Débordements de la Nation, horizontaux et surtout verticaux. Christian DELARUE

lundi 12 novembre 2018
par  Amitié entre les peuples
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Débordements de la Nation, horizontaux et surtout verticaux.

La Nation, comme communauté ethno-culturelle (langue, sécularisme, etc) ou communauté politique (citoyenneté) placée au-dessus des autres communautés a été contestée et relativement concurrencée.

I - CONSTAT D’UN DOUBLE DÉBORDEMENT

A) Deux débordements horizontaux : intra-nation (régions périphériques), et extra-nation (Europe institutionnelle).

Feu Monsieur Baguenard (qui fut à Brest professeur de droit et de science politique) aimait jadis interroger ses étudiants sur les deux contestations de la Nation comme communauté supérieure, dépassement vers l’extérieur avec l’Union européenne et ses institutions d’une part et contestation vers l’intérieur avec le renforcement réclamé des prérogatives des régions.

Avant sa mort, M Baguenard a écrit sur le mouvement populiste de droite des Bonnets rouges en Bretagne. Ce mouvement posait un rapport politique conflictuel entre Paris et Brest cette dernière ville étant placée en position périphérique et subalterne. Cette rhétorique tiers-mondiste d’une domination territoriale permet de masquer largement les rapports sociaux entre patronat breton et salariat breton précarisé et mal payé . A Brest on trouve évidemment toute la hiérarchie sociale avec un patronat et des riches et en-dessous toute la palette d’un peuple-classe à l’image d’autres lieux en France.

La référence territoriale permet en outre, le cas échéant, de mobiliser les références identitaires pour mieux souder une communauté pourtant divisée comme ailleurs . L’identitarisme renforce toujours le défaut de regard lucide sur la conflictualité sociale existante. Mais cette actualisation des références culturelles ne suffit pas si on ne montre pas un autre ennemi que celui qui réellement vous empoisonne la vie. L’identirarisme cherche toujours un ennemi identitaire. Il y a ce faisant une lutte des communautarismes .

Dans l’un ou l’autre lieu, en Basse-Bretagne comme dans le reste de la France on observe, avec le développement du néolibéralisme, un fort mouvement de précarisation de l’existence qui frappe aussi bien la sphère du travail privé que celle du travail public (mises à la retraite non remplacées dans la Fonction publique ou remplacées par des contrats à durée déterminées sans perspective de carrière, avec des salaires plus faibles alors que les exigences de travail sont plus importante sur fait de la menace de remplacement) .

Ce qui est horizontal et aussi vertical : l’oligarchisation du monde frappe aussi à sa façon les régions et les départements. Au lieu de corriger les inégalités territoriales et sociales le développement inégal et combiné du capitalisme les accroît.

Intellectuellement, le premier mouvement d’appréhension des choses doit laisser voir sous l’apparence des choses, par un regard lucide et critique, la dimension verticale accrue de l’existence.

B) Deux débordements verticaux : par en-haut (classes dominantes) et par en-bas (migrants contraints)

La nation connait un autre double clivage particulièrement durs et réactionnaires : la sécession des riches du 1%, tant sa fraction privée que publique, d’une part et le repoussement barbare des migrants contraints à la mer d’autre part . Le populisme de droite minimise ces deux évolutions.

Ce qui apparait désormais fortement avec le mouvement de financiarisation du monde c’est qu’au sein des nations, la France comme d’autres, un rapport social-populaire clive le 1% d’en-haut accumulateur de richesses et de pouvoirs contre le peuple-classe soumis aux fétiches divers dont celui de l’économie, de la croissance, du travailler plus (travaillisme), de la concurrence.

La mobilisation du peuple-classe 99% faite contre les classes dominantes tant locales, que nationales qu’Européennes, en y intégrant les résidents étrangers (question des migrants) dans la perspective du socialisme ou d’un nouveau projet d’émancipation sociale, écologique et démocratique ne relève pas du « populisme de gauche ». Il n’y a aucun rapprochement avec un populisme de droite qui ignore le clivage peuple-classe contre le 1% et qui s’accommode des migrants mourant en mer.

II - PERSPECTIVES EMANCIPATRICES

La Nation comprise comme Entreprise-France ou comme Start-up nation ne protège plus - en admettant qu’elle l’ait fait - de l’économie et de la marchandisation généralisée ! Bien au contraire ! L’Etat néolibéral casse les garanties sociale conquises par le mouvement ouvrier . Le régionalisme de droite qui ignore les rapports sociaux ne fait pas mieux ! Nous avons là deux fétiches ! Il y a besoin de services publics !

A) « On a l’impression que l’humain est au service de l’économie »

Voilà ce que dit Barbara Benet-Guillet, une organisatrice locale du mouvement des Gilets jaunes

Barbara Benet-Guillet pointe une critique anti-fétichiste du réel et de l’existence sociale . « L’économie » - telle qu’elle est organisée (propriété, objectif, etc) - est surélevée en fétiche, ie en une sorte de demi-dieu quand l’humain, (ceux du peuple-classe, pas tous, pas le 1%) se rabaisse (genoux) ou plutôt est rabaissé à l’état de chose. On parle, depuis Alain Bihr, de double mouvement pour la fétichisation et non pas d’un seul processus . Le processus de réification ou rabaissement s’accompagne systématiquement d’un mouvement d’élévation, de mise en surplomb, de déification de choses, de dispositifs abstraits comme l’économie, le profit, la croissance, le droit, etc.

B) Avec les services publics, l’humain est au-dessus de l’économie.

Avec des services publics authentiques, non détournés de leur logique profonde par la rentabilisation capitaliste, l’humain - celui du peuple-classe - se trouve au-dessus de la logique du profit qui guide les entreprises privées capitalistes, y compris bien souvent hélas les sociétés coopératives qui sont potentiellement une alternative.

Exemple : Le réseau autoroutier appartient de moins en moins à l’Etat du fait des rétrocessions car ce dernier a cédé plus de 9.000 km (sur près de 12.000) à des sociétés privées concessionnaires d’autoroutes (SCA) (depuis 2006) comme Vinci, Eiffage et Avertis, la construction, l’exploitation et l’entretien du réseau pour une période précise (25 à 30 ans). En échange, les SCA se rémunèrent grâce aux péages.

Il faut dé-privatiser les autoroutes et en re-faire un bien public pour tous car aujourd’hui les autoroutes sont pour les riches.

Le rail doit être une alternative écologique et sociale. On n’en est loin.

Christian delarue
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