De Descartes à Rousseau puis Marx - la justice sociale et l’égalité. C Delarue

lundi 10 juillet 2017
par  Amitié entre les peuples
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Philosophie française : RAISON et EGALITE  

De Descartes à Rousseau puis Marx - la justice sociale et l’égalité.

Il manque ici - faute de place - le volet critique de la face sombre des Lumières françaises. Car le travail critique qui se veut tel va derrière l’apparence des choses. La raison constructiviste est attaquée (Hayek) et l’éxigence d’égalité est rabattue sur l’équité (plus compatible) et - version M Macron - sur le combat contre les seuls exclus, ce qui suppose que tout va bien pour les inclus soumis au « travailler plus »... pour gagner misère !

Ce volet critique ne se contente pas d’une description positiviste du réel il veut découvrir et expliquer pour favoriser une libération, donc offrir une alternative. Le freudo-marxisme - pas particulièrement français sauf si on pense à Jean-Marie BROHM - a d’abord été ce « monstre épistémologique » qui jadis a servi (pour moi et d’autres) de piste critique. Je n’en dirais rien ici. Il faudrait évoquer aussi d’Erich FROMM, un auteur - non français - assez particulier tout à la fois psychanaliste freudien et théoricien critique se réclamant de Marx, plus le premier Marx que le Marx du Capital. 

 

XX - RAISON

 

I - RAISON : Parcours sur DESCARTES et son contexte puis ses suites .

Les français seraient cartésiens. René DESCARTES (1596-1650) est connu pour avoir publié le célèbre « Discours de la méthode » (en 1637). Nous sommes - nous serions - alors un peu contraint d’être méthodique. De plus, ce ouvrage marque une rupture avec la méthode scolastique du Moyen âge (mélange de philosophie grecque et de théologie chrétienne) et introduit l’idée de doute et de science qui caractérisera ensuite l’ère moderne. Les français seraient des cartésiens car rebelle à la scolastique et majoritairement agnostique et même athée. Il y a un peu de vérité mais aussi une image trompeuse.

Autre point important. Descartes défend (très modérément) l’héliocentrisme contre l’Église. Au-delà de Descartes il y a une époque et des auteurs. GALILEE (1564- 1642), un italien célèbre, défend vigoureusement lui, la conception copernicienne de l’univers et l’héliocentrisme. Descartes et Galilée interviennent après Nicolas COPERNIC (1473 - 1543) qui a publié en 1543 son ouvrage Des révolutions des orbes célestes ou des sphères célestes contre le géocentrisme. La modernité est née en 1543. Avant Copernic, la façon de voir le cosmos reposait sur la thèse aristotélicienne que la Terre est au centre de l’univers et que tout tourne autour d’elle : « l’univers géocentrique ». Notez bien que Copernic est polonais (bien que sa nationalité soit controversée). Nous serions intellectuellement des bi-nationaux, des franco-polonais ! Petite parenthèse : quand on sait le poids de Rome dans ce pays, il faut sans doute y mettre un bémol ! Plus sérieusement, il est à mettre au compte des savants la promotion d’un certain regard critique et scientifique qui entend aller derrière l’apparence des choses. 

Mais au-delà ce cette référence générale à la modernité scientifique, en quoi les français sont-ils cartésiens ? L’ouvrage Discours de la méthode est certes très célèbre mais néanmoins peu lu. Ce qui resterait de l’enseignement de nos profs de philo serait le doute cartésien et le « cogito ergo sum » (« je pense donc je suis ») qui ramène à soi la question de penser et d’exister. Le « je » existe et pense, ce qui signifie que le fait de penser prouve notre existence. Nos profs vont déplorer que c’est très limité, que Descartes c’est bien autre chose mais ce qui reste de lui se résume néanmoins à cela pour des millions de français. 

 Michel Onfray a même vu - indirectement - Descartes comme une source du marxisme-léninisme. Le propos n’est pas faux mais il est daté. Descartes a pu trouvé un regain d’intérêt entre les deux grandes guerres en France contre Heidegger. Onfray signale que ’Nizan & Politzer se retrouvent pour célébrer Descartes en 1937 : tricentenaire du Discours de la méthode« . Il dit même que Le Discours de la méthode est plus important pour eux que l’Ethique de Spinoza et la Critique de la raison pure de Kant. Que le fascisme veut revenir à une période antérieure à Descartes. Tout cela a peu d’intérêts. Une critique marxiste de Descartes est possible en voyant en lui, une »lumière" mais aussi des limites, celle de son époque mais aussi celle de l’auteur, moins courageux que Galilée contre l’obscurantisme catholique.

- Les français ne sont-ils pas plutôt influencés par la sociologie de WEBER et de DURKHEIM ?

Matinée de Marx pour une partie d’entre eux ? Et en deux sens qui peuvent être potentiellement contradictoires. 

