Crise de la démocratie : La « démocratie-oligarchique » contre les peuples-classe ! - C Delarue

vendredi 30 mai 2014
par  Amitié entre les peuples
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Crise de la démocratie : La « démocratie-oligarchique » contre les peuples-classe !

La « démocratie du FN » et la notre sur Blog Médiapart.

Les élections européennes de mai 2014 s’annoncent, sauf changement de dernière minute, comme une manifestation de la crise de la démocratie. Il n’y a pas de quoi s’en réjouir ! Il importe d’y réfléchir ! De la penser !

Le FN profite de la crise démocratique. Il n’est pas le seul parti à l’origine de cette crise. A la démagogie nationale-populiste du FN (et d’autres) s’ajoute aussi une démagogie « européiste » (cf « Europe, Europe, Europe » pour cette Union européenne-là) qui a éloigné les citoyens d’une démocratie vue comme fortement porteuse d’austérité, d’injustices sociales. Quelle démocratie peut durablement exercer une sorte de dictature du capital contre une large fraction de sa population ?

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Eléments théoriques d’une contribution altermondialiste pour sortir de la crise démocratique pro-oligarchique.

Accessoirement, réponse aux réactionnaires « pro-gouvernances » qui depuis le « centre’ (celui UMP & PS, pro alternance intra-systèmique et anti alternative contra systèmique) fustigent, dans la même confusion, les extrêmes et les »populismes" de droite et de gauche !

Notez bien que d’autres que moi à ATTAC se sont penchés sur la technique du tirage au sort (Jean-Claude Bauduret, Dimitri Courant) comme éléments de l’alterdémocratie, ou sur la démocratie en entreprise ou en coopérative ou sur l’autogestion (Thierry Brugvin notamment), sur la démocratie participative (versus complémentaire de la « démocratie représentative » ou versus globale, façon alterdémocratie). Je ne reprends pas plus ici ce qu’a déjà écrit Thomas Coutrot ou d’autres altermondialistes. Mon propos n’est pas ici en contre. Il est soit complémentaire, soit en a-position (à côté).

Il y a aussi une conjoncture qui implique une position, fût-elle à construire plus en profondeur.

J’évoque par contre les livres récents d’ATTAC : « Leur dette, notre démocratie » et le « Petit manuel de la transition ».

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I - LA CRISE D’UNE CERTAINE DEMOCRATIE

A) Crise de la « démocratie réellement existante » (DRE).

Les élections européennes de mai s’annonce comme une manifestation particulièrement forte de la crise de la démocratie réellement existante (1), celle qui, par les luttes des communistes et des femmes, a historiquement produit la citoyenneté élargie et celle qui aussi dépossède de plus en plus les citoyens au profit de l’oligarchie financière. Les élus de droite et de la gauche social-libérale mènent depuis des années une politique largement pro-patronale, anti-sociale, anti-populaire. Les exceptions sont le résultat de longues luttes sociales. Elles ne tombent pas de la générosité de l’oligarchie, de droite ou de gauche ! Sans parler du fait que rien de sérieux n’avance sur le dossier de la transition écologique. Là aussi, toute mesure doit répondre aux intérêts des entreprises capitalistes, du marché et des patrons de l’industrie.

Bref, la crise de la démocratie réellement existante est profonde pour l’Union européenne mais elle se voit aussi ailleurs, au plan national notamment. Le président Hollande a reçu les votes du « peuple de gauche » (expression de Pierre Ruscassie) car il se proposait d’attaquer la finance. C’était là un point très important de son succès électoral contre Sarkozy. Or il y a eu trahison ! Non seulement il ne l’a pas fait - par la constitution d’un pôle public bancaire, par une TTF, et d’’autres mesures encore - mais il accompagne désormais ce pouvoir par collusion oligarchique en s’attaquant au peuple-classe (2) du pays, tantôt les couches modestes, tantôt les couches moyennes pour activer un jeu de division qui diffère de celui de la droite et de l’extrême-droite. Mais ce sont toujours les travailleurs du privé et du public qui reçoivent les coups d’austérité, encadrement supérieur excepté. Et ce n’est pas la non imposition des smicards par Monsieur Valls qui va masquer cela. Qui est encore du dupe du fait que le gouvernement Hollande mène une politique anti-sociale, une politique d’austérité ? Les riches sont plus riches et les pauvres restent toujours pauvres. Le chômage et la précarité sévissent depuis des années.

