Evolution d’un antiracisme sur quelques décennies. Christian DELARUE

samedi 26 janvier 2019
par  Amitié entre les peuples
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EVOLUTION D’UN ANTIRACISME à RENNES sur quelques décennies

Vers un antiracisme non campiste !

Christian DELARUE contribution sur la « démocratie inclusive » ou plus exactement « l’alterdemocratie inclusive » - commission démocratie d’ATTAC (Décembre 2018) - A la demande de François SCHALCHI.

I - Le MRAP et l’UAIR dans les années 84-91

Le MRAP Rennes (ou plus tard le MRAP 35) luttait seul ou aux côtés d’autres associations, comme l’UAIR, pour améliorer les conditions de vie des nouveaux arrivants comme de celles et ceux installés depuis déjà quelques années.
Le MRAP se positionnait du point de vue du pays de réception - qu’il voulait ouvert - et pour que les nouveaux arrivants entrent sans problème et s’installent sans souci, sans subir le racisme ou le rejet . Nous (l’équipe locale de l’époque) militions comme habitants historiques de ce pays - c’est ainsi - pour qu’ils disposent de tous leurs droits, des formations utiles, etc pour mieux étudier, mieux travailler, mieux vivre.

Notre point de départ était différent des structures de défense de l’insertion des ex-migrants en voie d’installation. L’UAIR née à Rennes en 1983 a conservé son sigle mais à changé son troisième mot : interculturel a remplacé d’immigrés. Dans ces années-là cette Union - avec Mohammed Jabbar -servait de centre de rencontre entre les associations universalistes comme le MRAP et les associations de défense spécifique de certaines communautés d’immigré.e.s - les portugais, les marocains, les algériens, etc.

On s’entendait assez bien malgré des différences culturelles qui n’étaient pas mise en avant comme des armes particularistes. La volonté de s’insérer dans l’emploi, le quartier, la vie locale était première et la fréquentation du secteur associatif français (ou breton) favorisait ces processus.
Ensemble, nous luttions pour des droits à conquérir comme le droit de vote par exemple. Nous refusions, en organisant des débats - des meetings - avec les syndicats et les partis de gauche, au sein d’un collectif (dont le nom fut à une époque le CIDELFI)
Je ne saurais dire à partir de quelle époque les choses ont changé. Pas de rupture franche. Une évolution.

Les années du FIS en Algérie a changé le militantisme. Pour moi, c’est net !
L’UAIR a changé elle aussi. Changement de nom. Comme le CRIDEV d’ailleurs

II - LE CHANGEMENT

Ce qui a changé aussi, c’est la « racialisation collective », non pas le fait d’être racisé.e individuellement - comprenez d’être réduit.e et ramené.e a sa différence, différence stigmatisée réellement ou supposément , autrement dit être individuellement victime de racisme - mais de se penser intellectuellement et surtout collectivement comme racisé.e.s du fait d’un processus historique, global, par ailleurs assez idéologique, voir, plus simplement, du fait de sa couleur de peau. Dès lors, une clôture identitaire collective s’est dressée, de type néo-campiste (antiracisme des suds contre antiracisme universaliste du nord) ou de type racialiste (nettement pro-Noirs contre les Blancs), clôture fondée sur une interprétation de l’histoire coloniale et post-coloniale. Mais une histoire sélective qui oublie, à la suite des années FIS, une sorte de colonisation interne du monde vécu par les intégrismes religieux.

On a là, non des revendications de droits - bien qu’elles existent - mais une lutte identitaire et raciale - combats de communautés et de « races » - et ce à une époque ou précisément il y aurait besoin de plus de différenciations intra-groupe, intra-communautaire. Ce besoin vient - je le répète - de l’existence des intégrismes religieux particulièrement réactionnaires. Tout de l’autre n’est donc pas acceptable. Ce point est dur . C’est ce qui est nouveau pour la période.

III - ANTIRACISME RENOUVELE

Le racisme est et reste toujours a combattre. Il faut toujours recevoir dignement et à égalité - dans la laïcité - les arabes, les musulmans et d’autres groupes humains se voyant différents, mais si possible sans valoriser ces différences, plus en voyant le commun . Cela vaut pour celles et ceux déjà là depuis des décennies : Liberté, égalité, solidarité, laïcité (toutes les lois françaises y compris celle de mars 2004).

Mais il faut critiquer et combattre certaines tendances réactionnaires et autoritaires qui sont désormais bien installées dans le monde . Ce rejet n’est pas essentialiste mais ciblé. Ce sont les sexyphobes et les sexoseparatistes qui sont rejetés. Car on ne peut faire comme si les « campagnes d’hidjabisation » n’existaient pas. Le réactionnaire n’est pas que chez le Blanc d’extrême-droite, il est aussi chez l’arabe ou surtout le musulman. Pas d’essentialisation, pas de généralisation , toujours abusive et stupide !

Évidemment cela oblige a réflexion pour une position non campiste.

Pour moi cela renforce l’antiracisme universaliste du MRAP.

Christian DELARUE

MRAP Rennes

Union des Associations Interculturelles de Rennes (http://uair.org/)
Le Mrap de Rennes, dont je fus Président peu de temps après mon arrivée sur Rennes en 1984 (venant de Brest), avait des relations fréquentes avec l’UAIR soit en bilatéral soit au sein d’un collectif - CIDELFI à une époque - longtemps animé par M Mohamed JABBAR.

Addendum : « Racisme, sexisme, classisme » pour moi, ou - pour le dire comme eux-elles - « Race, genre, classe » sont en principe dénoncés de la même manière. Intersectionnel, il n’y a alors pas de hiérarchisation entre les diverses formes d’oppression.
Mais, en réalité, à y regarder de plus près, l’intersectionnalité repose sur une hiérarchie. La race prime, puis le genre est évoqué, et la classe disparaît. Il n’y a pas que les écrits de la mouvance d’une Houria Bouteldja pour faire ce constat. On s’en aperçoit aussi sur divers blogs dit « intersectionnels » . Le patriarcat et l’homophobie peuvent même être tolérés lorsqu’ils proviennent des indigènes. Quand à la lutte des classes, elle n’existe pas.
Pour un antiracisme et un antisexisme du peuple-classe 99%.