A propos de l’appel à des "Assises de l’anti-colonialisme ...

lundi 19 mai 2008
par  Amitié entre les peuples
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Par MRAP - Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples le 12 mars 2005

Le texte de cet appel est une réponse au silence assourdissant des autorités politiques françaises depuis un demi siècle à la situation vécue par des centaines de milliers d’immigrés et par leurs descendants. Le MRAP ne peut rester insensible à ce cri des générations victimes de discriminations liées à leurs origines. Cette forme de racisme a ses racines dans les séquelles du colonialisme qui continue, sous une forme assez insidieuse, de distiller son poison. La colonisation demeure une réalité inavouée, parce que inavouable, et nos contemporains ne savent rien, ou presque, de l’histoire coloniale française qui a pourtant marqué profondément notre société, jusqu’au plus profond de notre subconscient collectif.

Les termes « Jeunes issus de l’immigration » ou « Français issus de l’immigration », de fait, ne concernent que ceux dont les noms ou les prénoms, la couleur de la peau ou l’apparence du visage révèlent une origine proche ou lointaine renvoyant à l’« indigénat » des anciennes colonies françaises. Ces Français, dont la République se devait de « civiliser » les parents, gardent en héritage une discrimination liée à leurs origines. Hier, ces parents ne jouissaient pas de l’égalité des droits, bien qu’ils aient combattu, nombreux, dans les rangs de l’armée française au péril de leur vie. Cela n’a pas empêché de leur interdire le droit de vote. Aujourd’hui, cette égalité des droits dont disposent théoriquement leurs enfants, n’est souvent pas respectée dans la réalité. Tout au long de leur vie, à l’école, à l’entrée des boîtes de nuit, à l’embauche, pour l’emploi, le logement,... les discriminations perdurent, soit de façon très brutale, soit de façon insidieuse.

De plus, nombre de ces jeunes sont issus d’un milieu économiquement souvent sinistré. Leurs parents, que le patronat a fait venir avec l’accord du pouvoir politique, ont été souvent des travailleurs payés au rabais, victimes « privilégiées » du chômage, de la précarité, et dont les retraites, sont souvent misérables. Un grand nombre de ces familles vivent avec des revenus en dessous du seuil de pauvreté.

A ces difficultés sociales se cumulent donc les discriminations liées à l’histoire et aux origines. La souffrance et la révolte qu’elles génèrent se sont aggravées au cours des 20 dernières années. Les attentes portées par les marches pour l’égalité et contre le racisme (comme la « Marche des Beurs » de 1983 en particulier) sont restées sans réponse, d’où ce cri contre l’injustice exprimé par cet appel aux Assises de l’anti-colonialisme.

Le MRAP a toujours lutté contre le colonialisme et le racisme qui en est le corollaire. Ce combat ne peut se mener sans la connaissance et la reconnaissance de toutes les mémoires, qui ont fait l’histoire de la France. Par contre l’oubli ou l’amnésie entretiennent des sentiments d’injustice, de rancoeur et des comportements de revanche. Une appropriation de la mémoire collective est essentielle à une compréhension des différences, apaisée et ouverte sur la tolérance et la confiance réciproque.

Parce que le MRAP lutte contre le racisme sous toutes ses formes, parce que le racisme est une atteinte à la dignité de chaque être humain, qu’il en soit victime ou non, le MRAP ne peut rester insensible au cri exprimé dans cet appel. Pour ces raisons il compte intervenir dans le débat à l’occasion des « Assises de l’anti-colonialisme post-colonial » et de la marche, à sa manière, sur la base de ses propres analyses, de son expérience. Une conférence de presse sera organisée et permettra d’expliquer publiquement sa contribution spécifique et cohérente dans le combat contre cette forme de racisme tout aussi intolérable que les autres et lutter, pour qu’en France, il n’y ait plus « d’indigènes », mais des citoyens ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs, donc des citoyens à part entière, égaux.

Déclaration du Conseil National du MRAP, Paris le 12 Mars 2005