Critique de la fable « crise des ânes » par JJ Chavigné

lundi 12 septembre 2011
par  Amitié entre les peuples
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Critique de la fable « crise des ânes » par JJ Chavigné

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Jean-Jacques Chavigné

Cette fable (ci-dessous) n’est pas bonne du tout.

Elle se présente comme étant une image explicative qui permettrait de simplifier une réalité complexe. Mais en réalité, cette image sème la confusion.

Lorsque la petite fable présente les paysans achetant des ânes, mus par leur avidité, elle laisse entendre que la dette publique a été souscrite avec le consentement actif de la population qui cherchait à spéculer mais qui s’est fait piéger.

Cela n’a rien à voir avec la réalité. 1 % seulement des titres de la dette publique sont détenus par des ménages. Ce sont les banques, les assurances, les fonds de pension ou d’investissement qui achètent les titres de la dette (les ânes de la fable). Ce sont les banques qui ont utilisés les liquidités qui leur ont été versées massivement en 2008-2009 par les banques centrales pour spéculer sur les obligations d’Etat des pays de la périphérie de la zone euro.

Les paysans, c’est-à-dire, les habitants des pays européens n’ont rien à voir là-dedans.

Ce que décrit la fable c’est une spéculation boursière sur le marché à terme : l’achat d’actions ou d’obligations à 400 euros, en début de mois, en espérant qu’à la liquidation (en fin de mois) leur prix aura atteint 500 euros, qu’il suffira alors de les revendre pour empocher la différence. Ce n’est pas une pratique courante dans la population contrairement à l’idée que, sans le vouloir certainement, les auteurs de cette fable véhiculent.

Les paysans de la fable, c’est-à-dire la population « normale », n’ont rien à voir non plus dans l’éclatement de la bulle immobilière. Les travailleurs pauvres américains qui avaient fait des crédits (classés par les banques dans la catégorie des « subprime ») ne cherchaient pas à spéculer mais simplement à se loger.

A quoi bon demander un audit de la dette publique si c’est sciemment que chaque habitant a participé à la spéculation en espérant vendre des ânes à des prix exorbitants. Les paysans de la fable savaient déjà que 100 euros était (ce que dit la fable) un prix élevé pour un âne mais ils espéraient pouvoir les revendre 500 euros. Ils savaient bien que quelqu’un se faisait escroquer dans l’histoire et cela ne les gênaient pas. Finalement, les paysans en question peuvent s’indigner, ils n’ont que ce qu’ils méritent.

Jean-Jacques CHAVIGNE

La crise des ânes

Un homme portant cravate se présenta un jour dans un village.
Monté sur une caisse, il cria à qui voulait l’entendre qu’il achèterait cash 100 euros l’unité tous les ânes qu’on lui proposerait. Les paysans le trouvaient bien peu étrange mais son prix était très intéressant et ceux qui topaient avec lui repartaient le portefeuille rebondi, la mine réjouie. Il revint le lendemain et offrit cette fois 150 € par tête, et là encore une grande partie des habitants lui vendirent leurs bêtes. Les jours suivants, il offrit 300 € et ceux qui ne l’avaient pas encore fait vendirent les derniers ânes existants. Constatant qu’il n’en restait plus un seul, il fit savoir qu’il reviendrait les acheter 500 € dans huit jours et il quitta le village.

Le lendemain, il confia à son associé le troupeau qu’il venait d’acheter et l’envoya dans ce même village avec ordre de revendre les bêtes 400 € l’unité. Face à la possibilité de faire un bénéfice de 100 € dès la semaine suivante, tous les villageois rachetèrent leur âne quatre fois le prix qu’ils l’avaient vendu et pour ce faire, tous empruntèrent

Comme il fallait s’y attendre, les deux hommes d’affaire s’en allèrent prendre des vacances méritées dans un paradis fiscal et tous les villageois se retrouvèrent avec des ânes sans valeur, endettés jusqu’au cou, ruinés.

Les malheureux tentèrent vainement de les revendre pour rembourser leur emprunt. Le cours de l’âne s’effondra. Les animaux furent saisis puis loués à leurs précédents propriétaires par le banquier. Celui-ci pourtant s’en alla pleurer auprès du maire en expliquant que s’il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruiné lui aussi et devrait exiger le remboursement immédiat de tous les prêts accordés à la commune.
Pour éviter ce désastre, le Maire, au lieu de donner de l’argent aux habitants du village pour qu’ils paient leurs dettes, le donna au banquier, ami intime et premier adjoint, soit dit en passant. Or celui-ci, après avoir rétabli sa trésorerie, ne fit pas pour autant un trait sur les dettes des villageois ni sur celles de la commune et tous se trouvèrent proches du surendettement.

Voyant sa note en passe d’être dégradée et pris à la gorge par les taux d’intérêts, la commune demanda l’aide des communes voisines, mais ces dernières lui répondirent qu’elles ne pouvaient en aucun cas l’aider car elles avaient connu les mêmes infortunes.
Sur les conseils avisés et désintéressés du banquier, toutes décidèrent de réduire leurs dépenses : moins d’argent pour les écoles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police municipale... On repoussa l’âge de départ à la retraite, on supprima des postes d’employés communaux, on baissa les salaires et parallèlement on augmenta les impôts. C’était, disait-on, inévitable mais on promit de moraliser ce scandaleux commerce des ânes.

Cette bien triste histoire prend tout son sel, quand on sait que le banquier et les deux escrocs sont frères et vivent ensemble sur une île des Bermudes, achetée à la sueur de leur front. On les appelle les frères Marchés.
Très généreusement, ils ont promis de subventionner la campagne électorale des maires sortants.


Brèves

27 avril - UE : Refus du travaillisme - RTT 30H hebdo

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