L’Etat doit-il aussi financer les locaux des groupes anticléricaux ? C Delarue

dimanche 6 mars 2011
par  Amitié entre les peuples
popularité : 4%

L’Etat doit-il aussi financer les locaux des groupes anticléricaux ?

La question se pose aujourd’hui à propos des lieux de culte musulman face à « l’islam des rues » ou « l’islam des caves » . Mais la question n’est pas nouvelle et elle a toujours été contestée. Il n’y a pas de conception de laïcité qui soit pleinement acceptée. Le droit est ici comme dans d’autres domaines le produit d’un rapport de force. Il forme un compromis social tout en introduisant des principes plus stables qui spécifient le droit.

Il y a dans les pays ayant connus l’Inquisition (sur laquelle l’Église post Pie XII n’ a pas émis de critiques publiques officielles) une méfiance contre les religions et leur tendance naturelle à l’emprise sur les comportements et même les consciences. C’est pourquoi il existe des groupes de contestation de l’emprise des religions. Faut-il financer leurs locaux ? (I) Évidemment on aborde ici la question par un bais surprenant. On ne saurait s’en tenir là car l’islam est aujourd’hui instrumentalisée par le FN et le sarkozysme. On ne saurait donc faire l’économie d’une position sur ce sujet (II).

I - Construire des mosquées mais aussi des locaux pour groupes athées et anticléricaux ?

Le financement possible des mosquées ou des autres édifices religieux par l’Etat pose aussi le problème du financement des lieux pour les associations de « libre pensée », des lieux des groupes anticléricaux. La question est certes largement formelle car ces groupes ne veulent pas de ce soutien. Mais le simple respect du principe d’égalité le voudrait. Car la laïcité n’a pas de préférence dit Henri Pena-Ruiz. Elle défend le « ni ni » (neuter) au sens de ni religion ni athéisme. (1) L’esprit laïque n’est pas l’idéologie de la tolérance (2) qui favorise l’un (la religion) au détriment de l’autre (l’athéisme ou l’anticléricalisme).

La question est formelle car ces groupes défendent souvent une laïcité neutralité qui veut que le mieux ou le « normal » (variation des conceptions ici) soit que la religion reste dans la sphère privée. On retrouve là le thème de la critique de la privatisation de l’espace public qui s’effectue par les religieux sous couvert d’une interprétation extensive du principe de la « libre expression de la libre conscience » et d’une interprétation tout aussi extensive de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH art 18). Pour ces groupes la laicité-neutralité est porteuse de paix car la conflictualité dans la société civile disparait sans que la religion soit pour autant empêchée de vivre et de se déployer dans les espaces privés. Quand la religion ne reste pas dans la sphère privée - ce qui est possible en droit positif - la critique, la moquerie et le blasphème deviennent alors aussi de droit. Ces critiques sont conçues comme légitime moyen de faire reculer l’emprise du religieux dans la sphère civile. Il importe ici de remarquer que l’on change alors de paradigme sociétal : on passe en quelque sorte d’une laicité-neutralité à une laïcité-séparation admettant la conflictualité entre religions et anticléricaux dans la société civile . Cette conflictualité est validée par l’égalité et de réciprocité dans la société civile.

Mais, il ne s’agit pas seulement de poser égalité et réciprocité là ou d’autres mettent une tolérance unilatérale. En effet, nombre de religions contiennent à doses variables des propos sévères contre les athées, les homosexuels, les femmes, les membres des autres religions. Tous les croyants ne se focalisent pas heureusement sur ces passages mais c’est quand même le cas de certains groupes. Il y a les bondieuseries toujours bonnes à croquer. Des revues satiriques en ont d’ailleurs fait leur choux gras.

Si le déploiement de la parole religieuse et de ses symboles est autorisé alors celui de la parole critique doit l’être aussi. Le principe n’est pas sans limite comme souvent. Cette critique même sévère n’est légale que sous réserve qu’elle porte sur les dogmes et les croyances mais pas sur les croyants. Ici il faut toujours distinguer « la haine des religions » de la haine des croyants même si l’un sert de prétexte à l’autre (cf Redeker par exemple). Il faut d’autant plus le faire que les religieux et leurs amis ne cessent de faire l’amalgame. Il y a aussi un point d’ambiguïté qui porte sur la critique des pratiques sociales religieuses car si cette dernière critique est non seulement possible mais parfois nécessaire elle est aussi susceptible d’une dérive lepèniste quand il n’y a pas purement et simplement racisme.

II - Parler islam c’est faire largement diversion sur les exigences d’un Etat social, démocratique et culturel.

