Articuler les luttes antiracistes. C Delarue « Culture et société » Été 15

vendredi 6 mai 2016
par  Amitié entre les peuples
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Articuler les luttes antiracistes

Présentation

Je suis militant antiraciste et altermondialiste. J’interviens ici comme membre du groupe « cultures et société » du Conseil scientifique d’ATTAC France. Je répète que je ne suis plus membre de la direction du MRAP (BE puis CA) ou d’ATTAC (CA au titre des fondateurs) C’est Augustin GROSDOY, ici présent, qui m’a remplacé sur ces deux fonctions.

cf Assises d’ATTAC France à Mâcon : Christian DELARUE passe le témoin à Augustin GROSDOY pour le MRAP cofondateur d’ATTAC France. (http://amitie-entre-les-peuples.org/Assises-d-ATTAC-France-a-Macon)

XXX

Il y a tout à la fois une nécessité et une difficulté à se rassembler car l’antiracisme est passible de plusieurs conceptions ou déclinaisons.

Abordons d’abord « les trois cercles de l’antiracisme » (une présentation certes aménagée mais déjà proposée jadis à la direction du MRAP pour que le MRAP devienne membre fondateur d’ATTAC en 1998-99 ) et d’ autres problématiques à suivre pour ce débat spécifique, tel qu’annoncé par Françoise CLEMENT.

I - LES TROIS CERCLES DE LA LUTTE ANTIRACISTE

J’expose ici les trois grands volets d’un antiracisme lié à l’altermondialisme.

Pour notre sujet, on notera que les difficultés pour le rassemblement des forces antiracistes sont déjà dans le premier cercle.

A) Le premier cercle ou le « coeur de métier » de l’antiracisme

Il s’agit de lutter contre l’idéologie raciste (le discours construit et les stigmatisations courantes) et contre les discriminations racistes (le racisme en acte qui est excluant)
La lutte antiraciste s’appuie sur le droit (loi de 1972 et d’autres ) et sur les mobilisations visant à un changement de société !

Voici les trois éléments qu’il convient de réunir pour qualifier un fait de discrimination - un traitement différent (I), des situations comparables (II), et un critère de distinction illégal (III). in MRAP - La discrimination au sens juridique (in Différences n° 294) - Jérémy Saiseau. (http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/160815/mrap-la-discrimination-au-sens-juridique-differences-n-294-jeremy-saiseau)

Une lutte authentiquement antiraciste refuse les différentes formes observables de racisme car elle ne sélectionne pas ou ne hiérarchise pas ! Ainsi le MRAP lutte, officiellement depuis 1977, contre toutes les formes de racisme !
cf Le MRAP 1977- 2007:contre le racisme sous toutes ses formes, par Christian Delarue - Rennes info
http://rennes-info.org/Le-MRAP-1977-2007-contre-le.html

Mais il existe, à la différence de l’antiracisme universaliste, des luttes mono-thématiques qui se spécialisent contre un racisme soit contre la négrophobie, soit contre la judéophobie, ou contre la romophobie, l’arabophobie, l’islamophobie, etc !

On peut discuter sur le fait de voir cet ensemble comme avançant positivement quoique de façon contradictoire (malgré les contradictions existantes).

B) Le second cercle ou les extensions courantes du domaine de la lutte

La lutte contre le racisme oblige à lutter aussi contre
1) le colonialisme et le néocolonialisme et les résurgences post-coloniales.
2) l’esclavage et son apologie.
3) le fascisme, le néofascisme et les idéologies ou régimes autoritaires ou totalitaires (cf la question de l’islam politique sera développé par Françoise Clément)).
4) la xénophobie, le nationalisme et les intolérances associées (cf "communautarismes excluants)).

C) Le troisième cercle ou les convergences élargies des luttes.

