A propos de Richard Millet V Fleury (Médiapart)

mercredi 5 septembre 2012
par  Amitié entre les peuples
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A propos de Richard Millet

02 septembre 2012 Par Vincent Fleury

La droite idéologique et fasciste fait une rentrée sur les chapeaux de roues avec l’affaire Millet. Avec un texte de 18 pages intitulé Eloge littéraire d’Anders Breivik, Richard Millet et son éditeur Pierre-Guillaume de Roux font le pari insensé d’occuper la rentrée littéraire avec un livre abject, qui fait explicitement l’apologie du crime, et plus encore du crime de masse, et même, qui fait un appel sournois au génocide. Je rappelle que le titre de ce texte est Eloge littéraire d’Anders Breivik, titre désormais présenté comme « ironique ».

Le milieu littéraire part dans tous les sens, éprouvant des difficultés à dire simplement et clairement que Richard Millet est un idéologue fasciste, qui fait l’apologie de la mort de masse, et dont, sur un tout autre plan, le style « littéraire » est très médiocre et ampoulé. M. Millet est un phraseur onaniste qui s’écoute parler. Qu’on en juge par le genre de phrases qu’il écrit couramment :

La nuit n’est pas tout à fait tombée. Comment parler de littérature ? Quel corps appelle-t-elle malgré tout ? Dans quel ordre de présence se déploie-t-il ? Dans quel incertain crépuscule ? Puis-je encore me dire écrivain sans choir dans l’abîme du temps ?

Cependant, tandis que nombre d’auteurs comme Pierre Assouline ou Pierre Jourde, voudraient que l’on évite de censurer M. Millet (1), et qu’on renonce à le traiter de fasciste (pas crypto-fasciste, M. Jourde : fasciste), je vais dire ici en quelques mots en quoi M. Millet est parfaitement fasciste, et en quoi il fait l’apologie du génocide.

Pour être très succinct, il existe deux formes de « droite », une droite entrepreneuriale, qui fait l’éloge (sic) de l’individu contre les déterminismes sociaux. C’est la droite du « travailler plus », la droite des gens « qui se lèvent tôt le matin » (en oubliant que les gauchistes aussi se lèvent tôt), la droite de la « valeur travail » opposée à « l’assistanat ». Cette droite est comme elle est, mais enfin, elle a le mérite de placer l’individu et le libre arbitre, en un mot la responsabilité personnelle, au centre de l’action humaine (et l’oppose aux taxes, à la bureaucratie, aux entraves douanières, aux frontières). C’est une droite « xénophile », puisqu’elle est pour la circulation des hommes (la main d’œuvre).

Et il existe une autre droite, fasciste, dans laquelle l’individu est fondu dans la masse (Nüremberg, etc.), le fascisme est représenté par le faisceau, lequel symbolise la perte de l’individualité au sein du groupe formant le faisceau (d’où les liturgies militaristes des fascistes). Pour la droite entrepreneuriale, l’individu l’emporte sur ses déterminismes, par la force de sa volonté. Pour la droite fasciste, l’individu est un fétu dans le flot d’une nation-histoire, en général catholique, blanche, enracinée dans la nuit des temps européens.

Et voici donc pourquoi M. Millet est authentiquement fasciste. Anders Breivik est un assassin psychopathe, qui a tué 77 jeunes personnes militantes de gauche. Le premier principe de toute éducation est « tu ne tueras point ». Le meurtre, sous toutes ses formes est un crime, et les criminels répondent individuellement de leurs crimes. Or, faisant l’éloge du criminel Breivik, Richard Millet analyse et réduit Breivik à un symptôme d’une supposée décadence multiculturelle et xénophile. Ainsi, le criminel Breivik n’est pas l’individu coupable, comme le voudrait le point de vue de la « bonne » droite classique qui juge les gens sur leurs actes. Pour Millet, le criminel Breivik est « victime », « symptôme », la Norvège a « ce qu’elle mérite », et cette supposée décadence va générer bien d’autres Breivik partout en Europe. Ainsi donc, M. Millet ne considère pas les individus comme responsables, mais comme agis par des déterminismes de masse, travaillés d’une part par la nostalgie d’une Europe catholique, blanche et d’autre part par le « multiculturalisme » qui exciterait l’envie de meurtre chez ce criminel froid et organisé. ([« On peut donc dire que Breivik est un enfant de la ruine familiale autant que de la fracture idéologico-raciale que l’immigration extra-européenne a introduite en Europe depuis une vingtaine d’années, et dont l’avènement avait été préparé de longue date par la sous-culture de masse américaine, conséquence ultime du plan Marshall (...). »] [« Breivik est, comme tant d’autres individus, jeunes ou non, exemplaire d’une population devant qui la constante dévalorisation de l’idée de nation, l’opprobre jeté sur l’amour de son pays, voire la criminalisation du patriotisme, ouvrent un abîme identitaire (...) »]

(Passons sur l’esthétique du crime de Breivik, que M. Millet semble percevoir. Ses considérations sur l’esthétique du crime sont typiquement fascistes : on oppose d’ailleurs en général l’esthétique et l’éthique : le fascisme est, ou peut être une esthétique, mais non une éthique).

Ainsi donc, à bien lire M. Millet, le criminel Breivik ne serait pas individuellement responsable. Fin de la démonstration (démonstration que M. Millet est donc fasciste).