A) Islam et débat présidentiel :

On pense ici d’une part à l’usage guerrier de la laïcité par Marine Le Pen mais aussi au débat sur l’islam lancé par le Président de la République. Il importe de refuser ce dernier. Il y a une raison suffisante dit Jacques Julliard dans Mariane 723 (fev - mars 2011) pour dire un Non résolu et à priori au débat sur l’Islam lancé par N Sarkozy, c’est que par son objet même il est détestable. Non qu’il n’existe pas une question musulmane en France mais ce n’est pas au Président de la République et l’Etat tout entier de mettre en examen une catégorie de Français. On souscrit au propos !

Quelle République ? Que revient-il à l’Etat d’assurer ? A propos de financement il vaudrait mieux subventionner plus fortement les organismes de lutte contre les discriminations racistes dans les divers domaines, tant pour les adultes (emploi, logements, etc) que pour les jeunes (discothèques, stades). Quand aux jeunes des couches populaires des quartiers qui ont choisi la fidélité à l’islam ils ne sont pas fondamentalement un problème car ils ne sont pas nécessairement et comme « par nature » (celle de l’islam) contre la République . Et quand il arrive que la révolte gronde contre la République c’est que cette dernière se moque d’eux.

Les élites méprisantes. La République se moque d’eux à l’instar du président de la BCE pour d’autres couches sociales populaires . Au lieu du sieur Mancel et sa proposition de suppression du statut du fonctionnaire pour nombres de secteurs de l’Etat, prenons JC Trichet qui perçoit sans vergogne environ 29000 euros par mois (ce qu’une très large majorité ne reçoit pas pour l’année) et qui ose dire que : « Augmenter les salaires serait »la dernière bêtise à faire« en Europe » ! Disons tout net que ce qui évite de prendre les cailloux contre ces provocateurs ce n’est pas une éventuelle « nature civilisée » mais plutôt une capacité de riposte collective. Faute de perspectives et sans plus d’intégration sociale il reste alors pour certains démunis, contre la misère multiforme et la délinquance, que le recours à la religion . Cette dernière a la vertu de « faire d’un citron amer un jus sucré » (dixit un musulman). C’est on s’en souvient, cette fibre qu’exploitaient les curés catholiques en France au XIX siècle à l’égard des ouvriers et paysans.

B) En fait résorber la double fracture sociale (3) au lieu de l’accroître est une urgence. en temps de crise.

Investir dans l’Etat social. Il importe donc que la République n’abandonne pas au néolibéralisme un Etat social en capacité de se déployer dans ces quartiers. Disposer de services publics, d’écoles, de logements HLM dans les zones délaissées de la République est essentiel. A défaut, c’est la République qui disparait. C’est en cours.

Le volet culturel a aussi son importance. Qu’une enseignante soit montrée du doigt dans le Gard à cause d’un enseignement d’une comptine en arabe montre bien l’emprise du racisme en France. Car c’est l’inverse qu’il s’agit de faire. Proposer des cours d’arabe autant que des cours d’espagnol ou d’italien en seconde langue dans nombre de lycée montrerait un autre aspect de ce que la République nomme « intégration ».

A propos de démocratie, la question ne porte pas que sur le droit de vote à donner aux résidents étrangers extracommunautaires installés depuis longtemps sur le territoire national. Il importe de faire accéder les français discriminés au fait démocratique. Pour M. Bekkouche, « la représentation ne doit pas devenir une finalité, c’est la sous-représentation qui est une anomalie démocratique ». Plus : « Réparer les « distorsions de représentation » est une nécessité. Les déclarations de bonnes intentions ne sont pas suffisantes. (4).

Christian Delarue

1) La religion n’est pas un service public
par Henri Pena-Ruiz, écrivain et philosophe, ancien membre de la Commission Stasi, auteur de « Qu’est-ce que la laïcité ? « (Gallimard) et des « Leçons sur le bonheur » (Flammarion)

http://www.communautarisme.net/La-religion-n-est-pas-un-service-public_a811.html

et Laicité Définition et philosophie H Pena-Ruiz

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1572

2) L’idéologie de la tolérance ne se rapporte pas à un comportement individuel mais à un rapport de force social global qui autorise une préférence pour la religion au dépend de son contraire.

3) Réduire les deux fractures sociales en France.

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1370

4) in Grandes manœuvres politiques autour des Franco-Maghrébins

http://www.monde-diplomatique.fr/2003/10/BOURTEL/10622#nb12

En outre :

Crimes d’honneur : Jésus Christ et la lapidation.

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1144

La diversité et la gauche.

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article1570