6) De façon générale, l’antiracisme se rattache à la lutte altermondialiste, parceque les oppressions et dominations sont multiples et entremêlées et qu’on ne saurait les hiérarchiser. L’antiracisme comme mouvement social se rattache donc à la lutte altermondialiste notamment via la mobilisation des peuples-classe multicolores et multitextiles contre l’oligarchie financière et le 1% ! cf Antiracisme et peuple-classe pour l’alternative : faire converger un peuple-classe multicolore et multitextile. (http://amitie-entre-les-peuples.org/Antiracisme-et-peuple-classe-pour). Il s’agit de s’opposer de façon convergente, à plusieurs formes d’oppression ou de domination, et donc au racisme, au sexisme, à l’homophobie et au « classisme » (comprenez ici la domination économique et politique de la classe supérieure de la société).

Cette notion de « peuple-classe multicolore et multitextile » est à même de rassembler dans la diversité les femmes et les hommes subissant des dominations diverses
Elle porte un relatif multiculturalisme (diversité « textile » notamment) tempéré par de l’interculturel et la laÏcité.

7) L’accroche des questions dites « sociétales » à celles plus classiquement « sociales » (stricto sensu) permet aussi un « lutter ensemble contre le classisme ».
Le « classisme » vise les grands rapports sociaux capitalistes, celui capital-travail (secteur de la production) surtout mais aussi celui du logement (rapport propriétaire-locataire), et de la consommation nécessaire (rapport social de solvabilité face aux marchés) ce qui renvoie à la question des besoins sociaux face au 1% d’en-haut et d’une politique de services publics pour l’école, la santé, la police, la justice, la fiscalité, etc.

8) L’antiracisme lutte aussi, on l’a dit, contre le sexisme et l’homophobie.

9) La laïcité est aussi une question sociétale importante (voir plus loin) soit à défendre soit à critiquer (cf atelier d’hier notamment avec l’opposition entre Monique Crinon et Stéphanie Treillet).

Enfin, il existe d’autres extensions (plus ou moins bien articulées donc avec des déperditions citoyennes et militantes) au domaine central de la lutte antiraciste
10) l’anti-sionisme (qui n’est pas antisémitisme).
11) l’anti-impérialisme (qui n’est pas un campisme défendant le sud).

II - LES AUTRES PROBLEMATIQUES ANTIRACISTES.

J’expose ici ordinairement les divers sujets conflictuels du moment.
Voici 11 débats très rapidement pointés.

1) Racisme et religion(s).

Quelques idées générales sont à défendre ici.

- Le refus de communautariser, de globaliser, de racialiser les membres d’une religion.
- Et donc de généraliser le ou les « défauts » de certain(e)s membres à tous les membres.
- Droit de critiquer la religion et les religions (pas qu’une !).
- La critique comprend le blasphème, la désacralisation.
- Mais il faut distinguer la religion du croyant.
- On peut critiquer les intégristes dans la mesure ou on distingue plusieurs interprétations d’une religion !

2) Intégrisme religieux, féminisme et racisme

- A la racine de l’intégrisme, il convient de critiquer la notion de complémentarité de la femme par rapport à l’homme au sein d’une interprétation très conservatrice de l’islam qui peine à défendre l’égalité et la liberté.
- Au plan des pratiques « sociétales » mondialisées, soulignons l’intégrisme religieux sexoséparatiste en mode « hard » (femmes à la maison ne devant sortir qu’accompagner du frère ou du mari en hypertextile) ou en mode « soft » (hypertextile obligé).
- Contre les intégristes sexoséparatistes, défendons le « je m’habille comme je veux ! » (avec respect de la loi, et selon le contexte).
- Dans une perspective de liberté et d’égalité, défendons l’hypotextile (string seins nus) si l’hypertextile l’est.

cf INTEGRISME DES RELIGIONS : PROPOSITION AU CS d’ATTAC - Amitié entre les peuples (http://amitie-entre-les-peuples.org/INTEGRISME-DES-RELIGIONS)

3) Féminisme et prostitution en lien avec les migrations
- Contre la prostitution des femmes migrantes venues du Sud (pendant la migration vers le nord) ou de l’Est (réseaux maffieux).

4) Quid du racisme d’Etat
La loi de juillet 1972 interdit le racisme en France. D’autres lois et dispositifs viennent compléter le dispositif antiraciste. Mais un racisme vient néanmoins d’en-haut cf Catherine Samary.

