A propos du racisme - Robert Chauvin

mercredi 15 juillet 2020
par  Amitié entre les peuples
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A propos du racisme
le 09 Juil 2020 par Robert CHARVIN

Si la question du racisme revient au-devant de la scène depuis le meurtre de George Floyd, Robert Charvin nous rappelle qu’elle a des origines séculaires et n’a épargné aucun pays. En Occident toutefois, elle est devenue intimement liée au colonialisme d’hier et au néocolonialisme d’aujourd’hui, survivant sous d’autres formes aux textes officiels qui condamnent explicitement le racisme. Le combat pour l’égalité reste donc essentiel, sans tomber dans les pièges qui écartent de l’émancipation sociale. (IGA)

Toute doctrine de supériorité fondée sur la différenciation des races est scientifiquement fausse, moralement condamnable et socialement injuste et dangereuse.

Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale (1965).

Le racisme, c’est comme les arabes, ça ne devrait pas exister !
Les « antiracistes » d’Etat.

Les sciences sociales n’ont (étrangement) commencé à s’intéresser au racisme qu’à partir des années 1920-1930 : sont ciblées la situation des noirs américains et surtout la montée de l’antisémitisme dans l’Allemagne nazie. Le mot « racisme » n’apparaît dans le dictionnaire Larousse qu’en 1932[1] !

En dépit de plusieurs siècles de colonisation, de travail forcé, de domination sans partage des colonies d’Afrique et d’Asie, le phénomène d’infériorisation de millions d’êtres humains[2] par une métropole indifférente était « naturel », « légitime », et même « moral » en raison du « devoir de civilisation » que « s’imposaient » les pays les plus « avancés » : la France, et la Grande Bretagne surtout ! L’ouvrage le plus diffusé durant un siècle dans les écoles primaires, Le tour de France par deux enfants, se voulant pédagogique et non pas militant, fait la leçon sur les races humaines : « la race blanche est la plus parfaite »…

Malgré les critiques de Clémenceau refusant d’admettre sous la III° République que les droits de l’homme ne s’applique pas à tous, à la différence de ce qu’avait promu la Ire République française, c’est la position de Jules Ferry qui est celle de la France officielle pour qui le principe d’universalité des droits n’est pas universel … : les peuples « barbares » n’ont pas de droits, les « sauvages » et les « brigands » ne sont plus des hommes et les blancs ont non seulement un « droit de conquête » permettant d’éviter la menace de la décadence, mais un « devoir », celui de « civiliser les races inférieures ».

Quelques décennies plus tard, Jean-Marie Le Pen ne dira rien d’autre, prolongeant le discours et la pratique du régime de Vichy et des nazis. Tocqueville, comme Renan, demeurent des références contemporaines : les non-blancs sont des êtres « jetables », des « vies sans valeur ».

Les populations « indigènes » jusqu’à la Seconde Guerre mondiale ne relèvent pas du droit international avec la caution des juristes occidentaux dont certains seulement sont embarrassés, mais qui inventent, par exemple, le concept de « territoires sans maître » légitimant une « occupation régulière » des peuples qui « n’ont aucune conscience des devoirs qui en découlent » !

La Belgique s’illustre avec la création de « l’Etat indépendant du Congo » par le Roi Léopold II, qui en fera sa propriété personnelle avec le soutien de la République française, malgré les pratiques les plus barbares de toute la colonisation européenne !

Il y a ainsi une « vérité » pour l’Europe et une autre pour l’Afrique et le Front Populaire lui-même[3], en violation de son propre programme, poursuivra la répression des organisations et des personnalités anticolonialistes au sein de « l’Empire », comme cela avait été le cas durant toute la III° République[4]. La question du racisme ne se pose pas : le mot lui-même n’est d’aucun usage.

C’est seulement depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la défaite du nazisme et de Hitler, qui, pour les bourgeoisies européennes, « a déshonoré l’antisémitisme » par sa politique génocidaire, et les pressions « menaçantes » du communisme qui a pris à son compte l’antiracisme et l’anticolonialisme, que le racisme devient un problème. Tous les Etats du monde (à quelques exceptions près comme l’Afrique du Sud et les Etats-Unis) sont institutionnellement antiracistes. Plus personne ne s’affiche « raciste », surtout en Europe, qui était restée si longtemps le cœur des discriminations non seulement à l’échelle planétaire mais en son sein : durant des siècles, les pouvoirs d’Etat ont dénoncé (en France, en Russie tsariste, en Pologne, etc.), avec l’assistance de l’Eglise catholique, la nuisance des juifs accusés de tous les maux. Les juifs étaient les parfaits boucs-émissaires des difficultés rencontrées par les peuples, exonérant ainsi de leurs responsabilités les gouvernants !

Toutefois, des décennies après la fin de la guerre, en dépit des déclarations officielles, tous les Etats du monde sont allergiques à leurs minorités, soit sous prétexte de défense d’une identité nationale (mal définie), soit au nom d’une cohésion sociale prétendument menacée.

