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samedi 9 février 2013
par  Amitié entre les peuples
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Triste P.I.R.

07 février 2013 Par Jacques Fortin

Il est de bon ton dans certains cercles dont le PIR, prétendant défendre les quartiers populaires, lutter contre l’islamophobie et le postcolonialisme, de s’en prendre à l’homosexualité qui serait une notion européenne. Voir à ce propos les écrits de Félix Boggio Ewanjé-Epée mais aussi de divers courants d’extrême gauche soit-disant en lutte contre l’Islamophobie. Il s’agirait selon eux de dénoncer une tentative de faire de l’homosexualité une identité universelle. Autrement dit l’Islam et l’Afrique pourraient être exemptés de reproches « à l’européenne » sur les traitements radicaux qu’ils infligent aux relations homoérotiques, au motif que leur culture serait différente. Vieille antienne homophobe. Certainement à les entendre les arabes et africains qui tentent de rencontrer l’âme sœur ou tout simplement leurs pareils par Internet par exemple seraient tout bonnement acculturés, des oncle Tom en quelque sorte !

Le plus risible c’est que cette posture[1] ignore… que ce sont les puissances coloniales au XIX° siècle qui le plus souvent ont introduit dans ces régions la pénalisation des actes homoérotiques, antérieurement acceptés ou pratiqués de façon diffuse y compris sous l’Islam producteur des plus beaux poèmes homoérotiques qui soient. Avec aujourd’hui, retournement cruellement ironique de l’Histoire, l’accentuation de cette pénalisation au motif que l’homosexualité aurait été… importée par le colonisateur !

Le plus exécrable c’est que ces « thèses » zappent autre chose : ce ne sont pas les mouvements « occidentaux » bien trop préoccupés d’eux-mêmes et de leurs droits locaux, qui sont à l’initiative dans cette « universalisation » de l’identité homosexuelle contemporaine. Ce sont… dans les pays d’Afrique et d’Islam les groupes clandestins, les mouvements traqués et les individus accrochés à internet comme à une bouée et à cette « identité » comme à une réponse à la déréliction dans laquelle la culture traditionnelle homophobe les plonge ! Ainsi combien d’associations de lutte contre le SIDA servent de lieu d’accueil, de rencontre et de soutien aux LGBT dans ces pays !

Mais ces « postures » n’ont cure de savoir que dans 70 pays, les pratiques homoérotiques restent punies par la loi, dans 7 elles sont passibles de la peine de mort, et ce ne sont pas les citadelles impérialistes. Dans la majeure partie du monde les pratiques homoérotiques suscitent répulsion et stigmatisation nourries par les délires maniaco-répressifs des grandes religions du monde dont celle qu’on voudrait protéger des phobies en l’exonérant des siennes !

Dans un certain nombre de citadelles impérialistes et quelques autres états, dans la foulée des luttes féministes, les lesbiennes, les gais, les transexuel/les, ont utilisé comme ils ont pu les contradictions du système qui les opprime, pour se révolter. Ce faisant ils se sont constitué par fierté (à l’école du « Black is beautiful », eh oui) une identité variable et transitoire, une identité née de luttes qui donne à des millions de jeunes autre chose que l’homophobie pour se construire.

C’est par là qu’est passée l’émancipation des Homosexuels, c’est comme ça, ça vaut ce que ça vaut, mais des millions de lesbiennes, de gais, de transexuels à travers le monde construisent aujourd’hui leur identité de résistance et de lutte sur ces représentations, ces comportements et ces revendications là avec leurs limites et leurs perversions dont l’irruption du marché sur cette niche à profit. Qu’elles soient contestables et porteuses de valeurs d’un néoconformisme gay, « le gay global » pourrait-on dire, est exact et mériterait qu’on travaille à le comprendre, débusquer ses assignations nouvelles et armer des luttes émancipatrices futures pour que toutes les personnes du monde concernées par les orientations homoérotiques puissent s’en saisir.

Le problème c’est que pour sortir de l’oppression religieuse, de la persécution politique et juridique, les LGBT ont besoin de se constituer en groupe social. C’est un mouvement bien heureusement irrésistible à l’échelle mondiale et qui touche les pays naguère colonisés et y met en cause de front les conformismes, les détestables représentations religieuses qui y ont cours, et leurs structures sociales oppressives, patriarcales et sexistes. Et les acteurs sont les LGBT de ces pays, pas des hordes de gays argentés distribuant des bibles lesbiennes et gays.

Se constituer en groupe social est le geste le plus éminemment politique que puissent faire des opprimés lorsqu’ils sont catégorisés par la stigmatisation et privés de leurs droits à expérimenter des identités libératrices. Mais contrairement à ce que développe souvent le PIR, se constituer en groupe social se fait souvent depuis ce que les dominants ont fait de vous et non par la nostalgie azimutée de survivances de passés le plus souvent régressifs autant qu’oppressifs. Les luttes d’émancipation ne passent pas par un revival acritique de vieilleries fantasmées. Le PIR gagnerait à relire sérieusement Franz Fanon.

Alors les persécuté/es de la sexualité du monde entier font comme ils peuvent, se saisissent des luttes qui ont fait changer des choses ailleurs, s’en saisissent pour le meilleur et pour le pire, mais pour tenter de VIVRE ET SE VIVRE.

Il faut toute la sottise d’un campisme benêt et son relativisme politique fermé à la solidarité envers les opprimés des opprimés, pour oser ainsi gommer l’immense misère, l’immense détresse et l’immense rage des personnes LGBT des pays dominés. Une bêtise à pleurer quand pour ne pas prendre en compte l’aspiration à vivre et se vivre à visage découvert, on en vient à ériger en modèle alternatif ce qui n’est que silence de plomb sur la sexualité, désirs tétanisés et totalitarisme hétérosexiste.

Honte sur le PIR lorsque solidaire d’écrits homophobes autant qu’aproximatifs, pour dédouaner l’insupportable au nom d’on ne sait quelle idéalisation du « colonisé », il en vient à laisser supposer que l’homoérotisme furtif, l’hétérosexualité contrainte, l’inhibition obligée, les quelques statuts misérables (les Ijrah par exemple) seraient un modèle alternatif à ce que, bon an mal, dans le système tel qu’il existe et permet de s’exprimer, les luttes LGBT ont conquis dans les pays impérialistes.

Bref après avoir refusé de voir les opprimés des opprimés, le PIR finirait donc de se déshonorer là comme trop souvent ailleurs, en refusant leurs victoires et leurs acquis imparfaits et transitoires aux opprimés des dominants.

[1] Car il s’agit d’une posture sottement apologétique au nom du postcolonialisme et non d’une théorie.

http://blogs.mediapart.fr/blog/jacques-fortin/070213/triste-pir


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