L’américanisation de la France et de l’Europe : vers la fascisation ?

mardi 19 août 2008
par  Amitié entre les peuples
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L’américanisation de la France et de l’Europe : vers la fascisation ?

BLEITRACH Danielle

3 juillet 2008 sur LGS
http://www.legrandsoir.info/spip.php?article6875

La France inaugure une présidence européenne dans des conditions un tantinet brouillées par le « non » irlandais. Une présidence européenne de six mois n’est en général qu’un moment éphémère par rapport aux lenteurs bureaucratiques du monstre qu’est l’Union Européenne. Au titre des obstacles à la présidence « harmonieuse », il y a le refus des peuples de la dite Union européenne, au premier rang desquels les Français de plus en plus eurosceptiques. Mais la prise en compte des exigences des citoyens n’est pas le problème de Sarkozy, il y a des intérêts puissants.

La machine est monstrueuse, lourde, opaque, mais elle est lancée sur des rails et elle prend de la vitesse sans que personne ne paraisse s’apercevoir vers où et vers quoi nous conduit cette charrette fantôme : aux côtés des Etats-Unis. Pour la plus grande gloire des multinationales, nous allons vers la guerre au reste de la planète pour l’appropriation des ressources et vers la traque de l’ennemi intérieur. Une logique paranoïaque du choc des civilisations. Et là-dessus il semble y avoir entente tacite entre les forces politiques, la droite et le PS, mais aussi les petits partis satellisés, les Verts mais aussi les communistes de toutes obédiences, le PCF comme la LCR pour parler d’autre chose.

1 - Sarkozy n’est que l’homme d’un capital financier de plus en plus intégré aux Etats-Unis.

Est-ce un hasard si la crise des sub-primes a débuté dans une banque française BNP-Paris Bas ? La finance française est totalement engagée dans les fonds d’investissements situés aux Etats-Unis. Les enquêtes du FMI placent depuis 2005 la France en quatrième position mondiale par le volume des investissements financiers qui sont placés dans le monde. Dans les années 1960, le gaullisme a favorisé cette vocation mais ce sont les années Mitterrand qui ont vu un effort de l’Etat : financement public massif et action de restructuration pour la compétitivité mondiale, déréglementation financière des marchés et consolidation du capital financier (Bérégovoy). Le tout dans un contexte de chômage massif et durable et d’acceptation des inégalités sociales. Nous avons donc eu à partir de ce moment une logique qui ne cesse de s’accentuer et qui entraîne l’affaiblissement du capital industriel, une innovation technologique de plus en plus limitée aux secteurs financés par fonds publics et un développement du capital financier parasitaire. La classe dominante française préfère placer ses capitaux au gré des spéculations financières complètement opaques. Si l’on veut comprendre l’Union européenne et son actuel président, il faut se référer à cette réalité et pas seulement à son “métissage” pro-israélien vrai ou supposé. Sarkozy est l’homme du capital financier français. Il est à ce titre complètement intégré au capital étasunien et à ses stratégies planétaires. Les récentes crises à l’intérieur du patronat français ont témoigné du déclin du capital industriel au profit d’une alliance entre le secteur financier, les clients de l’Etat et les services, le tout vers cette accélération atlantiste.

Le divorce entre le peuple français qui subit une situation de plus en plus défavorable et ses “élites” est noté par l’hebdomadaire The Economist qui s’étonne du divorce croissant entre l’opinion des citoyens français dont une minorité seulement déclare que “l’économie de marché est le meilleur système économique” et les innovations financières de “classe mondiale réalisée par les élites françaises grâce à une formation scientifique d’excellence dans les grandes écoles” (1) On retrouve, c’est naturel, le même divorce entre l’Europe et les Français (2). Ce mécontentement a tendance à s’étendre à d’autres pays européens.

2 - L’Union européenne devrait devenir une zone de libre échange des Etats-Unis ?

Voici à ce propos ce que déclare la motion présentée par le Sénateur du PS, Jean-Luc Mélenchon au Congrès de ce parti qu’il accuse de faire opérer un virage d’intégration économique mais aussi géostratégique, la défense de l’Occident et de ses intérêts contre tous les autres, derrière les Etats-Unis, sans que cela ait été jamais débattu au sein du PS. J’ajouterai qu’aucune force politique jouissant d’une audience médiatique, y compris le nouveau chouchou des médias français, Olivier Besancenot, ne met en débat devant l’opinion publique. Il est probable que celui qui parle de cela sera aussitôt censuré par le système, condamné à la marginalité d’internet.

« La gauche démocrate en Europe s’est en effet engagée, en accord avec la droite européenne, dans la construction d’un futur « grand marché transatlantique ». Ce projet avait été mis en échec par le gouvernement de Lionel Jospin en 1998. Mais il a été relancé en 2006 par deux rapports dont l’un défendu par une députée européenne du SPD en faveur d’un « grand marché transatlantique sans entraves en 2015 ». A l’époque les députés européens de notre parti s’y sont opposés. En mai 2008, une nouvelle résolution favorable à un marché commun transatlantique a été adoptée par le Parlement européen. » Cette fois, la quasi totalité des eurodéputés PS français l’ont soutenue et ce, comme le note le sénateur du PS Jean Luc Mélenchon, sans qu’il y ait le moindre débat au sein du PS français.