Ces minorités sont de nature différente : elles peuvent être politiques, religieuses ou ethniques. Celles qui sont les plus instrumentalisables par les dominants et les plus facilement mises en cause au sein de la société civile, ce sont les minorités « visibles », composées d’individus dont la couleur de peau et les coutumes sont différentes de celles de la majorité. Elles sont aisément considérées par beaucoup comme étrangères à la « communauté » dominante dans chaque Etat. Elles peuvent être victimes de discriminations allant jusqu’au meurtre sans le plus souvent perturber « l’ordre » établi.

« L’universalité » du racisme

Les Etats-Unis, usurpant leur titre de « démocratie modèle » grâce au dollar et à l’image illusoire dont ils bénéficient, sont depuis leur naissance la patrie de toutes les discriminations raciales et sociales. Ils ont été exterminalistes (les Amérindiens) et esclavagistes (les Afro-américains) avant d’institutionnaliser (comme l’apartheid sud-africain) les discriminations raciales jusqu’à une date récente, pour n’être plus qu’une société, malgré l’abrogation des discriminations légales, toujours pervertie par le racisme antinoir et anti-hispanique.

La fin de la ségrégation légale en effet n’a pas fait cesser la hiérarchie sociale. Les institutions policières et judiciaires perpétuent les inégalités entre les différentes communautés. La police, particulièrement depuis Nixon et Reagan, a fait de l’homme noir de milieu défavorisé « un présumé coupable », avant d’avoir commis quoique ce soit ! La Cour Suprême, qui dans les années 1960[5]avait rendu quelques décisions favorables aux droits civiques, a radicalement modifié sa jurisprudence. En 2013, par exemple, l’arrêt « Comté de Shelby / Holder » a mis fin à la protection du respect du droit de vote des noirs dans les Etats du Sud[6].

La constitution d’une micro-bourgeoisie noire et la médiatisation de quelques vedettes de « couleur » dans le sport et le showbiz, n’ont pas suffi au pouvoir blanc pour bénéficier de « collaborateurs » tournant le dos à la masse pauvre de leur communauté[7] ! Les mouvements de Luther King, des Blacks Powers, de Nation of Islam et encore l’action criminelle du Klu Klux Klan et de la police ont au contraire conforté un esprit de résistance à l’apartheid de fait de la société américaine[8].

En Afrique du Sud, après de longues décennies d’apartheid légal, condamné par les Nations Unies sans grandes conséquences en raison des intérêts économiques des pays occidentaux, en particulier de la France[9], les discriminations sociales à l’encontre de la majorité noire se perpétuent pour le seul profit de la minorité blanche et privilégiée.

L’Inde, la soi-disant « plus grande démocratie du monde », selon la réputation préfabriquée par l’Occident pour mieux combattre la Chine, fonctionne en neutralisant les catégories les plus pauvres par son système de castes, mais aussi en discriminant la minorité musulmane accusée de perturber « l’unité » nationale assurée par la religion indouiste !

L’Australie « démocratique » perpétue sa colonisation intérieure en subordonnant dans tous les domaines la population aborigène.

L’Amérique dite « latine » n’a cessé d’opprimer les populations amérindiennes et la victoire d’Evo Morales restaurant leurs droits en Bolivie a rapidement été annihilée par la bourgeoisie blanche ultra conservatrice et son allié étasunien invoquant le nécessaire retour des « valeurs chrétiennes » et déchaînant simultanément la violence raciste contre les « indigènes » !

En Chine, à l’évidence, les musulmans, comme certaines autres minorités, évidemment soutenues par l’Occident[10], ne relevant pas de la communauté Han ultra majoritaire, ne sont pas traités comme des Chinois de « droit commun » !

Israël, les Palestiniens et le monde arabe en conflit depuis plus d’un demi-siècle, s’opposent en instrumentalisant le racisme anti-arabe (au profit des Juifs) et un antisionisme n’échappant pas à des éléments d’antisémitisme (au profit des Palestiniens).

Le néofascisme turc, sous la direction d’Erdogan (qualifié complaisamment par les Occidentaux de régime « islamo-conservateur »), responsable de l’incarcération de plus de 10.000 opposants, combat, malgré une religion commune, les Kurdes en leur donnant une représentation raciste et terroriste, tout en récusant avec force tout allusion au génocide arménien[11].

Les pays européens, malgré les proclamations humanitaires dont certains, comme la France[12], ont fait leur fonds de commerce, n’échappent pas au racisme ordinaire et aux discriminations de fait qui en résultent. Il demeure même des aryens tardifs dans certains pays de l’Est[13], ce qui est un paradoxe pour les slaves en Pologne, par exemple, où l’antisémitisme est une forte tradition. A l’antisémitisme plus discret qu’avant-guerre, s’ajoute une forte arabophobie (sous couleur d’une critique de l’Islam jugé plus « convenable »), et une hostilité larvée aux noirs, stimulées par le terrorisme islamiste et par la venue de migrants très mal acceptée[14].

