Catherine SAMARY relance le débat stratégique sur l’UE

vendredi 16 septembre 2016
par  Amitié entre les peuples
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Catherine SAMARY relance le débat stratégique sur l’UE

Extrait :

Les désaccords au sein de la gauche radicale ne portent pas sur le bilan socialement et écologiquement désastreux de l’UE, ni sur le fait qu’une politique monétaire et une monnaie uniques ont aggravé les déséquilibres entre pays membres sans protéger de la spéculation – puisque les marchés se sont emparés non pas des taux de change (qui n’existaient plus au sein de l’eurosystème) mais des déficits budgétaires et commerciaux des pays les plus fragiles, dans un système non solidaire.

Les débats réels portent sur une série de choix, marqués par diverses bifurcations possibles et options, que l’on peut résumer succinctement ici.

− Le premier ensemble de débats porte logiquement sur l’enjeu d’un retour aux monnaies nationales dans l’UEM. Est-il une pré-condition pour mener des luttes progressistes sociales, démocratiques et écologiques efficaces ?

− Le second ensemble de débats porte sur la stratégie pour passer de l’UEM/UE à ...ce que l’on prône.

Il est évident que si l’on croît qu’il faut mettre tout européisme « entre parenthèse » en valorisant le caractère bénéfique du retour aux monnaies nationales, voire le fait que ce serait un préalable à toute lutte progressiste alors devrait s’imposer logiquement un slogan stratégique de sortie à tout prix et partout de l’UEM et de l’UE – avec des divergences possibles sur la question des « alliances ».

Si par contre, on estime qu’il faut aller vers une « autre Europe » dotée d’un système monétaire ad hoc, combinant une monnaie européenne et un dispositif permettant des politiques monétaires nationales, alors la nécessité d’une stratégie commune prend de la force.

Certes, le décalage des luttes entre pays, peut pousser vers une option de « sortie » unilatérale du système actuel plutôt que de rester dans l’UEM (la question reste entière pour la Grèce). Mais dans le cadre d’une stratégie collective, sortir ou « rester » sans se soumettre, sont alors des variantes d’une logique qui vise dans tout les cas à articuler luttes nationales (allant le plus loin possible dans la satisfaction du programme anti-austérité et de droits mis en avant) et l’enjeu de peser collectivement sur une crise ou un blocage de l’UE : donc cela implique la recherche de batailles communes dans le plus grand nombre de pays possibles, et de regroupements « significatifs ». Tous les débats tactiques sont évidemment légitimes, et doivent être très ancrés dans des conditions nationales de lutte, différentes d’un pays à l’autre et exprimées par les intéressé.es du pays concerné, avec toutes ses spécificités

Quoi qu’il en soit, isoler la monnaie – l’euro – du système qui l’entoure est une erreur théorique et pratique. Non pas que la monnaie soit « neutre » - elle ne l’est nulle part et condense de multiples relations sociales et de pouvoirs. Mais ce sont ces dernières qu’il faut mettre en évidence. Et il n’est pas évident dans le contexte d’instabilité et d’explosions sociales actuelles que les enjeux principaux et mobilisateurs soient monétaires. Dans un contexte de crises « sociétale », écologique et « systémique » et de très forte instabilité, l’exigence de réflexion sur d’autres « choix » de société, fondamentaux, devrait aussi infléchir des débats qui tendent trop à s’enfermer dans l’horizon marchand capitaliste.

suite sur :

http://www.cadtm.org/Pas-de-sortie-de-gauche-de-l-UE