CDH-ONU : DES RELIGIONS AUX CROYANTS : SITUER LE MEPRIS POUR PROTEGER

vendredi 15 août 2008
par  Amitié entre les peuples
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CDH-ONU : DES RELIGIONS AUX CROYANTS : SITUER LE MEPRIS POUR PROTEGER

A propos de la résolution du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU (A/HRC/7/L.15) qui a été adoptée par 21 voix pour, 10 contre et 14 abstentions le 27 mars 2008 (1)

http://www.aidh.org/ONU_GE/conseilddh/08/7-resol-diff-rel.htm

La résolution du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU (en lien ci-dessus) porte contre la lutte contre la diffamation des religions - ce qui est problématique - et indirectement sur la diffamation des croyants. Mépriser la religion serait mépriser le(s) croyant(s). C’est faux ! Et pourtant c’est parfois vrai !

Avant d’aborder la question de la diffamation et du mépris évoquons d’abord celle de la survalorisation des « précieuses contributions religieuses à la civilisation ».

I - PAS DE DISCRIMINATION A PRIORI DANS « LES CONTRIBUTIONS A LA CIVILISATION » !

Le Conseil commence par faire briller les vieux cuivres en évoquant « les précieuses contributions apportées par toutes les religions à la civilisation moderne » . Qui dirait qu’il n’y en a pas ! C’est bien là un poncif ! Mais n’y a-t-il pas aussi des contributions à la barbarie ! En vérité, les religions ne produisent pas un sens unique entièrement positif et de plus hors du temps et des continents.

Les contributions des religions - qui sont en fait celles des religieux ou des « fidèles » - ne valent pas mieux à priori que les contributions des non croyants. Les « précieuses contributions » des athées objet de la sélection de l’histoire des sciences ou de la communauté des philosophes ne bénéficient pas d’un régime de protection si particulier. Il peut s’agir de protéger l’authenticité de l’œuvre mais pas la protéger de la critique même virulente . En tout cas elles ne sont pas sacralisées.

Mais là n’est pas encore l’essentiel car les 21 n’hésitent pas à dire que la diffamation des religions constitue une des causes de la discorde sociale et de l’instabilité aux niveaux national et international et qu’elle entraîne des violations des droits de l’homme. Il faut oser écrire une chose pareille ! Certains vont ici péter un blasphème ! La « faute » vient des autres et pas de soi ! Evidemment les religions ne sont absolument pour rien dans la production « d’images stéréotypées négatives de toutes les religions ».


II - LA QUESTION DE LA DIFFAMATION DE LA RELIGION ET DE SES EFFETS

« Il (le Conseil) engage instamment les Etats à prendre des mesures pour interdire la diffusion, y compris par des institutions et organisations politiques, d’idées et de documents racistes et xénophobes visant toute religion ou ses fidèles, qui constituent une incitation à la haine, à l’hostilité ou à la violence raciale ou religieuse ». On trouve tout dans cette phrase ! que penser du concentré suivant « visant toute religion ou ses fidèles, qui constituent une incitation à la haine » ?

Quand le passage s’opère de la critique de la religion à la stigmatisation de ses « fidèles » c’est que ces derniers ont été explicitement rapprochés de la critique de la religion. En dehors de cette hypothèse le procédé d’identification religion-croyants constitue une confusion irrecevable. C’est pourtant sur ce raccourci que les dirigeants des religions s’appuient pour faire passer la notion de « diffamation de la religion » pour condamner les propos critiques méprisants ou blasphématoires à l’encontre d’une religion.

Il arrive que les situations soient plus complexes et que le rapprochement religion - croyants ne soient pas toujours explicite mais qu’il « fonctionne » néanmoins dans le sens de la haine, de la discrimination et de l’exclusion des croyants ou présupposés tel. Dans ces hypothèses, le terme d’incitation sert parfois d’outil qui permet de caractériser le passage de la simple critique à la haine. Autrement dit critiquer ou blasphémer la religion aboutit de fait dans certaines situations à critiquer de façon haineuse les croyants de ladite religion. Généraliser ou théoriser ce raccourci est très contestable et dangereux . Mais pour autant tant au plan sociologique (au niveau d’une société donnée) qu’au plan inter-individuel on peut observer qu’une critique sévère d’une religion peut aboutir à un climat de haine anti-croyants (juifs ou musulmans) ou à des discriminations contre tel ou tel individu fidèle ou réputé fidèle à une religion.

Voilà qui est déroutant pour qui aiment les distinctions claires. En fait il faut prendre en compte le fait qu’en société il y a des réactions irrationnelles et haineuses ! Pour le dire à la façon Charlie Hebdo, « il y des cons ! » Une chose est dite dans un certain sens (qui se veut respectueux des croyants tout en critiquant la religion), mais elle sera répétée avec un autre sens et la logique collective du mépris va fonctionner par la contagion émotionnelle. C’est ainsi qu’une peste brune s’installe.

III - LES PROPOSITIONS DU CONSEIL des DH de l’ONU

Ceci dit le Conseil a raison de se déclarer préoccupé par les points qui suivent. Mais là encore la description est trop globalisante pour être pleinement recevable. Ainsi le point 2 mélange un aspect juste – le profilage sécuritaire – avec la diffamation (conçue comme une campagne orchestrée)

les tentatives ayant pour objet d’assimiler l’islam au terrorisme, à la violence et aux violations des droits de l’homme et souligne que le fait d’identifier toute religion au terrorisme doit être rejeté et combattu par tous à tous les niveaux ;

par l’intensification de la campagne de diffamation des religions et le profilage ethnique et religieux des minorités musulmanes depuis les événements tragiques du 11 septembre 2001 ;

les récents exemples fâcheux de stéréotypes délibérés visant des religions, leurs adeptes et des personnes sacrées dans les médias et de la part de partis et groupes politiques dans certaines sociétés, et par les provocations connexes et l’exploitation politique qui en est faite ;

les lois ou les mesures administratives qui ont été expressément conçues pour contrôler et surveiller les minorités musulmanes, les stigmatisant ainsi et légitimant la discrimination dont elles sont victimes.

Par ailleurs, le Conseil déplore vivement - tout comme le MRAP et à raison- « les agressions matérielles et les attaques dont des commerces et entreprises, des centres culturels et des lieux de culte de toutes les religions sont la cible ainsi que les actes visant des symboles religieux ».

De ce fait « Il engage de même instamment les Etats à offrir, dans le cadre de leurs systèmes juridiques et constitutionnels respectifs, une protection adéquate contre les actes de haine, de discrimination, d’intimidation et de coercition résultant de la diffamation de toute religion ». On remplace religion par croyants ou « fidèles » et c’est à mon sens plus correcte. Encore que l’affaire du « voile islamique vosgien de Julienrupt » m’incite à faire d’autres distinctions et à ne pas en faire un absolu... A débattre !

Christian DELARUE


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