Mais c’est peut-être la Birmanie (bouddhiste) qui va le plus loin dans les persécutions de sa minorité musulmane (les Rohingyas)[15]. Il est révélateur que le monde occidental ait cautionné Ang San Suu Kyi, à qui le Prix Nobel de la Paix a été retiré et que la Birmanie ne fasse pas l’objet de ses accusations. Les grandes puissances (Inde, Chine, Corée du Sud) et les grandes compagnies pétrolières occidentales y investissent, sans autre considération.

Loin de se tarir, le racisme, comme le prouvent les événements de 2020, particulièrement aux Etats-Unis, demeure une réalité y compris au sein des pays qui s’autoproclament les plus « démocratiques ». Il est vivant à la fois dans certaines institutions (en particulier, les polices dont la formation est le plus souvent assurée par des formateurs très peu « pluralistes ») et au sein de la société civile[16]. La police, dans chaque pays quel qu’il soit, a une fonction éminemment politique, que cela soit reconnu ou pas. Elle est chargée de la stabilisation de l’ordre socio-politique établi et elle a donc des ennemis déterminés par le pouvoir : sa mission de « protection » des citoyens connaît donc des limites. La répression des oppositions tend à être partout de même nature : les différences sont simplement de degré. Evidemment, les exécutions programmées d’opposants en Amérique du Sud ou en Afrique[17]ne sont plus la règle en Europe occidentale : ces temps sont passés, même s’il y a eu, en France par exemple, durant la guerre d’Algérie des répressions meurtrières en 1961 à Paris, par exemple, ou à Charonne contre des militants communistes. Il en a été de même, en Pologne en 1946 (!), lors d’un pogrom antisémite faisant 42 morts : il est vrai que le parti communiste polonais avait une direction où les juifs étaient nombreux !

Cette quasi-universalité du phénomène raciste et des violences qui l’accompagnent sont ainsi une constante qui semble devoir se pérenniser malgré les réactions qu’ils provoquent. L’explication se trouve peut-être dans la multiplicité et la complexité de leurs facteurs originaires.

La complexité des sources du racisme

Il est trivial de rappeler qu’aucun phénomène n’a de cause unique. Le racisme qui plonge ses racines dans l’Histoire la plus reculée (bien qu’il ne fût pas qualifié ainsi) et qui a toujours une ampleur considérable dans la plupart des pays de monde a des origines multiples.

Dans le monde occidental, on réduit souvent les sources du racisme au rôle des doctrinaires et des forces politiques controversées affirmant la supériorité d’une race sur les autres, en l’illustrant du génocide des juifs pratiqué par les nazis se « justifiant » par l’exigence « scientifique » de « l’aryanisation » de la société. Cette approche classique néglige cependant le fait que le discours et la pratique hitlérienne consistaient à exterminer à la fois les juifs et les communistes dans toute l’Europe ! Ce sont les besoins de la guerre froide et du fondamentalisme anticommuniste qui ont conduit à réduire la politique nazie au seul antisémitisme.

Cette politisation simpliste, utilitaire et réductrice de l’explication de la politique nazie nuit à la connaissance du phénomène raciste.

Une autre approche, essentiellement anglo-saxonne, tend à dissocier l’idée de race du racisme, afin de sauvegarder la classification entre les communautés humaines, qui aurait un fondement scientifique, tout en rejetant plus ou moins clairement, leur hiérarchisation, mais en considérant que les relations entre races sont conditionnées par leur particularisme. La position de l’UNESCO, des généticiens et de l’ensemble du monde scientifique, estimant que le concept de race est sans fondement biologique et qu’il ne s’agit que d’une notion préfabriquée par certains courants idéologiques n’a eu qu’une portée limitée sur le phénomène du racisme. Toutefois, la défaite du nazisme, celle des colonisateurs face aux mouvements de libération nationale, le discrédit international des pratiques israéliennes vis-à-vis des Palestiniens, ont entraîné une réaction inédite : plus personne (ou presque) ne se déclare plus ouvertement raciste. Si le racisme demeure et se manifeste souvent, il n’y a plus d’acteur affiché et donc responsable !

Les courants de l’ultra-droite, eux-mêmes, ayant pris conscience de la disqualification généralisée du racisme, récusent le fait qu’ils soient racistes. Ils contournent la question en s’affirmant seulement « défenseurs de l’identité » du groupe auquel ils appartiennent dont l’homogénéité (culturelle notamment) est menacée par des populations venues du Sud, trop radicalement différentes pour être « assimilées » et préparant le « grand remplacement » !

De même, les syndicats français de la police refusent toute accusation de racisme dans leurs rangs, y compris « les contrôles au faciès » dénoncés par le « Défenseur des Droits », institution publique[18].

