Bernard Thibault, La troisième guerre mondiale est sociale. Notes de lecture

dimanche 2 octobre 2016
par  Amitié entre les peuples
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Bernard Thibault, La troisième guerre mondiale est sociale. Notes de lecture

Publié le 2 octobre 2016par aplutsoc

En février 2013, Bernard Thibault achevait son dernier mandat de secrétaire général de la CGT par une situation d’échec quant à sa capacité à imposer une nouvelle direction confédérale de ses voeux et l’orientation allant avec.

Depuis juin 2014, Bernard Thibault a pris des fonctions sur mandat syndical au conseil d’administration à l’OIT (Organisation Internationale du Travail, agence de l’ONU regroupant des représentants des États, des employeurs et des salariés de 187 pays, dont la mission est « d’œuvrer pour la justice sociale qui est indispensable à une paix durable et universelle »). De l’exercice de ce mandat délivré par le mouvement syndical mondial, il a tiré un livre « La troisième guerre mondiale est sociale ».

Pour ceux qui ne s’arrêteraient qu’aux épisodes précédents (Thibault, celui qui ne voulait pas que la CGT vote Non au TCE -au risque d’amener la confédération au bord d’une crise profonde-, celui ne voulait pas appeler à la grève générale en 2003 et en 2010, celui qui avait promu le « dialogue social » avec notamment la déclaration commune MEDEF-CGT-CFDT de 2008, celui partisan du syndicalisme rassemblé avec la CFDT…) il est temps de se mettre à jour : un nouveau Thibault est né !

Lors des présentations de son ouvrage dans les assemblées de militants CGT, Thibault retrouve une certaine popularité qui s’explique très simplement. A travers son poste d’observation de la situation sociale, il arrive au constat que le capitalisme mondialisé est source quotidienne de souffrances et d’injustices pour des centaines de millions de salariés, que le même capitalisme globalisé joue de la mise en concurrence mondiale des salariés pour, dumping social aidant et s’appuyant sur le contournement systématique du peu de réglementation favorable aux travailleurs, accroître les profits de quelques uns aux dépends de la vie des 99% restant. Constat qui ne peut que rentrer en résonance avec la vie quotidienne des salariés et des syndicalistes CGT dans ce pays, ceux-ci ne pouvant qu’avoir une attention bienveillante à qui met les mots sur les maux sociaux de tous les jours.

Dans son exposé de présentation de l’état du monde, B Thibault résume par quelques chiffres qui suffisent à poser le tableau mondial du salariat aujourd’hui :
– un travailleur sur deux est sans contrat de travail malgré l’existence d’un rapport salarié ;
– 73% des salariés sont sans protection sociale ;
– un travailleur sur deux est sans droit à la retraite ;
– 28% des femmes travailleuses seulement bénéficient de congés maternité ;
– 12% des chômeurs dans le monde touche une allocation chômage (40% en France) ;
– 128 millions d’enfants (recensés seulement) sont au travail ;
– les profits illégaux tirés du travail des enfants sont estimés à 150 milliards de dollars par an ;
– la moitié de la population mondiale vit dans des pays où le droit de grève, de négocier ou de s’organiser n’existe pas ou est fortement entravé (On peut citer notamment les USA, la Chine, l’Inde, les pays du Golfe ..).

De cela, il découle que si vous vivez dans un pays où le contrat de travail est la norme, où vous disposez de congés payés, du congé maternité, d’allocations chômage, d’une protection sociale et d’une retraite tout en pouvant vous organiser syndicalement et faire grève : c’est le Paradis ! Tout le monde peut comprendre que la situation des salariés dans certains pays, tels la France, constituent des exceptions dans le monde actuel et que ces particularismes ne sauraient persister au regard des exigences du capital de rentabiliser toujours plus.

Dès lors, que faire ? Commencer par appréhender les problèmes de façon mondiale, et y répondre de façon mondiale en visant l’organisation et la mobilisation communes de centaines de millions de salariés contre les patrons et les États à leur solde.

On ne peut qu’espérer que ce mandat international de B. Thibault ait une influence positive sur la vision du monde des milieux dirigeants de la CGT, bousculant une bonne fois pour toutes une perception du monde s’arrêtant à l’hexagone, insufflant un appel à des solutions globales fondées sur la solidarité des travailleurs plutôt que des machins franco-français !

Attention, une telle avancée suppose aussi de faire sérieusement le bilan des décennies écoulées depuis la chute du Mur, de l’adhésion à la CES et à la CSI, des croyances mal placées dans l’Union européenne, des appels à un syndicalisme rassemblé dont bien des militants comprenaient parfaitement qu’il amène à une CFDTisation de la CGT de toujours, soit une liquidation complète et immédiate de la tradition syndicale de la lutte et de la revendication, de l’esprit et du geste frondeurs quotidiens qui limitent le pouvoir patronal en ce pays.

Certes, on peut trouver que Bernard Thibault y croit un peu trop à son histoire d’OIT, de normes et de conventions internationales garantissant les droits et la santé des salariés, mais pour annoncer tout cela celui-ci a recours à une expression forte « troisième guerre mondiale ». Car c’est bien de cela qu’il s’agit : là où pendant ces deux dernières décennies seule a résonné la parole d’un Warren Buffet ( « Il y a une guerre des classes, évidemment, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène la lutte. Et nous sommes en train de la gagner ! » ) , maintenant il est à espérer que de plus en plus de responsables syndicaux prennent conscience de l’état du monde, des armes globales de ceux du camp d’en face, que les militants syndicaux reprennent le chemin trop souvent abandonné de la seule voie de la victoire : la voie internationale !

Cette dernière ne peut s’accommoder de la moindre ambiguïté quant au but et aux moyens : si tu veux des réformes, prépare la révolution ! Et commence par renforcer ton syndicat avec un plan de lutte, en cherchant à organiser et mobiliser toujours plus de salariés, en ne laissant personne sur le bord du chemin ! Par contre, si tu crois en un réformisme sans réforme, tu finiras en soutien des contre-réformes patronales !

Alors que le 2 septembre dernier, les syndicats indiens ont entraîné dans la grève quelques 162 millions de salariés, il n’est pas interdit de rêver à des mouvements puissants, coordonnés par delà les frontières, se comptant par dizaines voir centaines de millions auprès desquels Mai 68 passera pour un pique-nique intimiste. Mais pour cela, une condition incontournable : agir en toute indépendance, par et pour le seul intérêt des salariés, en tournant le dos à toute forme de supposé « dialogue social ».

OD, le 2 octobre 2016.

Bernard Thibault, La troisième guerre mondiale est sociale
Les Editions de l’Atelier/Éditions ouvrières, Ivry sur Seine, 2016.
216 pages, 15 euros.

Source :

https://aplutsoc.wordpress.com/2016/10/02/bernard-thibault-la-troisieme-guerre-mondiale-est-sociale-notes-de-lecture/


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