L’athéisme marxien est un existentialisme de libération des fétiches ! C Delarue

dimanche 3 août 2014
par  Amitié entre les peuples
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L’athéisme marxien est un existentialisme de libération des fétiches !

L’athéisme est une négation de Dieu et par cette négation, il pose l’existence de l’homme. K Marx (Man1844)

Pour un nouvel existentialisme athée marxo-sartrien du XXI ème siècle !

Nous disposons de pluseurs auteurs de références en matière de défense de l’athéisme. Marx et Sartre sont ici privilégiés pour leur apport respectif au titre d’un existentialisme athée de luttes individuelles et collectives pluri-thèmatiques. Tous les athéismes ne portent pas appui à ce genre de mode de vie orientée vers les luttes d’émancipation. Il ne nous parait pas suffisant pour les luttes pour un « autre monde » possible d’en appeler seulement - par exemple - aux trois grands philosophes que sont Confucius, Nietzsche (lequel) et Spinoza. Pourquoi alors ne pas y ajouter Darwin (cf Patrick Tort) ou Freud en alliance avec d’autres. Le freudo-marxisme dispose, quoique « monstre épistémologique », d’une forte charge critique (cf Jean-Marie Brohm). Et la Théorie critique de l’Ecole de Francfort ! D’autres encore : Des écologistes athées anti-productivistes ! Des féministes athées et marxistes ! On n’en finirait pas. A raison sans doute. Revenons néanmoins à Marx penseur matérialiste de l’activité humaine objective et subjective avec sa compexité et sa dialectique qui prend en charge notamment un certain anticapitalisme et tous ses fétiches (vieux ou récents) puis à Marx avec Sartre pour une ouverture existentialiste d’alternatives (qui permet des intégrations diverses selon les sensibilités et le souci fort variable chez les humains de s’appuyer sur des intellectuels pour se battre).

I - Marx contre les fétiches.

Le sous-titre est un propos fort de Karl Marx beaucoup moins connu que celui répété partout sur la religion, du bac au CAPES de philo ! Parlant d’athéisme marxien et non athéisme marxiste - ce qui est discutable - je signifie que Marx, pas plus que Darwin par exemple (cf Patrick Tort), n’a insisté sur cet aspect dans leurs écrits respectifs bien que cet athéisme soit présent et fort dans leurs oeuvres respectives. Alors méditons un instant ce que dit Marx : « L’athéisme est une négation de Dieu et par cette négation, il pose l’existence de l’homme ». (in Manuscrits de 1844, Ed Sociales p 99)

L’athéisme est, malgré les essais d’un « athéism plus » (USA), fondamentalement une négation des croyances en Dieu (et corrélativement des religions) mais il n’est pas que négativité. Il ne s’agit pas pourtant ici d’ajouter quelque chose - de la spiritualité, des rites, de la communauté, etc - de compatible à l’athéisme pour faire du « plus », mais de voir, avec Marx que la négativité même est une richesse et une liberté, une liberté par libération d’une contruction fallacieuse multiséculaire (historique) et mondialisée (planétaire) venue des grands et petits appareils religieux d’influence idéologico-culturelle des esprits et des corps.

Posant pleinement l’existence de l’homme (de l’humain) l’athéisme est ici élevé au stade d’une philosophie émancipatrice, du moins en germe. La négation de l’athéisme a ici la vertu de poser, de créer l’existence de l’homme (et de la femme) qui auparavant n’avait pas d’existence. Les humains n’étaient rien et Dieu était tout. Entre les deux il n’y avait que lien d’obéissance et d’adoration par une humanité prostrée, à genoux, soumise. C’est le premier acte : la naissance de l’homme et de la femme comme être autonome libéré des fétiches religieux. Il existe d’autres fétiches mais celui-là était lourd, car historique (pluriséculaire) et planétaire (mondialisé). Un carcan et un cancer durablement greffé sur l’humanité accablée. Il a toujours existé des athées dans l’histoire mais il furent quasiment toujours une minorité dominée, stigmatisée, inquiétée, menacèe. L’athéophobie est une lourde constante qui s’est à peine relâchée ici ou là de nos jours.

Posant la pleine existence de l’homme dans la double négation 1 de Dieu (athéisme logique) et 2 des religions (athéisme pratique), Marx pose les bases d’un humanisme fort et authentique, porteur d’une démarche émancipatrice qui est individuelle et collective (dialectique de solidarité dans la non soumission, la résistance). Cette démarche d’émancipation se fonde, avec Marx mais aussi d’autres, sur le refus de la subordination aux fétiches ; c’est à dire non seulement refus d’une soumission à une ou plusieurs religions et à leurs diktats mais aussi critique théorico-pratique des « dispositifs abstraits surplombants » (cf Jean-Marie Vincent), lesquels réclament toujours une analyse critique instruite, à la fois individuelle et collective (« communauté scientifique »). Ici on pourrait aussi évoquer la « technologie verrou » d’André Gorz (1 ) - comme par exemple la méga-machine nucléaire - ce qui ajoute une dimension écologique qu’on ne saurait oublier aujourd’hui.

Dans la phrase citée en exergue de Marx, un lien est posé avec l’existentialisme athée, celui dont Jean-Paul Sartre a expliqué qu’il était un humanisme authentique.

II - Existentialisme athée : De Marx à Sartre...