La disparition dans la plupart des Etats, y compris aux Etats-Unis, du racisme institutionnel et juridiquement consacré, n’a pour effet réel que de rendre le phénomène raciste « ordinaire » plus diffus et plus opaque, sauf « accident », exprimant l’incompatibilité pour certains entre « Soi et l’Autre », comme si toutes les cultures n’étaient pas le résultat d’un syncrétisme en mouvement permanent !

Dans un pays comme la France, ayant un passé colonial longtemps jugé « glorieux » qu’il s’agisse des motifs de la conquête impériale ou du courage dont ont fait preuve les colons subissant « injustement » les guerres de libération, le racisme (surtout arabophobe) est le fruit d’une mémoire pervertie. Il entraîne certains, par exemple Finkielkraut dans Le Figaro, en juin 2020, à écrire que l’Occident est désormais menacé en son sein par le « nouvel ennemi » qui serait « le mâle blanc » dénoncé par des Français que ne seraient pas de « souche » et par une subversion généralisée d’irresponsables plus ou moins « gauchistes » ! L’éminent philosophe a visiblement oublié les messages déjà anciens de L. S. Senghor et d’A. Césaire refusant le faux universalisme qui n’était que celui de l’Homme blanc européen, négligeant le reste de l’Humanité ! Les résultats de ce type de négligence intentionnelle à incidence politique sont aujourd’hui les manifestations antiracistes de masse et le déboulonnage de statues des grands colonisateurs de Colbert à Jules Ferry, via Léopold II qui devraient préluder aux baptêmes de nouveaux lieux dédiés à ceux qui ont combattu au prix de leur vie l’impérialisme et le racisme : Maurice Audin, Henri Alleg, Thomas Sankara, Patrice Lumumba, etc. Chaque Nation dans l’Histoire n’englobe-t-elle pas toujours deux peuples en conflit, dont un seul est traditionnellement célébré, le « vainqueur » ?

L’Ecole a très peu contribué à la connaissance des vraies raisons de la colonisation et pour le moins, ne cultive pas l’antiracisme : elle surestime les motifs « civilisateurs » et les bienfaits apportés à des populations qui ne les méritaient pas[19], avant de venir en métropole « voler le pain » des nationaux[20] !

Le retrait dans la défaite militaire (par exemple, en Indochine et en Algérie) du colonisateur a provoqué une rancœur durable et une relance d’un racisme anti-jaune et anti-arabe.

Le complexe de supériorité des Français a malgré tout survécu : l’héritage colonial est en eux-mêmes, pour plusieurs générations. Pourtant, les populations colonisées ont été proclamées à la veille de leur indépendance de « Français à part entière » (notamment par des racistes patentés comme Jean Marie Le Pen), transformées brutalement dès la création de leur Etat en sauvages inassimilables, en voleurs, en violeurs ou en meurtriers, ou en simple force de travail quasi-animale !

Au mieux, l’indifférence du plus grand nombre a occulté leur existence et leurs problèmes : les médias français ont été largement responsables en ne leur donnant pas la parole jusqu’à une date récente ou en les mettant désormais en scène par souci de crédibilité allant jusqu’à majorer leurs qualités physiques ou rythmiques (dans le domaine du sport ou du show-biz).

« L’exotisme » des images médiatiques sur les ex-colonisés est une forme nouvelle d’un incorrigible racisme[21].

Cette folklorisation des individus de « couleur » n’empêche pas les grands médias de manifester allègrement leur xénophobie, sous couvert d’une information « apolitique » : sont ainsi, à toutes occasions, dénoncés les Chinois (sauf ceux de Hong Kong), les Russes (sauf les dissidents), les Iraniens, les ressortissants des pays arabes (sauf les Emirs) et des pays africains (sauf ceux qui investissent discrètement en France), etc. En bref, la majorité des populations de la planète ne mérite pas notre respect : elles ne sont pas encore tout à fait « civilisées » puisqu’elles ne parviennent pas à établir une vraie démocratie chez elles, aussi authentiques et radieuses que celles d’Occident !! Cette xénophobie régulièrement entretenue assure la perpétuation d’un racisme ouvert ou larvé dont évidemment aucun journaliste ne se déclare responsable, puisqu’il ne s’agit que de faire le procès d’un système économique ou politique et non d’une race déterminée…..

Au-delà de cette méconnaissance cultivée des Autres ou des images simplistes qui circulent sur eux, le racisme a des origines individuelles et collective.

Chaque personnalité se construit dans un « écosystème » spécifique, doté de traits qui lui sont propres.