« Le projet de grand marché transatlantique prévoit la création d’une zone de libre échange pour les services, l’élimination des barrières douanières, technique et réglementaire au commerce, la libéralisation des marchés publics de la propriété intellectuelle et des investissements. Il engage l’Europe dans une promotion fanatique du libre échange au niveau mondial comme le montre la déclaration commune du sommet UE-USA du 10 juin dernier : « nous résisterons au sentiment protectionniste à l’intérieur et nous nous opposerons au protectionnisme à l’étranger. Les modèles du libre et juste échange et de l’investissement ouvert sont les piliers de la croissance économique mondiale ». Il consacre l’évolution de l’Union européenne vers une vaste zone de libre-échange uniquement motivée par la libre circulation des biens et des services.

« De plus, ce marché commun n’a pas seulement un objectif économique. Il est officiellement présenté comme la « base propice à l’établissement ferme du partenariat transatlantique, qui permettra à l ’Union et aux États Unis de relever ensemble les défis politiques et économiques mondiaux ». Il est même proposé de créer à terme une véritable « Assemblée transatlantique ». C’est donc un projet politique de grande ampleur impliquant des Institutions communes aux deux côtés de l’Atlantique.

Car si nous voyons bien son objectif économique, nous voyons aussi sa signification géopolitique. Il donne corps au projet de formation d’un « Occident politique » voulu par la doctrine américaine du « Choc des civilisations ». Telle est la ligne adoptée par de très nombreux dirigeants européens et en France par Nicolas Sarkozy. Cette vision géopolitique repose sur l’idée que l’hégémonie de « l’Occident » est mise en cause et qu’il faudrait répondre au phénomène par une intégration croissante des nations « occidentales » sur le plan économique comme militaire.

3 – L’ennemi est partout, du choc des civilisations aux émeutes urbaines en passant par les épidémies

Il est normal que dans une telle logique, comme nous l’avions noté dans un précédent article, la France et l’Europe se donnent un système de défense-sécurité correspondant, totalement intégré à l’OTAN mais qui désigne clairement l’ennemi extérieur et intérieur.

L’article 5 de la Constitution prévoit que le président de la république est chef des armées. Le nouveau livre blanc sur la Défense va plus loin. Sarkozy, qui regrette visiblement de ne plus être ministre de l’intérieur, a adjoint à ce rôle de chef des armées, donc de la Défense, celui de grand coordonnateur de la Sécurité. Le domaine réservé du président de la république n’est plus seulement en priorité la Défense et les Affaires Etrangères. Avec la création du Conseil de Sécurité Nationale qui supprime la différence entre Défense et Sécurité, le chef des armées redevient premier flic de France.

Cette réforme prend tout son sens dans le contexte présenté par le Livre Blanc, celui d’une création d’une Défense européenne intégrée à l’OTAN. Si la Défense européenne indépendante avait été le but, avant d’annoncer cette nouveauté de la suppression de cette frontière entre Sécurité et Défense, il aurait fallu au minimum s’entendre avec les autres nations européennes pour voir si leur conception de la sécurité s’accommode avec la notre. Mais il est clair que cela n’est plus utile si la référence commune, admise par les gouvernements européens (sur 27, 20 d’entre eux sont membres de l’OTAN) est effectivement l’OTAN sous directive européenne. Comme le notait Pascal Boniface en annonçant ce Livre Blanc : . « Le cadre des relations France-OTAN a d’ores et déjà été clarifié. Tant le président que le ministre de la défense ont affirmé assez explicitement leur acceptation de voir la France réintégrer l’OTAN en échange d’une européanisation de celle-ci. Reste à connaître la réponse de Washington. » Elle a été enthousiaste et G.W Bush s’est félicité de ce retour français, a accueilli avec enthousiasme l’idée d’une Défense européenne.

A propos de l’abandon de la doctrine de la dissuasion nucléaire française, Pascal Boniface note dans le même article que la Commission qui a été nommée par le Président pour rédiger le Livre Blanc de la Défense est composée de faucons néoconservateurs : « Mais la composition de cette Commission, pour ce qui est des experts extérieurs, peut susciter sur ce point quelques inquiétudes. Elle est, sur le plan des idées stratégiques (où les clivages dépassent ceux des familles politiques), nettement moins diversifiée que celle mise en place par le ministère des affaires étrangères. L’horizon - étroit - va des atlantistes traditionnels aux partisans des thèses néoconservatrices les plus radicales. Des experts stratégiques pourtant proches de l’actuelle majorité politique, mais s’inscrivant plus dans la tradition gaullo-mitterrandiste, n’ont pas été retenus. Ceux qui l’ont été étaient favorables, ouvertement ou plus discrètement pour ceux qui vivent de fonds publics, à la guerre d’Irak, même s’ils ont désormais sur ce point une mémoire défaillante. Nombre d’entre eux plaident aujourd’hui pour la fermeté, y compris par des moyens militaires, à l’égard de l’Iran. Ils étaient également pour la plupart, partisans du concept américain de riposte graduée (acceptant que les armes nucléaires soient considérées comme des armes de combat), opposé au concept français de dissuasion. » (3)

