Christian Picquet sur la résolution dénonçant l’apartheid israélien : deux phrases contestées. - Note Ch Delarue

mercredi 27 juillet 2022
par  Amitié entre les peuples
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Christian Picquet sur la résolution dénonçant l’apartheid israélien : deux phrases contestées

Note Christian Delarue MRAP

L’an dernier (mars 2021), j’avais rediffusé, ici et sur Mediapart, son texte « Les pièges de l’identitarisme » sur lequel j’avais de nombreux points d’accord ( le thème de la « tenaille identitaire ») et qui faisait polémique.

Sur ce nouveau texte - La résolution qui ne passe pas- , je suis nettement moins d’accord avec lui. Si je refuse comme lui l’essentialisme de tel ou tel propos de cette résolution, je considère qu’un apartheid s’est formé en Israel sans pour autant que cette constitution ressemble à celle de l’Afrique du Sud jadis au profit des Blancs . Amnesty International m’apparait avoir une position sérieuse sur ce point. Tout cela se discute.

L’apartheid d’Israël contre les Palestiniens
https://www.youtube.com/watch?v=NT0zd2E_7JA&t=3s

Qui est Christian Picquet sur cette question ? : "Je suis de ceux qui, depuis quelques décennies maintenant, se battent pour une paix juste entre Israéliens et Palestiniens, et qui dans cet objectif condamnent sans réserves la politique des gouvernants israéliens parce que ceux-ci imposent des discriminations honteuses aux Palestiniens, qu’ils encouragent la colonisation de la Cisjordanie, qu’ils annexent de facto l’intégralité de Jérusalem, qu’ils commettent régulièrement des crimes de guerre à l’occasion des conflits qui les opposent aux autorités de Gaza ou à leurs voisins libanais, qu’ils profitent d’une législation d’exception pour emprisonner arbitrairement des militants politiques palestiniens (et pas seulement, loin de là, des responsables d’attentats aveugles contre des civils israéliens), qu’ils encouragent les menées provocatrices d’une extrême droite raciste et religieuse toujours prompte à déclencher des chasses aux Arabes, qu’ils bafouent ce faisant toutes les résolutions des Nations unies afin de ruiner délibérément toutes les possibilités de construction d’un État palestinien viable et souverain. En disant cela, je n’entends évidemment pas exonérer les dirigeants palestiniens de leurs propres responsabilités dans l’engrenage qui ensanglante la région.

J’ai, à ce titre, fondé en 2000 le Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens, qui regroupait des dizaines d’organisations progressistes et dont j’ai coordonné l’activité sept ans durant. "

C’est peu de dire que Christian Picquet critique Israel même s’il refuse la notion d’Apartheid .

http://christian-picquet.fr/2022/07/26/la-resolution-qui-ne-passe-pas/

Il écrit : « À dire vrai, nombre de faits énumérés ne sont pas faux (dans cette résolution), et il importe effectivement que la France, associée à la communauté internationale, agisse afin qu’il y fût mis un terme, y compris par des sanctions appropriées contre les gouvernements israéliens tant qu’ils s’obstineront à bafouer toutes les résolutions de l’ONU. »

Il poursuit : « Autant les inégalités de situation, les traitements indignes dont la population palestinienne fait l’objet, la citoyenneté amputée des Arabes citoyens d’Israël, ou encore la répression brutale utilisée pour empêcher un peuple d’accéder à son indépendance doivent mobiliser les forces et les nations démocratiques, autant la mise en parallèle de deux réalités historiques sans rapport entre elles peut être source de dérives dangereuses. »

Les deux phrases contestées par Christian Picquet : le coeur du débat.

Deux phrases motivent à elles seules la révulsion qui m’a saisi à la découverte de la logique d’ensemble de ce texte.

La première dit : « Israël a mis en place un régime institutionnalisé d’oppression et de domination systématique par un seul groupe racial, et affirmé clairement son intention de maintenir un tel régime. »

Et la seconde ajoute : « Depuis sa création en 1948, Israël mène une politique visant à instituer et à entretenir une hégémonie démographique juive et à amplifier son contrôle sur le territoire au bénéfice des juifs israéliens. »

Désormais, faut aller à la source :

http://christian-picquet.fr/2022/07/26/la-resolution-qui-ne-passe-pas/

Je crois bon comme militant du MRAP de rappeler ici à propos de l’essentialisme portant sur une caractérisation homogène d’un peuple ou une ethnie son autre refus (de Christian Picquet) concernant la phrase antisémite du Général De Gaulle au moment de la guerre des Six-Jours de juin 1967 car elle n’est pas si connue :

"Au moment de la guerre des Six-Jours, le général de Gaulle se mit, à l’occasion d’une de ses conférences de presse solennelles, à parler des Juifs comme d’un « peuple d’élite sûr de lui et dominateur ». Il avait incontestablement raison de critiquer les motifs par lesquels les dirigeants israéliens de l’époque avait saisi l’occasion qui se présentait à eux d’étendre les frontières de leur État très au-delà du plan de partage de 1948. Mais il commettait une faute grave en recourant à cette caricature, flirtant avec l’antisémitisme en attribuant aux Juifs dans leur ensemble une pulsion de domination.

Le dessinateur et sculpteur Tim, longtemps collaborateur de L’Humanité, devait lui rétorquer avec un dessin représentant un déporté décharné, revêtu de sa tenue rayée frappée de l’étoile jaune, s’agrippant aux barbelés d’un camp, en assortissant sa réplique de cette mention : « Le peuple sûr de lui et dominateur. » Je ne voudrais pas, demain, qu’une initiative totalement inappropriée nous vaille à notre tour une image aussi indélébile."