En préalable, il importe de noter ici que nous ne rejetons pas Lukacs en adoptant (pour partie) Sartre simplement parce que Lukacs a répondu à Sartre « Existentialisme ou marxisme ? » Ce titre est abrupt et daté. Nous renvoyons à « Sartre et Lukács : des marxismes contradictoires ? » par Vincent Charbonnier (http://hal.inria.fr/docs/00/63/22/74/PDF/Charbonnier_Sartre-_-le_marxisme_def.pdf)

XX

Reprenons Sartre mais en pensant au contexte : il ne s’agit plus d’un existentialisme du XX ième siècle mais du XXI ème.

Nous entendons par existentialisme dit Sartre une doctrine qui rend la vie humaine possible et qui, par ailleurs, déclare que toute vérité et toute action impliquent un milieu et une subjectivité humaine".(http://www.danielmartin.eu/Textes/Existentialisme.htm)

L’existentialisme athée contemporain est un humanisme mais un humanisme critique et dialectique (qui diffère de celui de la glose de justification de l’ordre existant). Il puise dans la théorie du fétichisme et de la réïfication (retour de Luckacs et de la « Théorie critique ») pour casser tous les idoles en surplomb au-dessus des humains et les religions y sont encore en premières lignes. Mais il y a d’autres grands fétiches. Ce faisant ce mouvement critique réhabilite les humains. Il élèvent les humains rabaissés. C’est bien un humanisme d’émancipation.

Sartre écrit : « L’homme, tel que le conçoit l’existentialiste, s’il n’est pas définissable, c’est qu’il n’est d’abord rien. Il ne sera qu’ensuite, et il sera tel qu’il se sera fait. Ainsi, il n’y a pas de nature humaine, puisqu’il n’y a pas de Dieu pour la concevoir ». Un rapprochement Marx-Sartre invite à une conception plus respectueuse des constructions et parcours individuels qui n’ignore évidemment pas les déterminismes relatifs qui font agir les humains (dialectique).

Sartre écrit : « Quand nous disons que l’homme est responsable de lui-même, nous ne voulons pas dire que l’homme est responsable de sa stricte individualité, mais qu’il est responsable de tous les hommes ». « Subjectivisme veut dire d’une part choix du sujet individuel par lui-même, et, d’autre part, impossibilité pour l’homme de dépasser la subjectivité humaine. C’est le second sens qui est le sens profond de l’existentialisme. Quand nous disons que l’homme se choisit, nous entendons que chacun d’entre nous se choisit, mais par là nous voulons dire aussi qu’en se choisissant il choisit tous les hommes. » « Ainsi, notre responsabilité est beaucoup plus grande que nous ne pourrions le supposer, car elle engage l’humanité entière. »

L’exemple qui suit est évocateur d’une certaine philosophie athée de Sartre mais aussi de Marx « Si je suis ouvrier, et si je choisis d’adhérer à un syndicat chrétien plutôt que d’être communiste, si, par cette adhésion, je veux indiquer que la résignation est au fond la solution qui convient à l’homme, que le royaume de l’homme n’est pas sur la terre, je n’engage pas seulement mon cas : je veux être résigné pour tous, par conséquent ma démarche a engagé l’humanité tout entière. »

Un athée marxo-sartrien, si on accepte le mixte, n’est pas résigné et pas neutre. Il s’engage. Il est même nécessairement engagé dans les luttes complexes de déconstruction non seulement des « grands dispositifs surplombants » mais aussi des différents rapports sociaux de domination. Il n’y a pas dans la vie réelle que des relations interindividuelles plus ou moins choisies , il y a aussi des rapports sociaux qui clivent les humains et qui font que ces derniers sont nécessairement situés d’un côté ou de l’autre de ces rapports (capital-travail, femmes-hommes, propriétaires-locataires, piétons-automobilistes, usagers-administrations, etc ). On sait hélas que ces rapports d’oppression, d’exploitation, de prédation et pillage ne cessent de se reproduire dans l’histoire, mais que parfois des ruptures franches permettent d’inverser le cours des choses et d’accéder à des régimes politiques et sociaux allant vers beaucoup plus d’égalité et de liberté. Il y a eu des conquêtes réelles contre le capitalisme, contre le patriarcat, contre le bureaucratisme. L’enjeu reste la mobilisation des sujets résistants (car situés) au sein d’une praxis et d’un projet collectif mais débattu de libération. Un athéisme marxien inséré dans un existentialisme humaniste pourrait donc participer, via des alternatives suffisamment conséquentes, à une plus lointaine perspective ecosocialiste !

Christian Delarue

1) André GORZ : « Illich distinguait deux espèces de techniques : celles qu’il appelait conviviales, qui accroissent le champ de l’autonomie, et celles, hétéronomes, qui le restreignent ou le suppriment. Je les ai appelées « technologies ouvertes » et « technologies verrou ». Sont ouvertes celles qui favorisent la communication, la coopération, l’interaction, comme le téléphone ou actuellement les réseaux et logiciels libres. Les « technologies verrou » sont celles qui asservissent l’usager, programment ses opérations, monopolisent l’offre d’un produit ou service. »

L’écologie politique, une éthique de la libération : entretien avec André Gorz - AlterInfos - América Latina

http://www.alterinfos.org/spip.php?article6313

Sur Médiapart lire aussi :

Le marxisme est-il un humanisme ? Sartre et Althusser (par André Constantino Yazbek)

http://blogs.mediapart.fr/blog/nicolas-dutent/060212/le-marxisme-est-il-un-humanisme-sartre-et-althusser-andre-constantin


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