Différer l’arrivée du fascisme - Maxime KANTOR

jeudi 9 juin 2022
par  Amitié entre les peuples
popularité : 12%

OFFENSIVE GENERALE DU FASCISME - Maxime KANTOR

Traduction reprise d’un blog mediapart (1) d’un éditorial du19 mai 2014 du peintre et écrivain russe Maxime Kantor publié sur le site gazeta.ru dans la rubrique « mnenie », opinion. Le titre original était « Poslednaja krepka », « La dernière attache », en référence aux « attaches » que le président russe Vladimir Poutine déclarait il y a peu nécessaires à la cohésion du peuple russe : patriotisme, orthodoxie et famille dans ses formes traditionnelles. Dans ce texte Maxime Kantor réfléchit aux événements récents en Ukraine et à la réaction qu’ils ont suscitée en Europe et aux USA.

La politique de ces dernières années se réduit à une seule chose : au désir de différer l’arrivée du fascisme. Le projet socialiste n’est plus à l’ordre du jour, le projet démocratique a échoué, il ne reste plus aucun obstacle à l’offensive victorieuse du fascisme. On a essayé de localiser le fascisme, on a annoncé son offensive en Lybie, en Irak, en Ukraine. Le problème n’est pas de savoir quelle grande puissance cette dénonciation arrange : toutes, d’une manière ou d’une autre, ont fait comme si son apparition était localisée en un point précis et qu’il fallait le combattre précisément en cet endroit.

Mais le fascisme est passé partout à l’offensive. Et on ne pourra pas l’arrêter. Le fascisme arrive, accompagné des pleurs et des lamentations hypocrites du libéralisme, à cause de la cupidité de la bourgeoisie comprador et de l’irresponsabilité de l’économie de marché.

Il n’est pas exact de penser que le libéralisme s’oppose au fascisme. Le libéralisme est une étape vers le fascisme, tout comme la démocratie est une étape vers l’oligarchie, et l’oligarchie une étape vers l’autocratie. A partir du moment où la démocratie a été placée sous la dépendance du marché, son sort était réglé.

La démocratie vit d’obligations et de limitations réciproques, c’est ce qu’on appelle le contrat social. Le marché vit sans limite, et seulement de victoires, n’épargnant personne. Quand est apparu l’hybride « marché démocratique global », le principe du contrat social démocratique est mort. Est apparue une classe d’oligarques se tenant à l’extérieur de la société ; le néolibéralisme s’est transformé en colonialisme (souvenez-vous, au 19e siècle les libéraux étaient anticolonialistes) ; des populations entières ont été pillées et humiliées et on a justifié ce pillage par des principes démocratiques.

Désormais le mensonge et le vol sont associés à la démocratie, parce qu’elle n’a pas pu renoncer au marché comme symbole du progrès et faire la preuve de son autonomie à son égard. La transformation de l’oligarchie en autocratie s’est produite conformément à une loi nécessaire plus d’une fois décrite par la littérature antique : la corruption et le vol généralisés font rêver le peuple d’une dictature de la justice. La suite se déroulait selon un scénario bien connu des historiens : désormais les masses répondraient à l’appel du sang.

Finalement le nationalisme est la dernière attache qui tient ensemble un peuple atomisé et écrasé par le marché.

La suite de la traduction est sur Mediapart en 6 POSTULATS
https://blogs.mediapart.fr/delenda-est-ruthena-putinesca/blog/040622/offensive-generale-du-fascisme-bis

Premier postulat du fascisme : la fierté nationale

Deuxième postulat du fascisme : l’union du peuple et de l’Etat

Troisième postulat du fascisme : la tradition

Quatrième postulat du fascisme : l’inégalité

Cinquième postulat du fascisme : la totalité

Sixième postulat du fascisme : le paganisme