5) Liberté de circulation, d’installation et intégration.
Lire le petit livre collectif d’ATTAC sorti en octobre 2009 « Pour une politique ouverte d’immigration ». Sur l’intégration, consultez mon diaporama de l’Université d’été d’ATTAC 2006 à Poitiers. La question de l’intégration autour d’une pédagogie du triptyque républicain et de la laïcité se pose dés lors que l’on admet les principes de libre circulation et libre installation ainsi que la citoyenneté de résidence.

6) La citoyenneté de résidence.
Le MRAP a adopté la citoyenneté de résidence à son AG de juin 1985 soit 30 ans de combats partagés avec d’autres (cf Paul ORIOL).
Les résidents extracommunautaires (venus hors Union européenne) vivant en France depuis plus de 5 ans sont toujours exclus non seulement du peuple-nation mais aussi - et c’est plus grave - du peuple démocratique, celui citoyen.
En France, des millions d’immigrés venus jadis du Maghreb pour construire des logements, des routes et autres biens n’ont pas été reconnus comme des citoyens, d’ou la protestation de 1983 !

7) Défense des palestiniens et antisémitisme - anti-sionisme.
Des antisémites se cachent derrière une phraséologie anti-sioniste.
Pour autant le sionisme, qui ne s’est pas arrêté à 1948, veut conquérir des territoires et repousser les palestiniens !
Je reprends ici ordinairement à propos de l’anti-sionisme un argumentaire de Pierre STAMBUL (MRAP et UJFP).

8) Sécuritarisme et racisme anti-arabes et anti-musulmans.
Avec les attentats islamistes, les contrôles au facies tendent à viser majoritairement une population arabe supposée ou musulmane supposée.

9) Laïcité exclusivement portée contre l’islam et les musulmans.
Une certaine pseudo laicité sert à la « guerre identitaire » ou de « guerre culturelle » de l’extrême-droite et de la droite populaire (Nice), au sens ou un « catho-laicisme » sert à protéger une « identité historique française et chrétienne » (soit la sub-culture ethno-nationale) contre l’islam vu comme conquérant, comme islam de « remplacement »
- De l’amour des Eglises chrétiennes à la haine des mosquées !
- De la sub-culture catho-laïque à une laïcité totalitaire qui interdirait tout signe religieux dans la rue.

10) Les organisations antiracistes
- Celles universalistes sont le MRAP, SOS Racisme et la LICRA mais la LICRA s’oppose surtout à l’antisémitisme et de plus aborde fort peu le second cercle et encore moins le troisième cercle
SOS Racisme n’est pas dans l’altermondialisme et son militantisme sur le second volet mériterait une analyse que je n’ai pas faite de façon complète et sérieuse
- Je m’abstiens sur les organisations antiracistes mono-thématiques type CRAN
cf - Le mouvement antiraciste français
http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/130714/le-mouvement-antiraciste-francais

11) Critique du PIR.
L’appel des Indigènes de la République a provoqué des réactions sources d’intérêts ou de critiques mais aussi une certaine (re)prise en charge de la mobilisation antiraciste dans les quartiers populaires les plus délaissés (cf livre JM Delarue 1991), les plus frappés par la crise économique.
Par contre la racialisation, et ici racialiser le Blanc ou le non Blanc, mène à la reproduction de la « guerre des races », fussent-elles des « races sociales », et donc au racisme.
Le communautarisme, au sens du coup de force théorique visant à mettre un vaste groupe d’ humains dans une même communauté est un essentialisme qui mène aussi au racisme. Il n’y a pas plus de communauté chrétienne que de communauté musulmane ou juive car les différences sont beaucoup trop importantes pour une telle opération. C’est comme mettre la « théologie de la libération » avec l’Opus Déi.
La seule communauté que je connaisse est celle objective et formalisée par une carte d’identité délivrée par les Etats qui disent qui est membre de son Etat-nation. Mais cette carte ne dit rien des consciences et des subjectivités de ses membres.

Christian DELARUE