A propos du congrès de la LICRA sur l’islamophobie. C Delarue

lundi 28 mars 2016
par  Amitié entre les peuples
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A propos du congrès de la LICRA sur l’islamophobie.

En lisant « Déconstruire radicalement le racisme anti-musulman #Congrès Licra 2016 » (1) je prends note (à nouveau) d’une part que la LICRA - organisation antiraciste - spécifie dans son intitulé une forme particulière de lutte antiraciste - contre l’antisemitisme - au lieu de la banaliser à l’instar du MRAP depuis 1977 - et d’autre part refuse d’employer le terme islamophobie au profit de racisme anti-musulman.

- Islamophobie contre la critique de la religion ?

Ce second point n’est pas un désaccord gravissime comme le disent certains. Mais il mérite néanmoins débat. Pourquoi ? C’est qu’ « islamophobie » signifie simplement « racisme anti-musulman » - à proscrire - et non pas peur de l’islam ou haine de l’islam ou critique de l’islam comme religion.

- Deux raisons majeures s’opposent à un sens extensif du terme islamophobie (notion instrumentalisée en défense de la religion). D’une part une religion, entendue comme corpus doctrinal et comme pratique sociétale effective étroitement liée à ce corpus, peut être légitimement passible de critiques - notamment de type blasphématoires et défétichisantes - à l’instar toute idéologie fortement construite, qui prétend gouverner toute la vie des humains, de toute idéologie de masse jugée néfaste ou dangereuse au plan des libertés ou des droits humains et d’autre part parce que le racisme vise un groupe humain et ne peut viser qu’un groupe humain racisé, ethnicisé, essentialisé et « communautarisé » comme groupe homogène et stable.

- Outre ces deux raisons, il faut ajouter d’autres considérations importantes en matière d’antiracisme.

D’une part, les musulmans sont très loin d’être homogènes puisque l’on trouve des progressistes, des conservateurs, des intégristes et des terroristes. On trouve, partout dans le monde, des intégristes sexistes particulièrement haineux des femmes peu couvertes (hypotextiles) qui s’opposent à des musulmans progressistes (qui ne supportent pas cet intégrisme religieux très autoritaire voire violent).

- Tous les Arabes ne sont pas des musulmans !

D’autre part, à propos des Arabes, comme le note la LICRA citant Enrico Macias pour son pluralisme mais réduit aux trois grands monothéïsmes « Il y a des Arabes juifs, des Arabes chrétiens et des Arabes musulmans.. » (et d’autres religions encore) mais Enrico Macias néglige ici surtout de citer les athées, qui sont particulièrement victimes d’une athéophobie d’Etat, criminelle, là ou la religion officielle ou dominante ne souffre aucune affirmation publique de la non croyance ou, ailleurs, d’une athéophobie de la société civile, moins lourde (stigmatisation du mécréant) mais néanmoins réelle (Usa).

- Les intégrismes, un impensé !

Enfin, un point absent (de ce texte) - les secteurs réactionnaires de chaque religion - mériterait étude, que ce soit sous le terme d’intégrisme (analyse du côté des effets sociaux de l’interprétation) ou sous celui de fondamentalisme (analyse du côté de l’interprétation à la source).

Cette notion d’intégrisme permet avantageusement de répondre à la logique binaire ambiante, c’est à dire à ceux qui critiquent en bloc une religion comme à ceux qui la soutiennent en bloc. Cela fait plus de dix ans que cet affrontement est, à mes yeux, stérile et intenable. Le refus de la critique de la religion relève d’une volonté obscurantiste de sacralisation et le refus de voir la présence de croyants progressistes atteste d’un regard réducteur sur le réel.

Il y a un enjeu pratique à ce débat d’ordre éducatif qui consiste à refuser à l’ecole, pour les mineurs donc, l’imposition de l’hypertextile constant, dont le voile !

Christian DELARUE
Ancien membre du bureau et du CA du MRAP
Membre du groupe « culture et société » du Conseil scientifique d’ATTAC

1) Déconstruire radicalement le racisme anti-musulman #Congrès Licra 2016
http://www.licra.org/deconstruire-radicalement-le-racisme-anti-musulman-congreslicra2016/

NB Les pratiques oppressives des intégristes religieux (les musulmans autoritaires ou les juifs haredim) ne sont pas des accidents ou des pratiques résiduelles d’un système juridique relativement vigilant dans son combat anti-sexiste qui, dans le verbe et bien souvent en acte, ne cesse de les réprouver mais une véritable « sous-culture de masse mortifère », de type sexo-séparatiste, sous-culture produite par un contre-mouvement obcurantiste.

LIRE Sexoséparatisme et « intégrisme religieux sexoséparatiste » comme critique antisexiste et antiraciste. | Le Club de Mediapart
https://blogs.mediapart.fr/christian-delarue/blog/050316/sexoseparatisme-et-integrisme-religieux-sexoseparatiste-comme-critique-antisexiste-et-antirac