Ce « mini-milieu » est pour celui qui en est membre « naturel » ; chacun de ses membres qui le compose et le vit n’en perçoit pas les frontières. Ceux qui appartiennent à d’autres écosystèmes leur sont étrangers et peu compréhensibles : il n’y a pas de communication avec eux, et le plus souvent, ces « étrangers » ne sont pas conformes à ce qui est « convenable » (c’est le cas du bourgeois et du prolétaire, du riche et du pauvre, du scientifique et de l’artiste, etc.). Or, toute différence est vécue comme une souffrance, une atteinte à ce que l’on croit être, un dérangement dans ses certitudes et son confort[22] ; elle est donc source d’hostilité. Les différences les plus « visibles » (couleur de peau, coutumes et mœurs, etc.) entre « races » produisent une plus grande souffrance !

Les pouvoirs publics et privés sont donc en position, si cela leur parait politiquement utile, d’exacerber ces « ressentis » et de provoquer des comportements de rejet afin de resserrer les liens d’une majorité ou de mobiliser une Nation sacralisée contre les ennemis extérieurs.

L’objectif du racisme stimulé est de légitimer la domination : ce n’est pas l’infériorité d’une race qui explique sa subordination, comme le proclame le nazi ou le colonisateur, ce sont les intérêts satisfaits grâce à la domination qui conduisent au racisme. Est déclaré inférieur celui que l’on veut dominer et exploiter. Les colons de toutes les colonies étaient pour la plupart racistes (à des degrés divers) pour justifier (y compris vis-à-vis d’eux-mêmes) les discriminations qu’ils exerçaient pour leur profit : ce racisme était en quelque sorte la « dignité » de la brute et de l’oppresseur. A défaut de l’argument basé sur la hiérarchie des races, la domination coloniale n’était que le résultat d’un rapport de forces provisoire !

Le racisme des « petits blancs », celui par exemple de Bab El Oued au temps de l’Algérie française, était une compensation à l’humiliation subie de la part des catégories « blanches » dominantes.

Il en est de même pour le racisme des « Français de souche » vivant dans les cités face aux difficultés de leur cohabitation avec les Français de première, seconde ou troisième génération. Leur précarité interdit à ces « petits blancs » d’aujourd’hui d’accéder aux classes moyennes ; à défaut de pouvoir raisonnablement « regarder vers le haut », ils méprisent ceux qui sont encore « plus bas », voyant dans les partis affichant plus ou moins ouvertement leur racisme leurs défenseurs, d’où les succès de l’extrême droite considérant le fait de n’être pas blanc comme un défaut irréparable !

Pour l’essentiel, si le racisme se perpétue, c’est qu’il est utile aux dominants (comme il l’a toujours été dans l’Histoire) ; mais aussi aux dominés de la même « communauté » qui ne savent pas qui les opprime, qui se sert d’eux et qui ignorent le potentiel que recèle une solidarité de classe[23].

La guerre antiraciste et ses ambiguïtés[24]

La crise économique, sociale, politique et culturelle que connaît le monde capitaliste donne une vigueur supplémentaire au racisme, pathologie chronique des Etats impérialistes (européens, étasuniens et japonais). Les forces conservatrices s’avèrent incapables de satisfaire les besoins sociaux, de procurer la sécurité alimentaire et ne parviennent plus à sauvegarder les illusions électoralistes faisant croire à des changements possibles. La droite traditionnelle et la droite ultra sont condamnées à monter un numéro de duettiste jouant sur un racisme culturel nuancé pour l’une et violent et expéditif pour l’autre ! Le thème est facile et rassembleur pour une bourgeoisie sectaire et un monde de « petits blancs » apeuré : comme le dit avec opportunisme Manuel Valls (en juin 2020), en recherche d’une nouvelle fonction, « la lutte des races a pris la place de la lutte des classes »[25].

Il est vrai que les mises en accusation successives dans l’Histoire occidentale des juifs (durant des siècles), des « roms », puis des arabes, des noirs et des jaunes, constituent un efficace dérivatif à la casse sociale réalisée par le capitalisme source d’une vaste décivilisation. Une certaine petite bourgeoisie de gauche, plus sensible aux questions sociétales qu’à la question sociale jugée trop coûteuse ou irréaliste et donc disqualifiée, favorise un duel ambigu au sein d’un ensemble hétérogène englobant la social-démocratie, la droite « classique », et les aryens tardifs, qui a « l’avantage » de ne pas déranger le monde des affaires.

Grâce au spectacle des violences policières aux Etats-Unis, comme en ce printemps 2020, avec des meurtres racistes, notamment celui de Georg Floyd et l’agitation des « suprémacistes » blancs soutenus par Trump ou à l’affaire Traoré en France rendant « visibles » divers actes de violences meurtrières et autres discriminations « au faciès », les pouvoirs et leurs médias tentent de gommer les affrontements de classe en cours infiniment plus périlleux qu’une guerre raciale temporaire !

Le capitalisme a la capacité d’instrumentaliser pour son seul profit ses propres turpitudes ! A condition évidemment, que cette guerre reste sous contrôle, ne se greffe pas sur les luttes sociales et ne pèse pas défavorablement sur les élections[26] !

