Claire Auzias : « Tous les ingrédients du fascisme sont là ! »

lundi 27 septembre 2010
par  Amitié entre les peuples
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Claire Auzias fréquemment invitée par les comités locaux du MRAP revient sur la polémique de l’été.

Baptiste Cogitore

Source : blog de Michel Collon

http://www.michelcollon.info/Claire-Auzias-Tous-les-ingredients.html

Claire Auzias : « Tous les ingrédients du fascisme sont là ! »

L’historienne Claire Auzias, spécialiste des Roms, revient sur la polémique qui secoue la France et l’Union Européenne. Comment les médias français ont-ils traité cette affaire ? Pourquoi la Commissaire européenne Viviane Reding avait-elle raison lorsqu’elle faisait un parallèle avec le régime de Vichy ? L’élève Eric Besson devrait-il revoir ses manuels d’Histoire ? La situation des Roms est-elle la preuve flagrante de l’échec d’une Europe supranationale ? Claire Auzias vous dit tout ce que vous devez savoir sur les Roms.

Depuis plus de vingt ans, vous vous intéressez aux Tsiganes en général, aux Roms en particulier et à leur histoire. Pourquoi en avoir fait votre objet d’étude ?
Mon travail a commencé à la chute du Mur de Berlin. En tant qu’historienne de la période moderne et contemporaine, je savais qu’il s’agissait là d’un événement mondial fondamental. Je souhaitais l’examiner de près, par un angle d’observation qui m’offrirait un regard neuf et non à travers des schémas préconçus comme l’économie de marché ou l’État de droit. Je me suis intéressée aux Tsiganes parce que je savais que c’était une population qui avait été exterminée pendant la Seconde Guerre mondiale dans les pays de l’Est sans qu’on sache rien de plus à leur sujet.

À l’époque, quel était l’état de l’historiographie du génocide rom ?
Il y avait très peu de choses, presque rien : avant moi, il y eut deux personnes. Le premier, François de Vaux de Foletier, n’était pas un historien mais un archiviste. Il avait demandé à tous ses subalternes de trier les archives de France relatives aux Tsiganes. Il créa ainsi un énorme corpus documentaire dont il fit un livre : Mille ans d’histoire des Tsiganes[1]. Ce fut un début important. Ensuite, il y eut une professeur d’histoire du secondaire, Henriette Asséo : elle avait fait une maîtrise sur l’histoire des Tsiganes au XVIIe siècle. Elle fut nommée en fin de carrière à l’École des Hautes études en histoire des Tsiganes. C’est tout. À cette époque-là, j’étais la première docteur en histoire — c’est-à-dire premier chercheur de métier — à travailler professionnellement sur les Roms.

Parlons un peu plus de vos recherches : en 20 ans, vers quels sujets ont-elles évolué ? Vers quoi tendent-elles aujourd’hui ?
À l’origine, j’ai commencé mes recherches à partir d’une question politique : quel est le statut de la mémoire du génocide rom ? Les Tsiganes d’Europe de l’Est ont subi un génocide et, n’ayant pu en parler, ont été contraints par le communisme de taire cette expérience[2]. Mes recherches sont parties de là : qui sont ces gens ?
Très vite, je suis arrivée au cœur du mouvement d’émancipation des Roms. Je les ai suivis pendant dix ans, en me préoccupant de leur combat politique et identitaire en Europe de l’Est, dans le contexte historique qu’offrait la chute du communisme. Ceci est fait : je n’y reviendrai pas car les choses ont énormément évolué dans le sens d’une économie de marché. A l’époque où j’ai fait ce travail, aucune institution internationale ne s’intéressait aux Roms. Sauf la Maison-Blanche. Aujourd’hui, ils sont tous là et nous empêchent de travailler : ils recopient nos rapports et nous mettent à la porte !
Ensuite, mes recherches ont évolué vers l’Europe de l’Ouest : comment se fait-il qu’au sein d’un mouvement aussi intelligent, actif et dynamique que celui qui existe à l’Est, l’Ouest soit aussi attardé ? Ce fut ma deuxième question. Je n’en ai pas encore fait le tour, mais j’ai déjà quelques nuances à apporter : en Espagne, par exemple, le mouvement collectif rom est très avancé — au moins autant qu’à l’Est. Pas en France, ni en Italie, ni au Portugal, cependant.
Aujourd’hui, je m’occupe des femmes et de la condition féminine des Roms : je m’intéresse aux rapports de genres, à la modernité et à l’avenir de la civilisation tsigane, qui passe par la modification du statut des femmes.

Substitut au terme souvent péjoratif de « Tsiganes », le mot « Roms » est à la fois générique et spécifique (il désigne les Tsiganes d’Europe orientale et balkanique). Vous expliquez que les Roms forment une ethnie holistique, c’est-à-dire que chacune des parties forment un tout en soi. Est-il difficile de généraliser des observations locales à l’ensemble d’une minorité ethnique transnationale ? Comment faire pour parler des Roms dans leur ensemble sans tomber dans les clichés ou les généralités floues et incomplètes ?
C’est justement tout le métier d’un anthropologue ! Quand on procède avec des outils théoriques, il n’y a aucune difficulté : si on utilise l’anthropologie structuraliste ou, par exemple, la philosophie de Gilles Deleuze, il n’y a aucun problème pour avoir une vision d’ensemble qui ne nie pas les particularismes.

http://www.michelcollon.info/Claire-Auzias-Tous-les-ingredients.html