Comment la laïcité a été offerte en cadeau au FN . C Kintzler

lundi 4 avril 2011
par  Amitié entre les peuples
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Comment la laïcité a été offerte en cadeau au Front national
Par Catherine Kintzler

Vendredi 1 avril 2011
Source de l’article [Mezetulle...]
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Qui aurait dit que la laïcité, réputée ringarde il n’y a pas si longtemps, deviendrait un objet « fashion » convoité par les politiques ? Convoité ? Il vaudrait mieux dire instrumentalisé. Comme bien d’autres objets de pensée et de droit, la voici à son tour fardée pour un débat biaisé, une récupération cosmétique où on entend tout et n’importe quoi.
Mais l’opération vient de plus loin, préparée par des années d’égarement politique – tant à droite qu’à gauche – enraciné dans une affligeante ignorance qui oscille en réaffirmant toujours la même double erreur : diluer la laïcité dans des accommodements déraisonnables (exemple : « et si on finançait les lieux de culte ? ») ou la durcir vers l’ultra-laïcisme (exemple : « et si on interdisait l’affichage religieux aux usagers des services publics ? »).
Rien d’étonnant à ce que le Front national n’ait qu’à se baisser pour ramasser ce cadeau inespéré bichonné par de longues années d’aveuglement des politiques de gauche comme de droite.

Par quel processus la laïcité est-elle tombée dans l’escarcelle du Front national ?

Le président de la République et son gouvernement ont certes bien travaillé à ce transfert inquiétant en faisant un grand écart (du discours de Latran aux récentes déclarations de Claude Guéant) où chaque pied repose exactement hors-sujet. Mais la voie était ouverte de longue date par bien des « forces laïques » traditionnelles principalement durant les années 1980-90 (notamment partis de gauche et Ligue de l’enseignement) dans un grand désordre1.

Deux dérives symétriques et complices

Deux dérives symétriques et complices dans leur diamétrale opposition, auxquelles bien des « forces laïques » se sont livrées, ont en effet préparé depuis une trentaine d’années l’essentiel ce transfert politique. Pour caractériser ces deux dérives et les combattre, il faut inlassablement préciser et rappeler que la laïcité ne se confond, ni avec un « nettoyage » des manifestations religieuses dans la vie civile, ni avec une acceptation de ces mêmes manifestations partout. L’auteur de ces lignes l’a fait depuis de longues années, dans de nombreux textes et se contentera, pour ne pas lasser ses fidèles lecteurs, d’un bref rappel2.

Le régime de laïcité dissocie le domaine de constitution du droit et des libertés (domaine de la puissance et de l’autorité publiques rendant les droits possibles – il inclut notamment l’école publique) d’avec celui de leur exercice (domaine civil ouvert au public et domaine privé de l’intimité). Le premier domaine est assujetti au principe d’abstention (dit encore principe de laïcité), le second jouit des libertés au sens le plus large. Autrement dit, le régime de laïcité articule le principe de laïcité (valide dans le domaine participant de la puissance publique) et le principe de libre affichage des opinions notamment religieuses (valide partout ailleurs).
Sans cette distinction, qui ne se réduit pas à la confortable et souvent obscure opposition privé/public, la laïcité perd son sens : c’est précisément parce que la puissance publique et le domaine qui lui est associé s’astreignent à la réserve en matière de cultes que les libertés d’expression, d’association, etc. peuvent, dans le respect du droit commun, se déployer dans la société civile sous le regard d’autrui (par exemple : la rue, le métro, une boutique, un hall de gare…) et dans l’espace de la vie intime à l’abri du regard d’autrui. Ce déploiement s’effectue conformément au droit commun : l’exercice des libertés ne peut pas être contraire au droit d’autrui.

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