A tout cela s’ajoutent toutes sortes de considérations plus médiocres les unes que les autres, qui font de M. Millet un auteur authentiquement sans intérêt, contrairement à ce que pense Pierre Assouline. En vrac :

M. Millet se cache derrière son petit doigt et fait assaut de précautions « oratoires » pour se défendre qu’il approuve le crime de Breivik [« ... je voudrais qu’on garde à l’esprit que je n’approuve pas les actes commis par Breivik (...). C’est pourtant sur ces actes que je me pencherai, frappé par leur perfection formelle, donc, d’une certaine façon, (...) par leur dimension littéraire, la perfection, comme le Mal, ayant toujours peu ou prou à voir avec la littérature. »].

Allons allons, M. Millet, pas à nous. Puisque par exemple M. Millet écrit : Anders Breivik est à la fois le symptôme et l’impossible remède. [« loin d’être un ange exterminateur ni une bête de l’Apocalypse, il est tout à la fois bourreau et victime, symptôme et impossible remède »]

Vous avez bien lu « impossible remède » : M. Millet écrit noir sur blanc que le massacre de masse des jeunes gauchistes serait un « remède » certes impossible, mais un remède à la « décadence » supposée de la civilisation. M. Millet fait donc plus fort que Renaud Camus, qui dans sa Campagne de France écrivait qu’il était trop tard et impossible de traiter l’invasion supposée des étrangers (musulmans) par la violence. Après le chagrin de ne pouvoir exterminer ou à tout le moins chasser les étrangers eux-mêmes, voici apparaître le regret de ne pouvoir exterminer tous les gauchistes « multiculturalistes ».

Moi aussi, M. Millet, je peux faire dans l’euphémisme ou la litote : je n’écrirai pas que vous êtes une petite bite qui n’a pas de couilles, tout juste un micropénis qui ne s’assume pas.

M. Millet, qui aime entendre dans le silence de l’écriture les mots « nègre » , « race » ne manquera pas de citer à tout va de grands auteurs plus ou moins anciens qui lui permettent de faire rouler et sonner les mots qu’il faut, sous couvert de citation comme par exemple : « … Chateaubriand ajoutait ceci dans un document diplomatique sur la question d’orient fort utile à notre réflexion mais qu’il faut entendre, bien sûr (sic), hors du discours antiraciste contemporain : « vous ne voulez pas planter la Croix sur Sainte Sophie : continuez de discipliner des hordes de Turcs, d’Albanais, de Nègres et d’Arabes, et avant vingt ans peut-être le Croissant brillera sur Saint-Pierre (Désenchantement de la littérature Gallimard 2007, p47),

Enfin, que l’on permette à un biophysicien de dire tout haut que M. Millet fait un usage névrotique et très révélateur de locutions ou termes biologiques : « hybridation », « race », « survie biologique », comme par exemple ici :

Ne plus se sentir français, se « délocaliser », s’absenter, c’est refuser le seul os donné à ronger aux malheureux qui se croiraient encore dans le cadre d’une nation. Refus d’être « citoyen », l’adjectivation désignant ici comme « républicain », ce que le politiquement correct tolère de sentiment national ; et, par politiquement correct, j’entends plus ce qui s’avance avec la figure paradoxalement moralisante de la servitude volontaire que ce qui a été sacrifié sur l’autel du métissage racial à quoi semble condamné l’Europe, en un mouvement qui mêle la repentance historique et les nécessités économiques et qui tend à faire oublier la vieille sagesse (sic) qui consiste à aimer les races (sic) pour ce qu’elles sont, et dans leurs territoires respectifs (sic et resic) et qu’il en va en Europe du métissage racial comme de la sexualité ou de la foi : dès lors qu’il quitte la sphère personnelle, intime, pour devenir un mot d’ordre idéologique, il est à proscrire au même titre que les lois raciales du troisième Reich (re-re-re sic). (Désenchantement de la littérature Gallimard 2007, p34),

Et ici :

Faut-il rappeler que la France est non pas un pays métis ni une société multiculturelle, comme voudraient le faire croire diverses incantations, mais une société de race blanche, de culture chrétienne, avec quelques minorités extra-européennes. (Désenchantement de la littérature Gallimard 2007, p35),

Ou encore ici « …l’idéologie de l’hybridation généralisée… » (ibid. p 44)

Ou encore ici, ou M. Millet évoque la « la littérature anglo-saxone désormais rongée par la lèpre des gender et des queer studies » (ibid. p38). (On pourrait après tout critiquer les excès interprétatifs de certaines études universitaires sur le genre, ou sur l’homosexualité, de là à parler de « lèpre » ??).

Cet emploi récurrent de mots lourdement connotés devrait éclairer les Pierre Jourde et autres Assouline qui, confits dans leurs habitudes rhétoriques, donneraient presque raison à M. Millet, lequel est néanmoins authentiquement fasciste, et raciste.

Que les auteurs Gallimard se réveillent. Qu’Antoine Gallimard qui a rendez-vous demain avec Richard Millet ouvre ses yeux. Il n’est pas concevable que Richard Millet reste éditeur chez Gallimard. Le mot « littérature » est convoqué dans le titre de « l’Eloge littéraire d’Anders Breivik » pour faire l’apologie d’un crime de masse. Le ver est dans le fruit, Richard Millet est en train de faire beaucoup de mal à la littérature. Il est le mal. Qu’il aille faire ses basses œuvres ailleurs, chez Pierre-Guillaume de Roux par exemple.

Ah oui : moi aussi j’ai écrit chez Gallimard, et je sais que chez Gallimard, il y avait Catherine Lépront. Paix à son âme.

http://blogs.mediapart.fr/blog/vincent-fleury/020912/propos-de-richard-millet

(1) C’est un peu le monde à l’envers : tandis que M. Millet en position de pouvoir, publie et s’exprime partout, les éditorialistes parviennent à interdire aux autres de dire crûment ce qu’ils en pensent ??