Amérique latine : du social vers le socialisme ?

mardi 28 mai 2013
par  Amitié entre les peuples
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Amérique latine : du social vers le socialisme ?

S’il est un continent à regarder, car susceptible de nous donner des leçons, à nous européens, c’est bien les trois pays (Vénézuela, Equateur, Bolivie) qui ont engagé un processus difficile de transformation sociale vers le socialisme. Sont-ils restés à un stade de « capitalisme social » ou sont-ils dans une forte dynamique qui repousse les forces capitalistes au point d’établir un régime proprement socialiste, un nouveau socialisme, démocratique et respectueux des droits humains.

Ce texte - c’est son défaut assumé - se dégage de l’examen de la situation concrète pour aller plus directement à ce qui est susceptible de questions théoriques et de renvoi au réel des problèmes du changement.

1 - Amérique latine et Europe : croissance par les profits ou croissance par le social.

Pierre Laurent, président du Parti de la gauche européenne (PGE), qui est aussi secrétaire national du PCF, et qui est revenu fin mai 2013 d’une tournée de deux semaines en Amérique du Sud rapporte cette remarque qui a son importance pour les peuples-classes d’Europe : « les Sud-Américains sont très inquiets du virage pris par la social-démocratie européenne, qui prône l’inverse de ce qu’ils ont fait, eux, en Amérique latine, tirer la croissance par le social… ».

Souvenons-nous à cette occasion que l’on peut choisir ! Choisir la « préférence pour le profit » de la finance et des firmes transnationales (dans un cadre européen ou national ou tout autre cadre) c’est fatalement réduire le « social » à la portion congrue. C’est laisser la sainte compétitivité tuer les coopérations, les solidarités et surtout laisser le chômage et les bas salaires perdurer.

Petit bémol : Pour un altermondialiste la croissance sans adjectif est d’emblée l’objet de critique car elle signifie travaillisme, productivisme, et respect limité de l’environnement ainsi que faiblesse de l’effort de la transition écologique, notamment en matière de choix énergétique, de choix de modes de transport, etc...

Ceci dit, il vaut sans doute mieux, pendant un temps du moins, pour les peuples-classes dominés par les oligarchies politico-financières une « croissance par le social », par l’instauration - à côté d’une économie marchande capitaliste qui reste dominante - d’une économie de production de valeurs d’usage via des services publics qu’une économie purement capitaliste orientée radicalement vers l’accumulation des profits, une économie de production marchande de valeurs d’échange (1) et productrice de profits ; des profits qui viennent gonfler la sphère financière au lieu de se traduire en investissements utiles à la satisfaction des besoins sociaux ou en meilleurs salaires pour les travailleurs.

On sait aussi que ces flux financiers passent et s’accumulent dans les paradis fiscaux et judiciaires (PFJ) au plus grand avantage des très riches mais au plus grand malheur des peuples-classe, et pas que pour les couches sociales modestes de ces peuples-classe. Les couches aisées des peuples-classe, celles qui épargnent aisément et surtout celles qui plus simplement n’épuisent pas leur salaire à la fin du mois n’ont aucun intérêt à ce que les paradis fiscaux perdurent. Ces couches ont aussi besoin de services publics et d’institutions sociales comme la sécurité sociale. Ces « objets » publics sociaux sont le bien précieux du peuple-classe tout comme le code du travail, dit G Filoche, est le bien précieux des travailleurs salariés du privé. On sait qu’ils sont primitivement appropriés par l’oligarchie et que les peuples-classes ont tout à y perdre, rien à y gagner.

2 - Economie sociale et économie socialiste.

On notera qu’en Amérique latine, il n’y a pas - pas encore - d’économie socialiste car tant que l’économie dominante reste capitaliste, « l’économie sociale », faite de mutuelles, de de coopératives (ESS) et de services publics, ne sera qu’économie de complément. Mais ici il faut sans doute mieux voir le sens de la dynamique que la photo d’un état donné.

Qualitativement, ce capitalisme social, que certains disent « à visage humain » et que F Mitterrand nommait pudiquement « économie mixte », pour autant qu’il puisse être durable écologiquement, est meilleur que le pur capitalisme. Il respecte plus les principes de la justice sociale. Il peut tendre à un meilleur respect de la nature.

Pour autant, il ne faut nullement survaloriser ce capitalisme social qui montre aussi ses défauts car il connait des crises, avec ses licenciements d’un côté et ses travailleurs surexploités. Les travailleurs en Amérique latine ne sont pas au 35 heures hebdomadaires, ce qui limite déjà la portée sociale du régime politico-social établi.

Mais la dynamique semble être d’aller vers le socialisme. Dans ce cas la sphère capitaliste marchande n’impose plus ses marques et ses mesures à l’ensemble de l’économie. Le social devient socialiste. La République sociale devient République socialiste.

3 - Un socialisme porté par le peuple-classe.

La qualité du socialisme est d’importance, car il s’agit bien de promouvoir un socialisme démocratique et non un socialisme de caserne à la façon stalinienne de feu l’URSS. Sans doute, ne passe-t-il pas que par les élections, ni même que par un système qui combine élections et tirage au sort. Pour aller vers le socialisme, il y a toujours besoin d’une mobilisation commune des travailleurs du privé et du public. En somme il y a combinaison de la rue et des urnes. Il faut aussi que l’encadrement et la police ne soient plus les forces d’appui du grand capital. Les institutions publiques auraient une composition sociale différente de celle du capitalisme, fusse le « capitalisme social » qui demeure élitiste. Toutes les couches sociales doivent pouvoir dire leur mot pour l’édification du socialisme. Si on laisse parler que le 5 % d’en-haut on aura jamais la justice sociale et le socialisme. On entendra toujours la complainte de la « fiscalité captatrice ou prédatrice », pourtant nécessaire à l’économie non marchande.

Un tel socialisme ne saurait faire l’économie du respect de certaines règles de droit sans doute différentes de celles des pays capitalistes. Dans ces derniers, on respecte plus le droit d’entreprendre et le droit de propriété que les droits proprement humains. Il doit bien y avoir, à l’évidence, un droit d’entreprendre comme un droit de propriété sous le socialisme, mais ces deux droits ne doivent plus dominer face aux autres droits. D’ailleurs, déjà, ces droits ont cessés d’être absolutisé depuis longtemps en France. Jean Jaurès le remarquait déjà à son époque. La chose est connue des juristes constitutionnalistes. Pour autant il restent décisifs.

On pourrait par exemple distinguer trois domaines : le domaine public, le domaine social, le domaine privé. En France, on distingue bien domaine privé et domaine public mais le domaine social n’a pas de sens car c’est le régime de la copropriété qui a sa place. Ce pourrait être ce qui appartient à une collectivité humaine, un objet d’appropriation sociale différent de l’appropriation privée et de l’appropriation publique. Une appropriation sociale se conçoit par un trajet directement collectif de prise en charge des problèmes (le par en-bas) ou par un trajet politique d’appropriation publique (le par en-haut mais avec dynamique sociale de contrôle des mandatés) qui donne ensuite des pouvoirs à des représentants du monde du travail, des locataires, des consommateurs, etc...

Christian Delarue

1) Il y a là à la fois production de valeur d’usage et de valeur d’échange mais c’est la valeur d’échange qui est déterminante. Elle est là pour dégager du profit. Par ailleurs, la valeur d’usage peut être nuisible pour les humains ou pour la nature.


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