Les manifestations antiracistes sont sources de peur dans certaines catégories de la population française et favorisent le « sécuritarisme » des partis de « l’ordre », ainsi que les valeurs fascistes d’une « préférence nationale » pervertie dissociant « Français de souche » et nationaux de la « diversité » ! Elles créent aussi l’occasion pour le patronat et ses médias d’acquérir une « allure » progressiste, car le racisme « utile » ne doit pas être « excessif »[27] : le patronat a besoin de travailleurs « bon marché » venus du Sud (tous ne peuvent pas venir de l’Est !) et l’antiracisme n’a donc pas que des inconvénients !

La question du racisme peut aussi diviser le mouvement populaire, particulièrement les syndicats ouvriers : tous les salariés n’ont pas la même « fibre » antiraciste selon leur secteur professionnel et du fait de leurs conditions de vie.

Au final, une guerre raciale limitée peut tendre à réduire la vie politique à un affrontement confus entre deux partis de droite, négligeant le social, dont l’un par convention est qualifié de « gauche » !

Dans le domaine idéologique, les conflits raciaux offrent aussi l’occasion de faire jouer à plein le principe de la « liberté au-dessus de tout », aussi bien celle de la pensée raciste, présentée comme une « opinion » que celle de l’antiracisme, « opinion » contraire, comme s’il y avait une possibilité de dialogue entre deux « thèses » également admissibles ! La démocratie libérale se veut synonyme d’un « salon où l’on cause » au charme discret ! Comme si le racisme n’avait pas une longue histoire criminelle, comme s’il était génial aux lendemains des génocides d’hier et des crimes, des violences et des discriminations d’aujourd’hui que des blancs et des non blancs puissent confronter leurs « idées » contraires, comme si de rien n’était !

Le difficile chemin de l’antiracisme a pourtant conduit à force de crimes et de combats sans compromis à prononcer à l’échelle de la planète l’illégalité du racisme. La « Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale » (du 21 décembre 1965, entrée en vigueur en 1969[28], dénonce « toute doctrine de supériorité fondée sur la différenciation des races, scientifiquement fausse, moralement condamnable et socialement injuste et dangereuse ».

Les Etats s’engagent (art. 4-c) « à ne pas permettre aux autorités publiques ni aux institutions nationales ou locales d’inciter à la discrimination raciale ou de l’encourager ».

L’article 5-b consacre « le droit à la sureté de la personne et à la protection de l’Etat contre les voies de fait ou les sévices de la part soit de fonctionnaires du gouvernement ou de tout individu, juge ou institution ».

Dans le cadre de l’Union Européenne, le Traité d’Amsterdam conclu en 1998 interdit toute discrimination raciale (art. 13) mais son effectivité est limitée.

Le fait est que c’est souvent le mouvement populaire, dans la rue, qui impose un droit antiraciste et exige que les institutions respectent l’esprit et la lettre de la légalité[29] et non l’inverse ! Le droit antiraciste – comme le droit social- vient « d’en bas » et non « d’en haut » !

Les mobilisations antiracistes ne sont cependant pas encore en mesure d’imposer partout et complètement une politique et une législation tuant le racisme.

Ce qui est essentiellement à la source du racisme, c’est l’inégalité de fait régnant entre les citoyens de la plupart des Etats, et particulièrement l’inégalité entre citoyens d’origine diverse. Le combat pour l’égalité réelle, qui est pluriséculaire, est loin d’avoir pleinement abouti.

C’est en mettant en œuvre concrètement dans tous les domaines le principe d’égalité entre tous les citoyens et tous les hommes résidant sur le territoire national que les effets du racisme pourront être réduits : il n’y a ni république ni démocratie sans cette égalité effective. Comme le fait observer Judith Butler, philosophe de l’Université de Berkeley, « un monde habitable accepte la diversité », et une « société viable est celle qui offre une vie vivable » pour tous. L’inégalité rend la société insupportable !

Cette égalité, si lointaine encore, qui connaît en Occident une régression, passe par la clairvoyance des citoyens. Le progrès scientifique a mis à mort la conception biologiste du racisme qui s’est déportée sur une conception « culturelle ». Sous prétexte de simple différenciation, les racistes d’aujourd’hui débouchent sur la même hiérarchisation que leurs prédécesseurs « biologistes » ! La France, soi-disant « patrie des droits de l’homme », n’a pas donné l’exemple !

L’Histoire de l’esclavage, de la colonisation et de ses pratiques (par exemple, le travail forcé en Afrique « française » jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale ou la torture et les exécutions sommaires durant la guerre d’Algérie), comme celle du régime de Vichy qui a institutionnalisé le racisme antijuif, en collaboration avec les autorités nazies, n’ont pas été systématiquement étudiées et encore moins enseignées. Le système scolaire et universitaire est loin d’être dans ce domaine à la hauteur de ses responsabilités[30]. Il en est de même des médias qui n’exercent en rien une fonction d’éducation populaire.