Georges Corm écrit sur ce point deux choses dans « La fracture imaginaire  ».

D’une part (p15) la sociologie de Max Weber, qui domine toujours les sciences sociales, a mis en place un mode de classement des sociétés par type idéal qui oppose les sociétés modernes et rationnelles aux sociétés « charismatiques » ou « magiques », où dominent la religion, les liens de famille, la figure charismatique d’un chef patriarcal" et

d’autre part « Chez Durkheim comme chez Weber on sent une nostalgie forte de l’emprise de la religion sur la société, telle qu’elle est imaginée et idéalisée dans leur œuvre. Weber fera de l’histoire de l’Occident moderne celle du »désenchentement« du monde, de sa sortie du monde magique de la religion ».

Corm cite plus loin en parlant de la modernité occidental Serge Moscovici et « l’institutionnalisation de la mélancolie » (in La Machine à faire des dieux Fayard 1988 p81). Mais G Corm adopte le fil logique de Regis Debray qui relativise peu l’évolution entre les croyances surnaturelles et anhistoriques des religions et les croyances laicisées du monde occidental. J’y vois moi une rupture qualitative et pas seulement une évolution. 

 

XX EGALITE

 

II - EGALITE : ROUSSEAU contre VOLTAIRE et (plus tard) MARX contre TOCQUEVILLE

 

A) JJ ROUSSEAU contre VOLTAIRE

Ce propos ne signifie pas que JJ Rousseau ait toujours eu raison contre Voltaire. Il s’agit de défendre un parcours philosophique assez évocateur dans la pensée politique qui sert de substrat à une certaine idéologie de transformation sociale.

Il apparait plutôt que pour les français disposant d’une certaine culture intellectuelle ont trouvé une première divergence dans les références avec le choix entre VOLTAIRE d’une part qui met l’accent sur la liberté et ROUSSEAU d’autre part penseur de l’égalité. Certes il est possible et courant d’opérer une synthèse - sous le terme d’équité notamment - en oubliant certains propos de Voltaire qui le place nettement du côté des conservateurs, des oppresseurs et des dominants .

Citons sur ce point très conservateur de Voltaire : « l’égalité est donc à la fois la chose la plus naturelle et en même temps la plus chimérique » ou « il est impossible dans notre malheureux globe que les hommes vivant en société ne soient pas divisés en deux classes, l’une des riches qui commandent, l’autre des pauvres qui servent » . On le voit : Voltaire entérine de façon très conservatrice une profonde division sociale qui va perdurer dans l’histoire puisqu’on va parler ensuite d’une rupture entre les riches (qui dispose pour eux d’une démocratie censitaire) et la « plèbe », nommée « peuple-classe » (pas par moi je le répète), lequel peuple-classe est devenu beaucoup plus tard l’immense majorité de la population d’un pays pour la période néolibérale contemporaine - d’ou le chiffre de 99% mais ce n’est pas d’abord une histoire de chiffe mais plus d’un rapport - face à l’oligarchie prédatrice qui exploite et qui s’enrichie. Là c’est ma théorisation . Dire cela relève d’un constat scientifique (sur l’enrichissement éhonté des riches et sur le pouvoir énorme qu’ils en tirent ) qui ne présuppose aucun populisme de gauche à priori . Lutter pour d’autres émancipations - femmes, homosexuelles, personnes racisées, personnes soumises aux intégrismes religieux, etc - ne signifie pas oublier la position et les pratiques de la classe dominante actuelle tant contre la nature que contre les peuples-classe.

Si la démocratie suppose, comme la République, beaucoup d’égalité alors Voltaire ne serait qu’un faux démocrate et un faux Républicain. Historiquement, la droite de la fin du XIX ème siècle a choisi la République qu’avec circonspection et sur la base d’une version tronquée et mensongère : la République libérale opposée à la République socialiste montante issue de la Commune de 1871.

B) MARX contre TOCQUEVILLE

Ce choix de référence Voltaire-Rousseau s’est poursuivi ensuite avec celui entre MARX penseur de l’émancipation sociale et TOCQUEVILLE qui plaidait plus pour la liberté que pour l’égalité . Au plan politique la droite française se réclame volontiers de Voltaire et Tocqueville pour mettre l’accent sur la liberté en réduisant la signification de l’égalité qui est au coeur de la devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité ».

La fraternité est beaucoup plus une valeur plus qu’un principe politique . Elle peut se combiner soit avec Liberté soit avec Egalité.

La fraternité invoquée par les religieux ou les idéologues de l’aspect naturel des talents s’est hélas pleinement accommoder de l’inégalité ou pour évoquer une distinction courante d’une égalité des droits et non de l’égalité des conditions. Or si il existe une passion qui n’est pas que française c’est bien celle de l’égalité réelle.

A poursuivre

 


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