D’Oradour à Chudjaiya - E Perrin

vendredi 1er août 2014
par  Amitié entre les peuples
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D’Oradour à Chudjaiya

Evelyne PERRIN

J’ai grandi dans une famille d’Auvergne résistante qui cachait des Juifs pour leur éviter la déportation et la mort, et j’ai appris mes premiers mots de polonais avec l’une d’elles : Djindobré (Bonjour), ou Dobranovitch (Bonne nuit) ... Lorsqu’elle perdit son bébé à peine né, on l’enterra dans le caveau familial. Je me promenais alors avec un petit fusil en bois sur l’épaule en proclamant « Je suis un FFI », mon père était en captivité en Allemagne... Jamais je ne serai antisémite, et je n’éprouve aucune animosité à l’égard d’une supposée entité humaine qui serait constituée des « Juifs » ; je compte beaucoup d’amis dits tels. Mais comment aurais-je pu m’imaginer un seul instant que les descendants de ces rescapés imposeraient les mêmes souffrances à des victimes telles que les Palestiniens après qu’on les ait aidés à spolier leurs terres ?

Je suis atterrée par l’hypocrisie des fameuses démocraties occidentales, leur silence coupable, devant le carnage humain de Gaza, les largages de bombes délibérés sur des plages, sur Chudjaiya, sur une école de l’ONU abritant déjà des réfugiés aux maisons détruites, sur un hôpital, tout cela au nom de la « légitime défense par Israël de sa population et de son territoire »...

Non pas que la mort de civils israëliens soit excusable ; toute mort est à dénoncer. Mais y a-t-il une commune mesure entre les morts dues aux roquettes que tirent les Palestiniens et les victimes civiles des bombardements actuels de Gaza par Israël, qui dépassent déjà le millier ?

Je suis écœurée et indignée du positionnement ignoble, et indigne de notre pays, de nos dirigeants actuels, qui ne disent mot, tout comme la diplomatie américaine, de la source du mal : n’y a-t-il donc pas en Israël et à Gaza l’occupation d’un territoire qui dure depuis des décennies au mépris du droit international ?

Au moment où se déroulent sous nos yeux les commémorations de la Résistance, des rafles du Vel d’Hiv, je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec mon enfance, marquée par l’Occupation, celle de la France par l’Allemagne. Les résistants d’alors, aujourd’hui célébrés, étaient bien en effet désignés du terme de « terroristes » par le gouvernement de Vichy. Or, celui de François Hollande non seulement ne soutient pas les résistants palestiniens, mais fait de leurs soutiens en France des « antisémites » et des « terroristes » potentiels.

Ses premiers communiqués le 9 juillet et les jours suivants - injustifiables et non rattrapables - justifient les premiers bombardements israëliens, avant son offensive terrestre et ses centaines de morts, par son « légitime droit de défense ». selon ces propos, toute opposition armée des Palestiniens à leur occupation et aux avancées quotidiennes de la colonisation est assimilable à du terrorisme et doit être sanctionnée.

Le terme même d’occupation ou de colonisation est ainsi évacué, interdit, dans la novlangue diplomatique française et américaine – deux nations bâties elles-mêmes sur la colonisation, faut-il le rappeler ?

Dans la tragédie qui se joue sous nos yeux et qui bénéficie pour les assaillants et envahisseurs israëliens de la tolérance la plus large de la communauté internationale, au premier rang de laquelle la France, une nouvelle figure apparaît, dont tout pouvoir néo-libéral, autoritaire et policier a besoin : celle du pro-palestinien assimilé à un antisémite et à un terroriste potentiel... de préférence musulman et jeune, issu des quartiers populaires laissés à l’abandon. C’est une aubaine pour le gouvernement vallsien/hollandesque si discrédité dans l’opinion, qui peut lui proposer un nouveau bouc émissaire, si indispensable par temps de crise sociale. En effet, la figure du rom, bien que frénétiquement agitée par notre ministre de l’Intérieur, ne suffisait plus à attiser la haine des exclus et abandonnés du système, car elle commençait à lasser. La nouvelle menace du djihadiste revenant de son stage terroriste en Syrie pour tuer du Juif avait été brandie de toute pièce mais restait un peu courte, vu le faible nombre de ceux concernés...

La grande majorité des analyses et des prises de position parues dans la presse – y compris d’intellectuels réputés - passent étrangement sous silence l’occupation, son illégalité, les violations répétées, constantes, des droits de l’homme à Gaza, prison à ciel ouvert, et en Palestine, au mépris de toutes les résolutions de l’ONU. Bien peu de voix s’élèvent – en dehors de celles du président de la Ligue des Droits de l’Homme ou de spécialistes de l’Islam et du Proche Orient – pour dénoncer aujourd’hui cet odieux amalgame entre des défenseurs de la liberté, de la justice, de l’autodétermination des peuples et du droit international, d’une part, et les antisémites déclarés d’autre part, alors même que les politiques sécuritaires et « austéritaires » de cette pseudo- « gauche » au pouvoir alimentent le désespoir des classes populaires et les succès de l’extrême-droite.

Dans ces conditions, quel est notre devoir ?

Souvenons-nous de l’Occupation et des trahisons de nos dirigeants lors des années sombres de l’histoire de France. Ne tolérons aucun recul, aucun abandon des principes auxquels la France se doit de rester fidèle en tant que patrie des droits de l’homme : toute occupation suscite résistance. Aujourd’hui, les fils des victimes d’hier sont devenus les bourreaux d’un tout petit peuple qui lui a été livré en 1946 pieds et poings liés afin d’expier les crimes nazis, mais pourquoi les Palestiniens devraient-ils payer pour la Shoah ?

Cessons cette hypocrisie et cette lâcheté qui consiste à ne dire mot de la responsabilité européenne, américaine et israëlienne dans ce conflit, et à prétendre qu’il s’agirait de reconstituer un dialogue entre deux partenaires de même poids militaire et de même droit. Il ne peut y avoir de paix durable que juste. Il ne peut y avoir de paix qu’avec la levée du blocus de Gaza, la fin de l’occupation israëlienne, le retour aux frontières de la Palestine initiale. Exigeons la poursuite d’Israël pour crimes de guerre et la mise en place immédiate de sanctions internationales. Obligeons nos dirigeants à prendre une position respectueuse des résolutions onusiennes et du droit international.

Evelyne Perrin, fille de Résistants, Paris, le 28 juillet 2014.


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