La réforme qui efface la différence entre Défense et Sécurité, sous l’autorité d’un exécutif tout puissant, tire incontestablement son origine de l’analyse néoconservatrice qui, n’ayant plus d’ennemi à la fin de la guerre froide, s’en est fabriqué un : le « terrorisme ». Le 11 septembre 2001 étant une divine surprise qui leur permettait d’affirmer que nous avions changé d’époque, une grande bataille est désormais ouverte dans un monde globalisé et interdépendant, les menaces sont partout, il n’y a plus de frontières et plus de différence entre sécurité extérieure et intérieure. Pour défendre la sécurité intérieure, la guerre préventive (y compris nucléaire) doit être menée et le « renseignement omniprésent ». On ne peut plus raisonner en termes de Défense Nationale car la sécurité s’étend à la planète. Elle justifie toutes les opérations préventives et, au plan intérieur, il faut protéger le territoire contre des agressions qui peuvent être de toute nature (4).

Il faut voir la nature réelle de l’ennemi, celui que nos médias nous fabriquent jour après jour : d’abord la peuplade étrangère qui, sous les ordres d’un tyran, nous refuse l’accès à ses ressources naturelles ; mais aussi le phénomène dit des « banlieues », voire les luttes revendicatives, qui peuvent être criminalisées. L’amalgame est total entre les menaces à la sécurité de l’Etat (où “le citoyen” est redevenu l’individu isolé face à la dite menace « collective » et étrangère) et les luttes pour l’indépendance comme les luttes sociales. C’est la conception paranoïaque mais pas gratuite des néoconservateurs qui est à l’œuvre.

Dernière citation : dans son blog, Alain Gresh, spécialiste du Moyen Orient dans le Monde Diplomatique, nous met en garde : « Je n’ai pas l’habitude de réagir rapidement à une information. Pourtant, celle révélée par Isabelle Mandraud dans Le Monde du 20 juin, dans son article « Les surprises de la fusion entre les Renseignements généraux et la DST » mérite d’être largement diffusée.

Evoquant la fusion entre les renseignements généraux et la Direction de la sécurité du territoire, la journaliste écrit : « Comme prévu, les Renseignements généraux (RG) se scindent en deux : une partie de leurs effectifs fusionne avec la DST pour former le renseignement intérieur (RI), une autre rejoint la nouvelle sous-direction de l’information générale (SDIG) au sein de la sécurité publique. Doucement, le partage des missions et des effectifs s’opère, dans le cadre de la réforme mise en oeuvre par Michèle Alliot-Marie, ministre de l’intérieur. Aux uns, le renseignement en milieu “fermé”, la lutte contre terrorisme et la protection des intérêts économiques, aux autres, la surveillance, en milieu “ouvert”, des violences urbaines, les sans-papiers, l’environnement, les voyages officiels… »

Mais la surprise est ailleurs :

« Deuxième innovation : si l’islam traditionnel, comme toutes les religions, reste du domaine de la SDIG, tandis que l’islam radical est du ressort du RI, la future direction centrale du renseignement intérieur pourra, quand elle l’estime nécessaire, et sans prévenir, intervenir dans tous les domaines. »

Si l’on comprend bien, le Renseignement intérieur (c’est-à-dire l’ancienne DST renforcée) pourra, quand il l’estime nécessaire, surveiller, infiltrer, interroger des musulmans ou des organisations ou des mosquées dont la pratique pourrait lui déplaire. Si cette interprétation était avérée, elle marquerait un tournant dans les pratiques sécuritaires en France. »

Voilà brièvement esquissée la logique que l’on peut lire, pour peu que l’on s’en donne la peine, derrière les caricatures aisément brossées sur l’Europe. Nous sommes bel et bien devant un processus de fascisation impérialiste qui passe par l’intégration économique, institutionnelle et militaire de l’Occident.

Danielle Bleitrach

(1) The economist “France has a paradoxical attitude to financial risk” 31.01.2008

(2) Un récent sondage BVA ( 29 juin 2008) montrait que 13% des ouvriers français faisaient confiance à l’Europe pour 49% des cadres.

(3) Pascal Boniface, le nécessaire débat sur le nucléaire, La Croix, 14 janvier 2008

(4) L’arsenal militaire pour lutter contre le terrorisme existe et a été rendu plus performant à partir de 1995 avec le plan Vigipirate, suite aux attentats du GIA algérien. Cette date de 1995 qui correspond non seulement à une série d’attentat mais à un autre livre blanc de la défense en 1994, est déjà celui d’une inflexion de la vision de la dissuasion. Toute la politique de Nicolas Sarkozy peut être analysée comme à la fois une rupture mais aussi la poursuite d’infléchissements pris dans le cadre d’une Europe allant de plus en plus vers l’atlantisme et vers les grandes coalitions.


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