’OMC et de revaloriser l’ONU.

Christian Delarue

Pour une certaine jeunesse de demain :
Pour un management alternatif
Eve Chiapello et Karim Medjad
http://www.cadres-plus.net/bdd_fichiers/429_05.pdf

1) Formule issue de « La nouvelle raison du monde » de Pierre Dardot et Christian Laval . Pierre Dardot était intervenant à l’université d’été ATTAC sur le dépassement du capitalisme.


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