Il est même souvent admis qu’il est nuisible de s’auto-culpabiliser et de ne pas sombrer dans des procès « anachroniques » facteurs de division !

Pourtant, il est fréquent que l’on insiste au contraire, en haut lieu, sur la nécessité que la « justice passe » pour qu’il puisse y avoir réconciliation : cette insistance officielle ne concerne cependant que des phénomènes étrangers (le Cambodge des Khmers Rouges ou la Serbie de Milosevic, par exemple !).

Il paraît enfin essentiel qu’il soit admis que la liberté d’opinion et d’expression ne soit pas celle du « n’importe quoi » ! La bêtise n’a aucun droit, la vérité scientifique n’est pas une option parmi d’autres, et la tolérance n’est pas synonyme d’indifférence.

Comme en matière d’environnement, la guerre antiraciste, pour échapper aux dévoiements qu’elle connait souvent, ne doit pas être dissociée du combat politique et social visant à détruire un monde d’humiliation généralisée et d’injustice structurelle.

Les élections dans le monde occidental, à l’origine grande conquête démocratique, sont devenues un obstacle à toute émancipation et à toute avancée vers une société égalitaire.

Seules les batailles politiques menées par des masses populaires portant sur la question sociale et mettant en cause les intérêts fondamentaux des parties en confrontation, créent les conditions d’une transformation sociale authentique.

Au contraire, sont des combats de « retardement » ceux qui, permettant de faire oublier cette question sociale, ne serait-ce que temporairement, font jouer l’émotivité et les réflexes archaïques comme précisément les problèmes sécuritaires et la peur de « l’étranger ».

Les forces les plus conservatrices « jouent sur du velours », sauf situation exceptionnelle, lorsque l’activité permet de dénoncer le « communautarisme » (des autres évidemment), les menaces de division de la Nation, le caractère « barbare » des « envahisseurs » venus d’ailleurs !

C’est ainsi, par exemple, que le racisme larvé qu’a suscité l’arrivée des migrants en Italie, en Espagne, en France et en Europe de l’Est, présentée comme le prélude au « grand remplacement » annoncé par toutes les extrêmes-droites et largement médiatisée, constitue une arme électorale facile à manipuler. La misère des migrants, recueillis en nombre en Europe, n’est pas attractive et la pauvreté a toujours été un repoussoir, source d’un racisme larvé, pour la plupart des électeurs en Occident. Il n’est pas simple d’expliciter le pourquoi de cette situation, le fait que tant d’exilés soient « laissés dans le non-droit », comme le souligne P. Brice, ancien directeur de « l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides ») et qu’ils soient victimes de nombreuses violations d’une légalité pourtant consacrée dans l’ordre international[31].

Les nombreuses péripéties de l’histoire du racisme aux Etats-Unis depuis la longue période de l’esclavage, puis l’adoption des lois sur l’égalité des droits civiques de 1964-65, et la poursuite des comportements racistes d’une large partie de la population blanche, ont été instrumentalisées souvent avec succès par le parti républicain hostile aux noirs et aux hispaniques. Quant au parti démocrate, lui-même divisé sur la question du racisme, il n’a pas tenté avec force de faire cesser la peur d’une partie de la population blanche, comme l’ont fait sous une forme plus atténuée les droites européennes aux positions néanmoins extrêmement « timides ».

Tout est bon pour stimuler d’une manière ou d’une autre les pires sentiments populaires, pour obtenir en échange une acceptation de « l’ordre » établi. La misère culturelle est préfabriquée tout comme la pauvreté matérielle !

C’est ainsi que 335 années après le Code Noir de Colbert (1685)[32], la violence raciste d’Etat se manifeste toujours en France, comme aux Etats-Unis et dans toute l’Europe, contre les noirs et les arabes particulièrement et plus généralement contre les étrangers pauvres assimilés à des individus dangereux ne respectant pas la loi et qu’il faut domestiquer[33]. L’ampleur inédite du mouvement antiraciste à la suite du meurtre de Georg Floyd à Minneapolis[34] qui traverse de nombreux pays n’est pas étrangère à la pandémie de Covid-19 qui a fait la démonstration des insupportables inégalités devant la mort et la maladie. La pauvreté et l’appartenance à des minorités « de couleur » coïncident.

L’inégalité de traitement par la police est ainsi de plus en plus jugée inadmissible : la police dans les pays occidentaux apparaît comme le bras armé du contrôle social des populations « non blanches », sous le faux nez de la lutte contre la criminalité[35]. La discrimination raciale au sein des institutions comme de la société civile, bien qu’accompagnée d’un discours qui conteste son existence et qui prône la tolérance, produit en fait une « oppression mielleuse » complexe à combattre.

Le racisme, sentiment humain parmi les plus primitifs, demeure ainsi toujours et partout vivant, y compris dans la « patrie des droits de l’homme » et dans les Etats membres de l’Union Européenne à prétention démocratique, tout comme aux Etats-Unis.

