Islamophobie, « notion faisandée » dit Christian GODIN !

jeudi 19 avril 2012
par  Amitié entre les peuples
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Islamophobie, « notion faisandée » dit Christian GODIN !

Par Christian Delarue

http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/190412/islamophobie-notion-faisandee-dit-christian-godin

La revue Cités dans son numéro 49 livre un dossier sur le populisme intitulé « Le populisme contre les peuples »(1). Dans ce dossier, Christian GODIN ouvre une première contribution répondant à la question « Qu’est-ce que le populisme ? ». C’est dans une petite note de bas de page en critique d’un texte d’Enzo Traverso faisant le lien entre islamophobie et l’antisémitisme des années 20/30 que Monsieur Godin répète le préjugé commun : l’islamophobie est un concept crée par les Etats musulmans et - surtout - déclare que « l’islamophobie’ est une »notion faisandée". Il en profite pour discréditer Enzo Traverso !

Lire cela dans un texte « sérieux » qui tente longuement d’expliquer une notion aussi instable que celle de populisme est étonnant... et peu sérieux. Le terme islamophobie est très ancien et bien antérieur à l’usage fait ces dernières années par les Etats musulmans. Ensuite la notion d’islamophobie telle que circonscrite par le droit français ne recoupe pas la définition très englobante produite par ces Etats islamiques qui entendent, sous ce nom, interdire le blasphème et la critique de certaines pratiques issues de l’islam.

I - Histoire rapide d’un mot.

Schématiquement on distingue cinq temps : 1) le début du XX ème siècle, 2) la période 1997-1998, puis après le 11 septembre 2001 : 3) Décembre 2004, puis 4 ) contestation de 2005-2006 puis 5) l’adoption et la stabilisation de la notion.

1) Début du XX ème siècle : En France, écrit Elif Kayi (2) la première utilisation attestée du mot dans sa version adjectivale « islamophobe » date de 1921, année où deux essayistes, Etienne Dienet et Slimar Ben Ibrahim, évoquent dans un ouvrage le « délire islamophobe » du père jésuite Lammens, auteur d’une biographie sur Mahomet.

2) 1997-1998  : Soheib Bencheikh, grand mufti de Marseille, le cite dans son ouvrage « Marianne et le Prophète », publié en 1998. Il explique qu’il est possible de critiquer l’islam sans que cela soit pour autant qualifié d’islamophobie. C’est l’intellectuel musulman Tariq Ramadan, souvent qualifié d’islamiste « camouflé », qui a véritablement introduit le terme en France, avec un article publié en 1998 dans le Monde Diplomatique, « L’islam d’Europe sort de l’isolement », où il fait référence à une étude commandée en Grande-Bretagne par le Runnymede Trust en 1997, « Islamophobia : Fact Not Fiction ».( toujours Elif Kayi)

3) En décembre 2004, en même temps que le congrès du MRAP qui adoptait la notion après débat (notamment avec l’appui de Vincent Geisser auteur de la Nouvelle islamophobie), le Secrétaire général des Nations-Unies, Kofi Annan, présidait une conférence ayant pour titre « Agir contre l’islamophobie », et en mai 2005 il condamnait l’islamophobie lors d’un sommet du Conseil de l’Europe. La conférence de l’OCDE à Bucarest est un autre exemple de l’assise de ce terme.

4) 2005 : La notion est « suspendue » au sein du MRAP jusqu’à ce que des affaires ( Redeker et d’autres) permettent d’avaliser le terme. Il faudra attendre plusieurs années avant d’obtenir sa stabilisation.

II - Retour sur les débats : contestation et adoption.

C’est Alain Gresh qui a réfuté, sérieusement que je sache, l’idée fausse d’une origine récente (post 11 septembre 2001) du mot islamophobie. Le terme ne vient donc pas - du moins pas seulement - des islamistes à la tête des Etats islamiques. Que ces derniers se soient employés et s’emploient toujours à son instrumentalisation au plan international et à l’ONU est chose certaine mais cela n’invalide en rien son sens antiraciste reçu par les institutions françaises et européennes.

Sur le choix du mot - qui a été critiqué, souvent à raison, à propos du mot « phobie » - mal choisi - la vie réelle a aussi tranché. Le terme est désormais adopté et la polémique de 2005 (longuement développée par wikipédia) est désormais close. On ne peut se dire « un peu islamophobe » comme Claude Imbert mais on peut par contre distinguer les intégristes des musulmans pratiquant un islam de paix comme le souhaitait d’ailleurs le même Claude Imbert dont on a retenu juste la première formule citée.

Le débat entre Caroline Fourest et le MRAP a été tranché in fine de façon équilibré c’est à dire sans nuire ni à l’une ni à l’autre. Je veux dire par là que si le terme islamophobie a bien été validé tant dans le discours que par les juristes comme une forme de racisme, il faut voir aussi que sur le fond les craintes de Caroline Fourest ont été prise en compte et qu’en quelque sorte elle ne s’est pas battue pour rien. Cela signifie que la critique de l’islam est possible - notamment son volet sexiste et sexoséparatiste issu des plus intransigeants - comme celle de toute religion. Le blasphème est aussi possible (Affaire du Coran brulé en Alsace) sans que les foudres religieuses s’abattent avec succès.

Concernant les pratiques sociales issues de la religion il faut ici distinguer celles qui relèvent des intégristes des autres et donc ne pas mettre au chef de tous les musulmans les pratiques condamnables.

Christian DELARUE

Ex membre du Bureau exécutif du MRAP

19 Avril 2012

1) Revue Cités 2012/1, Le populisme, contre les peuples ? - Cairn.info

http://www.cairn.info/revue-cites-2012-1.htm

2) Quelques réflexions sur le concept d’islamophobie Par Elif Kayi

http://blogs.mediapart.fr/blog/elif-kayi/261208/quelques-reflexions-sur-le-concept-d-islamophobie