L’antiracisme est universel, il vaut pour tous ou il ne vaut rien. Lecture de Me Jakubowicz

samedi 16 avril 2016
par  Amitié entre les peuples
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L’antiracisme est universel, il vaut pour tous ou il ne vaut rien. (A Jakubowicz)

Lecture et commentaires de « La supercherie antiraciste » de Me Jakubowicz

https://blogs.mediapart.fr/christian-delarue/blog/150416/lecture-de-la-supercherie-antiraciste-de-me-jakubowicz

Le Président de la LICRA, Me Alain Jakubowicz, critique, dans une tribune intitulée « La supercherie antiraciste » (Liberation 11 avril 2016), globalement « les nouveaux antiracistes » (Laurent Joffrin), et plus particulièrement « la mystification, qui s’est présentée à l’opinion sous les traits d’un antiracisme adapté aux identités plurielles - issues de l’immigration, marquées par la mémoire de l’esclavage, la colonisation - et affilié à la gauche. C’est sous ce masque pervers que la haine a, par effraction, trouvé refuge ». Effraction il y a certes (cf PIR), mais le phénomène oppressif - migrations diverses et impérialisme - perdure encore, moindrement que jadis, et fait souffrir encore trop d’humains !

Me Jakubowicz ne dit pas que l’antiracisme est nécessairement à droite ou de droite. Il plaide « simplement » pour un antiracisme « non relié », non relié aux autres questions et problématiques (dominations et oppressions diverses), l’inverse de ce que j’ai proposé à l’Université d’été 2015 d’ATTAC à Marseille (1). Cela ne fait pas problème au sens ou le « relié » n’est pas obligatoire et n’annule pas systèmatiquement un antiracisme universaliste autonome, recentre sur le « coeur de métier » . Heureusement ! Il (me) parait cependant, cher Maître, plus nécessaire aujourd’hui qu’avant d’opérer des liens entre oppressions, au regard de la situation mondiale - ce qui se discute à l’évidence !

Que dit-il ? « Il est temps de rappeler que la politisation de l’antiracisme est une imposture et une impasse derrière laquelle se cachent « l’anticapitaliste, l’anticolonialisme, l’anti-impérialisme », « l’antisionisme », « la lutte des races sociales ». Elle porte en elle les ferments d’un nouveau totalitarisme, reconstruisant des murs que nous avions détruits de haute lutte ». Là, il faut trier car tout est mélangé ! D’abord il y a « politiser » - au sens de mettre au pot commun instruit pour le debat citoyen et democratique - et politiser - au sens de monopolisation d’un thème par un parti specifique.

Ensuite, la « la lutte des races sociales » - qui et racialisation et racisme - c’est bien autre chose que « l’anticapitaliste, l’anticolonialisme, l’anti-impérialisme », qui sont les trois grosses luttes historiques « de gauche » et toujours actuelles pour l’émancipation des peuples-classe 99% multicolores contre les dominations des capitalistes du « Nord » (pour le dire vite et ne pas évoquer le campisme). On en ajoute d’autres comme le féminisme, lui même varié en positions.

Quand à « l’antisionisme », le seul qui vaille, c’est celui qui se dégage nettement de tout antisémitisme, de toute haine des juifs. On dit la LICRA beaucoup moins solidaire que le MRAP du peuple palestinien. C’est un gros euphémisme je crois ! Que les individus soutenant Israel - un autre Israel si possible - puisse aussi défendre un antiracisme universaliste ne me gêne pas. C’est même positif car des alliances sont alors possibles ici en France.

Vous dites encore, Maître, que « Désigner « le Blanc » comme symbole dominateur d’un prétendu « racisme d’Etat » qui sévirait en France, c’est être raciste. Quitter une réunion féministe en raison du trop grand nombre « de meufs blanches et assimilationnistes », c’est aussi être raciste. Revendiquer le communautarisme et accueillir à bras ouverts le fondamentalisme religieux pour « guérir la France de l’islamophobie », c’est offrir à l’extrême droite un boulevard pour promouvoir une conception contre-nature de la laïcité ». Je dirais les choses un peu autrement mais grosso modo je suis d’accord.

En fait, je suis prudent sur les termes (à plusieurs sens) de « populisme » - il y a un radicalisme du centre - et de « communautarisme » - le nationalisme est une forme de communautarisme et une forme d’exclusion - mais je suis d’accord pour repousser « le business de la peur et du repli identitaire ». A propos de « haine qui conduit à la division et à l’affrontement » il y a aussi celle dite « classiste » des très riches, de la classe dominante contre les pauvres, les exclu(e)s, le précaires, ceux et celles qui souffrent du néolibéralisme austéritaire. Vous connaissez les Pinçon-Charlot n’est-ce pas ! Mais il faut lire aussi Thierry Brugvin sur les élites.

« Etre antiraciste, c’est défendre l’universalité de nos valeurs et l’unité du genre humain ». Liberté, Egalité, Fraternité avec Laïcité sont des principes et valeurs qui appartiennent à tous les peuples, pas à « notre » Nation seulement, me semble-t-il.

Pour terminer cette lecture de votre article, je dirais que j’aime vraiement beaucoup le « Etre antiraciste, c’est savoir être « de la couleur de ceux qu’on persécute » (Lamartine) ». Et effectivement, « l’idée qu’il faudrait être concerné par une discrimination pour la combattre est la négation même du combat antiraciste ».

Retenons que l’universel et l’universalisable c’est de voir la similitude des humains (couple dignité-respect) au-dela des apparences naturelles (couleur de peau) ou choisies librement (vêtement hypotextile ou hypertextile) mais pas celles imposées (l’hypertextile surtout par les integristes religieux).

Meilleures salutations,

Christian DELARUE
Membre du groupe « culture et société » du CS d’ATTAC
Ancien membre du BE et du CA du MRAP

1) ANTIRACISME RELIE - Série de textes de Christian DELARUE - Amitié entre les peuples
http://amitie-entre-les-peuples.org/ANTIRACISME-RELIE-Serie-de-textes

Remarques sur le congrès de la LICRA, sur l’islamophobie et les Arabes | Le Club de Mediapart
https://blogs.mediapart.fr/christian-delarue/blog/270316/remarques-sur-le-congres-de-la-licra-sur-l-islamophobie-et-les-arabes