« Et après » : En tout amant, il y a un ami qui sommeille. C Delarue

samedi 3 septembre 2016
par  Amitié entre les peuples
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« Et après » :

En tout amant, il y a un(e) ami(e) qui sommeille.

Texte issu de chrismondial blogs 2008

Il s’agit là d’une phrase du livre de Jacqueline KELEN « Aimer d’amitié » (Lafond) qui a écrit de bons développements sur l’amitié après la rupture sentimentale (Chapître intitulé « ... et après » p 149). « Garder relation et amitié avec l’autre, après séparation ou divorce, c’est aussi une fidélité à soi-même, c’est ne pas se renier, c’est garder l’estime, toute l’estime pour celui qu’on a aimé, désiré et que maintenant - la faute à personne - on aime moins ou plus de cette façon.(p 166). L’amitié permet se surcroit d’éviter un risque dit J Kelen : »Une rupture court toujours le risque de la laideur, de la vulgarité, de la mesquinerie« . Passer de l’amour amoureux à l’amour-amitié c’est conserver l’estime et l’admiration que vous portiez à l’autre au-delà des effets du désir sexuel (avec un petit »d"), des effets du partage d’une forte intimité sexuelle.

Lire ici Amour et Désir (et non désir)

« Aimer d’amitié » précise que l’amour véritable commence avec l’amitié. C’est d’ailleurs le sous-titre de l’ouvrage qui dit tout le mal qu’il y a dire sur l’amour non amical. Comment définir d’ailleurs l’amour non amical ? Amour passion ? pas nécessairement. Amour amoureux ? Pas toujours. Alors disons que l’amour non amical serait l’amour qui inclut le rapport charnel et sexuel. Mais si l’amour véritable est celui que l’on porte à ses amis il peut alors paraître inquiétant de passer tant de temps de notre vie en « mauvais amour » avec une compagne ou un compagnon avec qui nous avons des relations sexuelles (en réalité ou « en réserve »). Non dit J Kelen car « l’amitié peut entrer dans le couple ». Tout son chapître 5 porte sur l’amitié dans le couple. Mais dire cela bouscule la distinction précédente. A moins de penser que quand l’amitié entre dans le couple, c’est la sexualité qui s’en va. Soit elle s’éteint soit elle s’en va chercher ailleurs satisfaction. Si la sexualité s’éteint, la question est tranchée. Il ne peut y avoir que de l’amitié tant que le désir est mort. Le couple ne se transforme pas nécessairement en couples simplement cohabitants qui partagent sans affection ni tendresse les tâches quotidiennes mais cela peut survenir. C’est même loin d’être rare ! Des personnes vivent côte à côte plutôt qu’ensemble. Et lorsqu’elles se touchent ou s’embrassent c’est de façon conventionnelle et sans affection. On appelle cela les couples « as if » (comme si) . Lorsque le désir revient, ce n’est alors pas nécessairement le compagnon « officiel » qui en est l’objet d’attention. Rien d’étonnant ici.

J Kelen ajoute d’autres éléments qui bougent la distinction entre amour-amitié et amour-autre. Ainsi l’amitié n’est pas asexuée. Elle ne nie pas le corps de l’autre. Va-ton caresser son ami(e), l’embrasser ? Oui répond J Kelen. Mais alors ce n’est plus de l’amitié ! On ne voit guère les amis se dire des mots doux ou avoir des gestes tendres . Cela arrive mais c’est rare . Si le désir sexuel est absent : on a alors une amitié un peu charnelle qui évite le désir et la relation sexuelle . On trouve cette configuration chez les couples « officiels » (mariés ou non) âgés ou la sexualité n’est plus mais ou la tendresse est restée. Mais dans le cadre des rapports d’amitié ordinaire il s’agira le plus souvent d’amitié-amoureuse, celle qui met en présence des amis qui font l’amour de temps en temps . On voit que les frontières sont floues, incertaines dit J Kelen. Autre élément qui montre encore que la stricte séparation entre amour-amitié et amour non amical est à relativiser c’est l’idée défendue par J Kelen que l’on peut passer de l’amour-amoureux à l’amour- amitié après la rupture.

Un des intérêt de cette lecture c’est le rapprochement opéré car J Kelen et moi-même ne partons pas du même postulat . Pour J Kelen c’est le sentiment amical qui est valorisé d’emblée et elle y introduit le charnel et le désir à petites doses. Alors que pour ma part je pense à partir de l’inverse : j’accepte pleinement sans le dénigrer le fait du « tomber amoureux » ( 1), et le bonheur de se jeter avec passion dans les bras de l’autre (2). Valérie Daoust a valorisé elle aussi l’authenticité de la passion (3). C’est donc là une divergence de départ et une opposition pour partie à J Kelen comme à Eric Fromm de l’Art d’aimer. Mais cette opposition circonscrite au rigorisme frommien (issu de la philosophie de Spinoza que partage aussi mais dans une orientation et une tonalité différente proche de Robert MISRAHI) ne doit pas masquer ce que je dois au Maître de la philosophie culturaliste . Au-delà de la violence du désir et des fantasmes partagés un « travail amoureux » (Max Pagès) construit des sentiments mixtes pour ne pas dire ambivalents ; « travail » qui produit parfois (pas toujours) de la durée et à tout le moins de l’estime et du respect pour l’ex et pour les proches de l’ex. Le bel amour qui a dépassé sa phase amoureuse sans tomber dans la froide amitié passe du captatif réciproque à l’oblatif sans sacrifice ; il entretient l’un et l’autre dans le passage des émotions fortes aux sentiments surs et durables.

Christian DELARUE

1) Le « tomber amoureux », de la chute à l’élévation.

Le « tomber amoureux », une chute et un point de départ. C Delarue

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article540

2) « CARTE DU TENDRE » ET CHOIX DU PARTENAIRE"

https://blogs.mediapart.fr/christian-delarue/blog/200314/carte-du-tendre-et-choix-du-partenaire

3) S’engager pleinement, sans retenue...-
http://krismondial.blogg.org/authenticite-de-la-passion-a116007974


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