La crise de la démocratie dans l’Union européenne a plusieurs raisons : les élections sont peu fréquentes et les débats sur l’Europe sont aussi relativement rares et souvent pauvres. Au lieu de débattre des questions de justice sociale on montre des « boucs émissaires » à des fins d’exclusion. Il y a aussi la grande distance entre les élus et les électeurs, un fossé qui existe aussi au plan national mais qui est moins profond du fait du « story-telling » médiatique. Surtout, les informations sur les événements qui viennent de l’Union européenne montrent des politiques d’austérité forte contre les peuples-classe. La BCE, qui est une gouvernance autoritaire totalement hors démocratie, de véritables dictateurs de la banque et de la finance - se préoccupe exclusivement des banques, du marché mais pas des peuples-classe. Un problème important !

B) La démocratie du peuple nation du FN

Le FN est un appareil qui défend le peuple-nation et pas le peuple-classe. Il n’est pas le seul parti à invoquer constamment le peuple-nation. Au sein des partis pro-europe on trouve aussi des partis qui invoque une entité populaire englobant l’oligarchie - la Troîka - en se gardant de se référer nettement à un peuple-classe européen ou aux peuples-classe de l’Union européenne. L’altermondialisme et la plupart des partis de gauche (sauf le PS et certains écologistes) défendent le pouvoir économico-social des peuples-classe. Voilà la différence ! Pourquoi ?

Dans le peuple-nation il y a l’oligarchie nationale, la classe dominante, les grands patrons des banques et de la finance. Le FN défend une démocratie d’en-haut, une « démocratie oligarchique » qui cherche l’appui des nationalistes et des petits-patrons pourtant eux-même victimes de la finance. Leur démocratie s’accommode de la « démocratie réellement existante » en crise. Le FN augmente même les facteurs de division au sein du peuple-classe par exclusions pour mieux solidifier les liens entre exploiteurs et exploités. Il propose la fraternisation patriotique et sans condition avec l’ennemi du 1% national ! Là encore, il n’est pas le seul. Il y a une forte crise de la repésentation des couches sociales populaires alros que d’autres, le patronat breton ou autre, lui se fait entendre avec vigueur.

Il existe ailleurs de petits partis d’extrême-droite pro-européen qui défendent un « peuple européen » sur une base ethnique et raciste qui a aussi pour effet d’englober - toujours la même technique englobante - le loup oligarchique avec les moutons du peuple-classe, le renard du grand patron de la finance avec les poules des peuples-classe.

L’extrême-droite instrumentalisant avec démagogie le peuple-nation remet in fine toujours le pouvoir à la classe dominante, aux capitalistes !

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II - REPONDRE A LA CRISE EN CHANGEANT DE PARADIGME

A) Penser la rupture démocratique.

1) Notre démocratie à construire c’est l’alterdémocratie !

Notre démocratie c’est celle qui se propose comme l’écrit ATTAC dans le « petit manuel de la transition » d’en finir avec l’oligarchie, en étendant et approfondissant la démocratie. Quelle démocratie ? Il faut sortir du flou et être clair. Car annoncer « En finir avec l’oligarchie » c’est déjà hyper-radical comme proposition. Pour ma part, je préfère dire : "faire reculer l’oligarchie et donner plus de pouvoir au peuple-classe, qui le titulaire du pouvoir démocratique dans le cadre de l’alterdémocratie.

Notre démocratie, c’est celle qui « se réinvente » à gauche (pas au PS) et surtout dans l’altermondialisme à partir du peuple-classe et non du peuple-nation. Le livre d’ATTAC « Leur dette, notre démocratie » dispose d’un chapitre 5 intitulé « Réinventer la démocratie : quelles institutions ? J’en recommande la lecture. Effectivement il y a à réinventer les moyens de sortir du paradigme de la »démocratie représentative« qui définit la »démocratie réellement existante".

2) Retour sur la « démocratie réellement existante » avant sa crise.

