L’antisémitisme expliqué aux jeunes de Michel Wieviorka (Seuil 2014) Note CD

mercredi 15 octobre 2014
par  Amitié entre les peuples
popularité : 6%

Note de lecture

L’antisémitisme expliqué aux jeunes de Michel Wieviorka (Seuil 2014)

Ce livre déploie sur 119 pages les explications nécessaires sous formes de rencontres allant du plus simple au plus complexe.

La première rencontre explique simplement que l’antisémitisme est un racisme. Simplement mais l’auteur est néanmoins obligé de passer par le mot « sémite » avant d’évoquer le mot « peuple » (juif). Il termine son propos par l’usage de la majuscule - Juifs comme Français ou Japonais - pour le peuple et de la minuscule pour la religion : juifs, musulmans, catholiques. La seconde rencontre évoque l’antijudaisme qui sévissait avant l’antisémitisme. La notion de race était absente alors. Par conte la haine des juifs qui ont tué le Christ et donc le « peuple déïcide » était vivace. En terre musulmane cette haine était (et reste) absente. La troisième rencontre explique l’antisémitisme moderne via la théorie du complot et ce sur le terrain fertile de l’antijudaisme, donc en terres occidentales. Il évoque évidemment un faux célèbre : Le Protocole des Sages de Sion. Difficile d’échapper à l’affaire Dreyfus et à l’assimilation au sein de la gauche (pas toute) des Juifs à l’argent et au capitalisme. La quatrième rencontre porte sur le nazisme et la mise à mort par génocide de six millions de Juifs d’Europe. L’antisémitisme a baissé après guerre mais en Russie on chassait encore les « cosmopolites » (qui étaient des Juifs).

La cinquième rencontre développe la naissance d’Israël. L’auteur explique qu’Israël est soutenu de 1948 jusqu’à Sabra et Chatila (1) . A partir de ces années-là - 1982 puis 1987 (Intifada) le soutien international bascule et se fait au profit des Palestiniens. Pour distinguer antisémitisme d’antisionisme Michel Wieviorka écrit p 79 « critiquer Israël est une chose, déduire de sa politique ou de son existence même qu’elles traduisent le caractère maléfique des Juifs, en tant que tels, en est une autre ». La sixième rencontre (p83) porte « retour sur la Shoah, le négationnisme et le »shoah business« . Un antisémitisme particulier se développe sur la base de l’affirmation de l’inexistence des chambres à gaz. Il évoque Paul Rassinier qui minimisait la barbarie nazie pour mieux souligner les horreurs du bolchevisme. Le négationnisme est passible des tribunaux depuis la loi Gayssot de 1990. La septième rencontre pose la question d’un »nouvel antisémitisme« provenant des Français issus de l’immigration. L’antisémitisme devient un phénomène mondial avec internet et la défense par les jeunes générations de la liberté sur internet. La huitième rencontre tente une réponse à quelle mesure de l’antisémitisme ? La dernière rencontre pose »trois questions ultimes". Comment se fait-il que la haine des juifs ait pu perdurer aussi longtemps ? Les Juifs n’ont-ils pas une part de responsabilité ? L’antisémitisme n’est-il pas seulement une affaire de Juifs ? Réponse négative ici.

Cette note est brève. Mais l’on remarque que chaque « rencontre » développe une question qui trouve réponse dans le livre… (ou hors du livre). En espérant que cette note puisse inciter à une lecture attentive.

Christian Delarue

1) Le massacre des palestiniens à Sabra et Chatila par les phalangistes libanais fit en septembre 1982 entre 700 et 2 000 morts parmi des civils palestiniens

Autres compléments :

Affaire Dreyfus  : Fin 1894 le capitaine Dreyfus, Juif, fut condamné, à tort, pour avoir prétendument livré des documents secrets français à l’Empire allemand. Il y a 120 ans le 15 octobre 1894 il était mis au secret par erreur. Procès à huis clôt en décembre et condamnation le 22 décembre 1894. Contexte : Les Allemands subissaient une haine massive depuis 1871 (Annexion de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine). Le 13 janvier 1898 : Zola publie J’Accuse... ! dans L’Aurore. Le 12 juillet 1906 : La Cour de cassation, toutes chambres réunies, annule sans renvoi le jugement du conseil de guerre de Rennes, et conclut que la condamnation portée contre Alfred Dreyfus a été prononcée « à tort ».

cf Mémorial 98 et le site spécialisé dont : Chronologie | L’ Affaire Dreyfus

http://www.affairedreyfus.com/2012/05/chronologie-laffairedreyfus-debute.html

Complotisme des Juifs : En 1886 Edouard Drumont publie La France juive qui reprend la thèse selon laquelle la « judéo-maçonnerie » aurait organisé et mené à bien la Révolution française. Drumont identifie Weishaupt comme juif, et judaïse l’ordre des Illuminés qui, pourtant, ne comportait que peu de membres d’origine juive. Les premières croyances complotistes apparurent à la suite de la Révolution de 1789 contre les Francs Maçons (qui n’étaient pas Juifs).

Protocoles des Sages de Sion et autres conspirations / France Inter
http://www.franceinter.fr/emission-la-marche-de-l-histoire-protocoles-des-sages-de-sion-et-autres-conspirations

27 janvier 2014 : Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste - Enseigner l’histoire de la Shoah

http://www.enseigner-histoire-shoah.org/actualites/27-janvier-2014-journee-internationale-de-commemoration-en-memoire-des-victimes-de-lholocauste.html

Les Conventions de Genève de 1949 et leurs Protocoles additionnels - humanrights.ch
http://www.humanrights.ch/fr/droits-humains-international/humanitaire/conventions-de-geneve/