Beaucoup d’éléments concordent pour pousser à considérer que le racisme est un phénomène durable sinon immuable et s’il est périodiquement vivement mis en cause, il survit et va jusqu’à se renforcer en certaines circonstances.

De la conquête des Amériques, au XVI° siècle et au Siècle des Lumières, comme au XIX° siècle, le racisme et l’antiracisme se sont affrontés, souvent dans les mêmes termes ou presque qu’aujourd’hui, en dépit de l’évolution des connaissances.

Cette analogie du présent avec le passé dément l’idée reçue que l’on ne peut condamner le racisme d’hier qui était en adéquation avec son temps, comme on le fait aujourd’hui pour le racisme contemporain.

Il y a quelques siècles déjà Las Casas, Montaigne, Montesquieu, par exemple, étaient dans le camp des antiracistes, chacun à sa manière. D’autres comme Gobineau, au milieu du XIX° siècle, déversait dans sa logorrhée stupide les mêmes insanités racistes que celles des plus contemporains.

Las Casas, au XVI° siècle, par exemple, dans son « Mémoire au Roi », ose défendre la liberté des Indiens, dotés d’une âme comme les Chrétiens, malgré la mission « sacrée » confiée aux Espagnols : l’évangélisation ne fournit aucun titre à la domination politique, encore moins au massacre. Montaigne oppose la sagesse individuelle des « bons sauvages » aux mœurs corrompues des Européens. Au XVIII° siècle, Montesquieu, dans un passage méconnu de l’Esprit des Lois (1748) ironise avec force sur le racisme de son temps qui s’apparente à la bêtise contemporaine[36]. « On ne peut se mettre dans l’idée que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir ». « Une preuve que les nègres n’ont pas le sens commun, c’est qu’ils font plus de cas d’un collier de verre que de l’or, qui, chez les nations policées, est d’une si grande conséquence ». « Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens ». Et de mettre en cause la mauvaise foi de ceux qui dénonçaient, comme aujourd’hui, ceux qui sont solidaires des victimes du racisme : « De petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux Africains ; Car si elle était telle qu’ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d’Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d’en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la justice ? ».

Le Comte de Gobineau en 1854 dédicaçait à sa Majesté Georges V, roi de Hanovre, la première édition de son « Essai sur l’inégalité des races humaines » (réédité en 1940 par les éditions Firmin-Didot (2 vol.). 166 ans plus tard, le discours de Gobineau, incroyable recueil d’absurdités accumulées, est encore celui de nombre d’individus, en bas et en haut de la société !

L’Histoire de son temps est aménagée comme elle est aujourd’hui revue et corrigée : en Amérique, « dès le début de leur établissement, les sujets des rois catholiques se sont intimement rapprochés des gens du pays… » !

La Chine fait l’objet d’un traitement qui pourrait être celui de Paris-Match : « Si Gobineau reconnaît que « la race jaune a des aptitudes supérieures à celles des noirs pour les basses fonctions », mais il lui « refuse la capacité d’occuper un rang glorieux sur l’échelle de la civilisation », parce que « son intelligence, bornée … ne l’est pas moins étroitement que celle des nègres ». « Les compilations verbeuses » de sa philosophie ne consistant qu’en maximes usuelles reflètent « l’esprit de la race jaune ni assez profond ni assez sagace pour saisir la qualité critique réservée à l’espèce blanche ».

L’essentiel des 1121 pages de l’œuvre de Gobineau est la hiérarchie des races qu’il proclame, en classant, bien sûr, en tête la race blanche, qui « se distingue par un amour singulier de la vie » qu’il respecte pour lui-même et pour les autres. Sa qualité première est le sens de l’honneur « inconnu des jaunes et des noirs » … Gobineau n’attribue à ces races qu’un don particulier « sous le rapport sensuel ». Le blanc ainsi moins doué est « moins sollicité et moins absorbé par l’action corporelle, bien que sa structure soit remarquablement plus vigoureuse » ! A la fin de son œuvre, Gobineau se fait prophète : par métissage, « tous les hommes vont se ressembler et la supériorité relative des blancs va tendre à disparaître ». Ils vivront bientôt « engourdis dans leur nullité », avant de disparaître de la surface de la terre !

Les deux courants de pensée occidentaux d’hier ne sont, on le constate, que peu éloignés des « identitaires » d’aujourd’hui, de certains intellectuels contemporains très médiatisés, sans oublier les néoconservateurs du monde entier, tout comme des antiracistes actuellement encore à contre-courant.

Ainsi vont les redites tragi-comiques de l’Histoire, qui néanmoins continue et connaît parfois des printemps comme en l’an 2020 aux Etats-Unis et dans les capitales du monde.

Suite du texte dont les notes sur le site Investig’Action :

https://www.investigaction.net/fr/a-propos-du-racisme/