Ce modèle historique fut l’objet d’une longue conquête du mouvement ouvrier et des femmes. Il y a donc bien un fait démocratique historique producteur de démocratisation. Il s’agit d’un processus historique comme l’indique mais ce fait et ce modèle montrent ses limites. La démocratie dite représentative dépossède de trop les citoyens économiquement faibles ou ceux subissant d’autres formes de dominations dans la société. Elle donne, à l’inverse, beaucoup trop de pouvoir à l’oligarchie via les élections et ce faisant elle dépossède largement le peuple souverain, qu’il soit national ou continental. Et ce sur sur plusieurs points : dans les quartiers, dans les entreprises, dans les administrations, dans l’absence de désignation non d’un élu mais d’un mode de production, etc... Toutes ces dépossessions dessinent en creux un autre paradigme.

3) Changer de paradigme démocratique pour avancer

Il a besoin de rompre avec la « démocratie réellement existante » (DRE), celle qui est fondée sur le paradigme dominant de la « démocratie représentative » que l’on peut appeler « démocratie délégataire » . On peut certes améliorer ce modèle sans en sortir (par la limitation horizontale et verticale des mandats, par la limitation de l’auto-allocation de rémunérations élevées des élus, etc.) mais tôt ou tard on bute sur les frontières du paradigme. La gouvernance autoritaire apparait et produit une inversion du processus de démocratisation : une dé-démocratisation. Le paradigme alternatif se dit « alter-démocratie » . L’alter-démocratie a un contenu encore largement à construire à partir des failles de la démocratie réellement existante et en renouant avec l’idée ancienne que la démocratie est le « pouvoir du peuple » (par la peuple, pour le peuple). Ce que Dimitri Courant nomme la demokratie !

Mais quel peuple ?

B) En finir avec le peuple sans adjectif !

La notion de peuple est employé par tous de l’extrême-droite à l’extrême-gauche ! Il est grand temps de clarifier !

Quel peuple ? Celui du FN ou celui des altermondialistes !

1) A quel peuple s’adressent les corps intermédiaires existants ?

Entre l’oligarchie et le peuple-classe on trouve des « corps intermédiaires » qui sont des organes historiques de défense de certains intérêts, certains étroits d’autres plus larges. Il y a beaucoup à dire sur ce point . Notamment sur les entreprises de division du peuple-classe !

Mais il nous faut ici remarquer que l’intérêt général est beaucoup trop souvent une duperie - un masque hypocrite - lorsqu’il est évoqué par des acteurs de la société civile qui cherchent avant tout le profit de l’entreprise capitaliste et derrière l’accroissement de leur revenu. Lorsqu’il s’agit par contre de l’Administration il convient de voir si l’intérêt dit général invoqué est bien celui du peuple-classe ou celui de l’oligarchie. On ne peut ici servir deux maîtres. Il faut choisir. Ce que ne fait pas le nationalisme !

2) A quel peuple s’adresse l’altermondialisme ?

L’altermondialisme à la différence du FN défend le peuple-classe libéré de la finance. Ce n’est pas son seul combat.

Pour le FN, c’est le peuple-nation qui est défendu car il donne beaucoup de place à ceux d’en-haut (oligarchie) et moins de place à ceux d’en-bas notamment les résident extra-communautaire (Union européenne)

Pour la gauche autre que le PS, c’est le peuple-classe qui est défendu car il donne beaucoup de place au 99% d’en-bas et moins de place à l’oligarchie : le 1% d’en haut.

Pour la gauche, la démocratie est liée à la justice sociale, à la lutte contre les inégalités sociales, à la redistribution des richesses, mais aussi à la présence de services publics distributeurs de valeurs d’usage ainsi que des biens communs.

Elle est largement inclusive là ou le FN pointe lui des exclusions.

Christian DELARUE

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article5

notes :

1) Critique de la démocratie réellement existante . En défense de la démocratisation (moyen) vers une autre démocratie (but).

http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/020912/critique-de-la-democratie-reellement-existante-en-defense-de-la-d

2) Concernant la reprise de la notion de peuple-classe (sans rapport avec celle d’A Léon) le texte de base est publié sur Mouvement

Classe dominante et oligarchie contre peuple souverain et peuple-classe. - Mouvements

http://www.mouvements.info/Classe-dominante-et-oligarchie.html


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