Diversité, laïcité, discrimination et fêtes religieuses. C Delarue

dimanche 6 septembre 2009
par  Amitié entre les peuples
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Diversité, laïcité, discrimination et fêtes religieuses.

Pour une position du MRAP sur « La diversité des jours de fêtes religieuses (1) dans un cadre laïque ».

La position que je soumets au débat est : Ce que l’État chrétien a fait l’État laïc peut et même doit le défaire. Il s’agit alors de le faire intelligemment.

Le thème de la diversité, objet d’une prochaine réunion des PST (*) le 26 septembre 2009, revient en force souvent d’ailleurs en mélangeant diversité culturelle, diversité religieuse et diversité ethnique. La diversité s’apparente bien souvent à une ruse des dominants pour éviter de répondre à la demande égalitaire. Ne soyons pas dupe de l’évacuation de la question sociale avec l’émergence du thème de la diversité. La question première est celle du chômage, du travail stable et du revenu. La question seconde est celle des services publics nationaux pour tous en matière de santé, d’éducation nationale, de logement, d’énergie propre, etc... La démocratie et la défense des libertés sont aussi très importantes. Des libertés sont à défendre dans un cadre républicain d’égalité et de laïcité. La question de la diversité plus égalitaire des jours de fêtes religieuses et non religieuses peut et doit donc se comprendre dans ce contexte.

I - STATU QUO ou REFORME

Le principe de base est que la religion est privée et ne regarde pas l’État. Il importe cependant de tenir compte de l’histoire et du présent. L’Etat ne favorise-t-il pas le statu quo s’il ne fait rien ? N’a-t-il pas lui même créé des jours fériés chrétien du temps ou les pesanteurs de la religion catholique dominaient l’Etat et la société ? On ne saurait faire semblant d’ignorer l’implication de l’Etat dans la situation inégalitaire actuelle. Cela s’oppose au statu quo historique.

Si l’Etat républicain post révolutionnaire n’a pas accomplie sa tâche alors affirmer que « les jours fériés qui, pour la plupart, trouvent leur origine dans des célébrations catholiques (Pâques, Noël, l’Assomption, l’Ascension et même, plus simplement, le dimanche) sont de simples héritages de l’Ancien Régime » ne suffit pas pour rester dans le statu quo. Comme si l’Etat post-révolutionnaire de 1789 n’avait pas à poursuivre ici comme ailleurs sa révolution inachevée. En fait cette position de renvoi à l’histoire d’avant 1789 sonne comme une défense bon teint de la religion chrétienne au détriment des autres.

Un changement est donc nécessaire.

Il s’agit de défendre l’idée du changement contre le statu quo de ce que l’on pourrait appeler la « République d’accommodement préférentiel » car elle maintient en l’espèce un compromis injuste entre une pseudo-laïcité de façade et la subculture chrétienne dominante . Pseudo-laïcité car ce compromis historique postule de fait l’adaptation des autres cultures religieuses. Ce faisant elle crée de la discrimination entre croyants et fait l’inverse de sa prétention à favoriser l’intégration, sauf à concevoir cette dernière de façon unilatérale comme effort demandé aux « autres ». Cette façon de voir est aujourd’hui plus critiquée que jadis.

Il en va de même de l’appréciation qui répète que les « fêtes religieuses sont tout sauf des fêtes religieuses » (2). Ce qui est largement vrai mais qui n’épuise pas la question. C’est juste une motivation pour aller plus loin. En effet, il ne devrait plus être très difficile de séculariser ces fêtes totalement en les renommant ou de les supprimer. Certes, l’appareil religieux catholique va alors réagir pour la conservation de l’existant.

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II - Face à cette situation il y a DEUX VOIES REFORMATRICES ,

Une orientation législative serait proprement laïque (B) et l’autre s’inscrivant dans un pluralisme religieux (A) via l’aménagement de la diversité.

La diversité devient un mot à la mode . Un changement de mentalité semble se confirmer vers plus de justice et d’égalité sous couvert de diversité mais on risque d’abandonner une mauvaise configuration pour une qui entérine une moindre laïcité.

A) L’option « laïcité de diversité » propose des aménagements de deux types : Le premier type vise une justice redistributive : on enlève des jours à la religion dominante (ou dite ainsi) pour en donner aux autres religions. Avec un copier-coller dans le calendrier, toutes les religions ne seraient sans doute pas encore à égalité, mais la sureprésentation des fêtes chrétiennes serait moindre et les autres religions ne seraient pas brimées. Chacun disposerait d’une reconnaissance d’accès à la fête religieuse. L’autre voie se contente d’un aménagement modeste de l’existant. En ce sens la commission Stasi sur la laïcité avait retenu dans son rapport final, l’institution de jours fériés à l’école pour marquer la célébration de la fête juive de Yom Kippour et celle de la commémoration musulmane de l’Aïd-El-Kebir.

B) L’option laïque authentique est préférable car elle applique strictement le principe de séparation de la religion et de l’Etat. On ne saurait raisonner comme si la France était un Etat religieux . Les jours de congés laïcs ne figurent pas dans la Constitution. Ils existent néanmoins. Plutôt que d’instaurer officiellement de nouvelles fêtes religieuses pour compenser les inégalités entre religions, ou de procéder à une savante redistribution des jours de fêtes religieuses l’Etat français pourrait simplement les supprimer pour ne conserver que les fêtes non religieuses. Cela éviterait de rajouter du religieux au religieux existant.

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III - Cette réforme laïque pose plusieurs problèmes qui ne sont pas insurmontables pour sa mise en œuvre.

1 - La perte globale de jours de congé de fête. Il est possible d’en rajouter à hauteur de ce qui est supprimé. Par exemple le MRAP peut proposer de fêter le 21 mars contre le racisme et d’autres dates encore à la place des jours de fêtes religieuses supprimés. D’autres associations peuvent faire des propositions du même ordre : le 17 octobre pour l’amitié des français avec les algériens. Les propositions ne manqueront pas !

2 - Les différents croyants des diverses religions seraient en droit de poser des jours de congés pour pratiquer les rites de leur religions. Il faut ajouter d’ailleurs, que ce faisant, une discrimination tombe avec ce genre de réforme puisqu’à ce jour les seuls chrétiens sont dispensés de poser des jours en plus et que les membres des autres religions doivent eux poser des jours en plus.

3 - Que proposer aux agnostiques et aux athées ? Rien. Est-ce injuste ? Non, ils posent des congés en plus des jours de fêtes reconnus comme ils veulent, comme les croyants. Ils disposent déjà de congés à divers titres comme travailleur (1er mai), comme peuple révolutionnaire (14 juillet), etc... comme tout membre de la communauté nationale (1). En toute rigueur du principe, ils travailleront les jours de fêtes religieuses car ces dernières n’auront plus d’existence publique en plus de n’avoir aucun sens spirituel pour eux. Ils le feront d’autant plus aisément que les jours de fêtes religieuses auront été remplacés par d’autres jours de fêtes à motif laïc et citoyen ainsi que précisé en réponse au problème 1.

Christian Delarue

membre du bureau exécutif et du conseil d’administration du MRAP

1) Fêtes et jours fériés en France Ce qu’en dit wikipedia

2) France : les fêtes religieuses perdent leur sens. Une enquête.

http://www.dici.org/?p=9829

* PST = Réunion des présidents, secrétaires et trésorier des comités locaux du MRAP ;


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